L'INTUITION
était une sorte de connaissance aussi mobile que son objet même, une intuition intellectuelle !.
La question du moteur du devenir est donc au fond résolue chez Schelling, par le fait lui-même; sa construction du devenir n’est nullement la construction de l’intuition en elle-même, ce qui n'aurait pas de sens, mais l'expression conceptuelle de cette intuition, sa séparation en moments.
Sur ce point, Hegel pense bien différemment ; on sait les réserves qu'il fait à la méthode intuitive de Schelling dès 1807 dans la préface de la Phénoménologie de V'Esprit ?; elles furent l'occasion du premier refroidissement entre les deux amis. Il ne peut y avoir de science, pense Hegel, que si le vrai est saisi comme concept (Begriff), mais non pas comme intuition ou savoir immédiat. C’est précisément l’objection que les intuitionnistes font à cette méthode, à savoir le caractère fini et limité du concept qui en fait la valeur; car, à cause de cette limitation, le concept appelle un complément, et c’est la découverte successive de ces compléments qui constitue le procès scientifique * : l'intuition, en voulant tout de suite trouver l'infini, brouille les concepts. Sa véritable pensée est que l'intuition est à la fin de la science et non pas au début; sans doute une réaction de la méthode intuitionniste a été utile contre le morcellement de la science dans les recherches de détaii; mais cette intuition immédiate est comme l'éclair qui montre la direction nouvelle de la science 3; on a l'illusion qu’elle contient, dans sa plénitude, la science tout entière, dont il suffit de l’extraire; illusion pure; elle est unité vide, et c’est ailleurs dans l'expérience vulgaire que l’on est forcé de chercher les matériaux propres à la remplir; l'intuition ne
1. I, x, 149-150; p. 137: Le procès, chez Hegel, est sans moteur parce qu'il ne vient pas d’une dissonance; cf, lettre à Cousin, Aus Sch. Leb., IT, 39-42.