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est sans doute tout provisoire, et l'indépendance par rapport à l’État marque le stade final : mais ce provisoire se justifie pleinement parce qu il répond aux besoins du moment. Comme les Églises ont eu, au début de leur existence, besoin du soutien de l'État, l’État, pense Schelling, trouve aujourd’hui dans les églises le seul garant de la moralité publique.
Il s’agit, on le voit, d’une révolution purement spéculative dont la liaison avec un conservatisme assez étroit, dans la pratique, peut paraître assez choquante. Servilité envers l'opinion ou dédain transcendant? Plutôt le second : la pratique religieuse et la théorie philosophique ne sont pas sur le même plan. Quand il s’agit, en effet, des théories religieuses, Schelling combat pour le rationalisme tel qu’il l'entend. Contre la pure orthodoxie, il défend les droits de la philosophie à s'occuper des questions religieuses; la vérité révélée, pas plus qu'aucune autre, ne limite la recherche philosophique!. Pour les rationalistes ordinaires, ses vieux ennemis, ceux qui cherchent à interpréter les dogmes comme des vérités de la raison, il les compare assez plaisamment au roi du Don Quichotte qui échangea son royaume contre un troupeau d’oies; car il a la prétention non pas d'interpréter les dogmes, mais de les prendre tels qu’ils sont historiquement?. Contre ceux qui prétendent que la vérité du christianisme ne peut s'établir que par l’expérience immédiate et l'inspiration de l’esprit, il fait voir que cette expérience, cette croyance laisse entièrement en dehors d'elle un problème dont la solution est nécessaire pour la compléter, la recherche des principes de la possibilité de cette expérience; c’est là l’œuvre propre de la raison, et il n'y a donc nulle opposition mais une union profonde entre la « théologie du cœur » d’un DH et la théologie rationnelle ÿ,
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On sait enfin que commencçaient alors en Allemagne les applications de la méthode philologique à la critique de la Révélation : Schelling n’admet pas la valeur de ces méthodes : elles peuvent résoudre soit la question de la concordance de la religion actuellement enseignée avec l'Écriture sainte, soit celle de l’origine divine de ces livres; mais ces questions n’ont aucun rapport avec la seule qui nous intéresse, celle de la vérité du contenu de ces livres.
Définissons de plus près ce rationalisme, cette interprétation historique qui doit fixer la place du christianisme dans l’évolution de la conscience. L'analyse historique, suivant Schelling, amène par elle-même et indépendamment de toute opinion préconçue à cette conclusion que les trois religions, la mythologie, la révélation et la religion philosophique se succèdent nécessairement comme les trois puissances qui constituent tout devenir, celle du début, la nature, celle du milieu qui doit surmonter la première, pour que la troisième, la puissance finale, puisse apparaitre à son tour. La religion révélée, par sa victoire sur le paganisme mythologique, est la médiatrice de la religion philosophique. Le Christ est la « voie » qui conduit à l’adoration du père « en esprit et en vérité ».
La religion mythologique est une religion naturelle non pas en ce sens superficiel qu’elle divinise les forces de la nature, mais en ce sens qu’elle est le procès absolument nécessaire par lequel la connaissance de Dieu qui formait d’abord l'essence ou la nature de la conscience humaine devient une connaissance consciente. Mais dans tout ce processus, l'homme ne connait pas encore le vrai Dieu; il prend pour Dieu les puissances divines dans leur extériorité réciproque, tandis qu’elles ne sont Dieu que dans l’unité qui les relie : s’il a, à ce moment, un rapport réel avec le vrai Dieu, ce rapport lui est inconnu; il n’est
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pas encore idéal, spirituel et libre : or le monothéisme ne consiste pas dans l’existence du Dieu unique, mais dans la science que l’on a de lui.
Toute la mission du christianisme consiste à vaincre cette mythologie; elle est religion surnaturelle. Elle en est la suite, mais aussi l'opposé. La révélation ne peut donc être primitive : il n’y a de révélation que là où il y a obscurcissement. Partout, pour Schelling, l’inconscient est le terme présupposé par la conscience; dans la religion révélée, il y a un plan, une intention consciente, une volonté; elle ne peut donc avoir que la deuxième place. Je ne puis connaître la vérité que comme une
erreur supprimée.
A l’époque où la mythologie est la religion universelle, la religion révélée apparaîtra donc timidement, incomplètement, elle est réservée à une seule race; le Dieu qu’elle adore, le Jahveh est plutôt un Dieu futur qu'un Dieu présent ; il est si peu conforme à la nature qu’il doit sans cesse rappeler son peuple à l’obéissance. Le christianisme est pressenti par les philosophes grecs et dans les mystères. Mais la révélation n’est accomplie que par le Christ qui en est la fin.
Au reste, le contenu de la révélation n’est pas différent de celui de la mythologie ni de celui de la religion future. Les Dieux naturels ne sont pas faits d’une autre substance que le Dieu surnaturel; c’est seulement son aspect, sa manière d’être par rapport à nous qui change; les mêmes principes apparaissent dans la mythologie sous la forme de forces naturelles, et dans le christianisme sous la forme de personnes surnaturelles ; le Christ existait déjà avant la révélation, mais il était « dans le monde », force cosmique. Ainsi l'opposition n’est pas un hiatus; ceux qui pensent que beaucoup de la mythologie antique est passé dans le christianisme ont raison; et ce qui est nouveau, ce n’est pas la matière, mais l'esprit.
Mais pourquoi le christianisme ne serait-il pas défini-
tif? Seule une puissance réelle peut lutter contre une
puissance réelle ; l'idéal est par lui-même sans force. Le christianisme pour lutter contre le paganisme ne peut done rester pure théorie, pure spéculation libre. Sa destinée nécessaire est de déchoir en une puissance réelle, où se fixe et se limite la liberté de la pensée, dans l'Église catholique, puissance aussi aveugle que le paganisme même. Mais l'efficacité même de cette puissance en détermine aussi les bornes; lorsqu'elle eut vaincu le paganisme, extirpé ce qu'il y avait en lui de dangereux, elle devint inutile. C’est l’époque de la Renaissance où le paganisme, qui a perdu tous ses dangers, se réintroduit dans la civilisation ; de la Réforme, où la révélation apparaît non plus comme un fait continuellement présent dans l’Église, mais comme un fait définitivement passé, consigné dans l’Écriture sainte.
La révélation appelle donc à sa suite une religion philosophique purement idéale où les principes, d’abord naturels, puis surnaturels, deviendront des principes spirituels entièrement conçus et pénétrés par l'Esprit.
Tel est, dépouillé de ses fantaisies exégétiques, le résumé de la Philosophie der Offenbarung. Le grand intérêt philosophique en reste qu’elle est une histoire de la conscience, une application de la loi générale du devenir
à son évolution. La fin de cette évolution, c’est l’adéqua-
tion totale entre le devenir réel et le devenir de la conscience. La conscience qui en était d’abord une image imparfaite, en devient une image parfaite, et c'est en somme l’interpénétration de ses moments les uns dans les autres qui en constitue la perfection. Il y a là, comme on voit, une recherche spéculative qu’a trop sou-
vent masquée la religiosité de l’auteur.