Exposition systématique, If, 1, 135 sq
à savoir l’équivalence qu’il s’efforce d'établir entre l’évolution de la conscience en général, de la conscience sociale de l’homme et celle de la conscience religieuse. Il faut encore répéter que Schelling est avant tout un spéculatif, et qu'il ne faut pas tenir un compte exagéré du langage religieux de sa doctrine.
Car le problème dont il s’agit ici concerne encore la notion du devenir, et l’origine de la conscience humaine dans ses rapports avec cette notion. Il s’agit de savoir si le devenir étant posé comme existant en soi, la conscience qui s’y ajoute est un élément sans importance, ou un complément nécessaire.
Remarquez d’abord que la conscience est un élément intrinsèque du procès. On sait que le terme du procès de la nature, c’est un retour à l'équilibre qui fait revenir la matière de l'acte où elle s’étale à la puissance où elle se concentre et devient, d’hostile qu’elle était à l'Esprit, le fondement de la divinité. Mais cette sorte de rentrée en soi-même qui s’annonçait déjà dans l'organisme, n’est autre chose que la conscience humaine, dans son état primitif.
Voilà comment l’homme est en lui-même « l'être qui pose Dieu » ; mais il l’est comme des pierres sont fondation d’un édifice, sans le savoir. Ce moment de la conscience, si on ne le dépassait, assimilerait le devenir à une série de chainons accrochés, au lieu qu'il est réciproque pénétration de ses moments.
Le fait d’être le support de la liberté absolue échappe à la conscience humaine ; ce n’est que par un devenir nouveau qu'elle se pénétrera pour ainsi dire elle-même, qu’elle sera pour soi ce qu’elle est en soï, que son monothéisme naturel deviendra monothéisme libre et réfléchi.
Le devenir est tout à fait analogue au devenir de l’univers; là aussi, il s'établit progressivement sur les ruines du polythéisme. Seulement ce processus, s’il est,