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pêchent toute réduction à la quantité, et que par conséquent il faut se laisser aller, pour les rapprocher les uns des autres, à la fantaisie de l'intuition ; ainsi affirmait-il le droit d'employer, à propos des forces physiques, un langage figuré et métaphorique!. D'ailleurs partout l’attention est attirée sur les variétés qualitatives des forces de la nature; l’action mécanique n’est plus le type uniforme de toute action. L'expérience révèle toutes sortes d'effets irréductibles à des actions mécaniques.

C’est d’abord la révolution chimique ; c’est l’époque des observations précises sur l’électricité, le magnétisme; on découvre le galvanisme. Enfin les études physiologiques sont extrêmement poussées avec Brown et Haller dans un sens antimécaniste. C’estle moment précis où la Science se sépare en sciences positives nettement spécialisées, telles qu'elles devaient plus tard apparaître à Comte. Et c’est là une première remarque bien importante pour nous, puisque cette diversité qualitative des modes d’action est un des fondements mêmes de la Naturphilosophie.

Nous voyons en outre dans la science même une tendance à diriger les recherches expérimentales de façon à mettre en évidence l’universalité d'action, l’ubiquité de chacune des forces que l’on a ainsi déterminées. Les belles recherches sur la combustion dans les phénomènes organiques montrent l'importance du phénomène chimique dans la vie et aboutissent à la constitution d’une physiologie chimique. La découverte du galvanisme fait espérer d’ailleurs faussement que l’on pourra déterminer d’une façon précise les fonctions des parties fondamentales de l’organisme (organes de sensibilité et de mouvement), de la structure animale. En résumé on affirme non pas l'unité des forces, mais en quelque sorte leur interpénétration.

La lecture des traités de Schelling fait voir combien il se tenait au courant de toutes ces recherches nouvelles,

1. Haym, Die romant. Schule, 581-582. — Cf. les expressions de Kant dans la Théorie du Ciel (ed. Hartenstein, I, p. 329).

24 LES DÉBUTS DE LA PHILOSOPHIE DE LA NATURE. en particulier des recherches sur l'électricité, le magnétisme et le galvanisme. D'autre part, c’est un trait général de l'esprit scientifique et philosophique de cette époque de chercher à fonder un système de la nature. L'histoire de l'esprit scientifique, c’est celle d’un désir de systématisation suivi d’une réaction et d’un esprit de défiance contre les systèmes; presque tout le xvirr° siècle a été, après les grands systèmes cartésiens, dans cet état d'esprit. Au contraire, les systèmes de l’univers renaissent à la fin du xvun° siècle : le dernier, qui tombe encore sous cette influence, est celui de Spencer. L’ « esprit positif » du xix° siècle a été, de toutes parts, une nouvelle et terrible réaction, pendant laquelle la Naturphilosophie de Schelling a été non pas oubliée, mais méprisée et représentée comme une pure construction de fantaisie. Cette préoccupation se fait sentir en Allemagne par des œuvres qui ont eu une grande importance dans le développement de Schelling : les Zdées pour la philosophie de l’histoire de l'humanité de Herder; les Principes métaphysiques de la science de la nature et la Critique du Jugement de Kant. L'idée dominante qui se fait jour à travers l'ouvrage de Herder (1785), comme plus tard à travers les écrits scientifiques de Gæthe, c'est de rétablir dans la nature la continuité brisée par les découvertes des formes d’êtres spécifiquement divers et irréductibles. L'expérience bien dirigée (car Herder vise à être un pur expérimentateur, et il reste entièrement hors de l’influence de la Critique) conduit à reconnaître que les formes d’être les plus diverses sont au fond les modifications d’un seul et même type. Mais continuité ne veut pas dire unité, et il ne s’agit pas de la réduction des êtres divers à un type unique : continuité implique des moments différents et successifs, dans lesquels seulement le type d’abord obscur apparait avec une clarté de plus en plus grande. Continuité veut dire mouvement vers une

réalisation toujours plus parfaite de ce qui est l’essence de la nature.

Les Principes métaphysiques de Kant (1786) sont l’expression au point de vue critique du dynamisme qui commmençait à remplacer partout le mécanisme. La matière est pour l'expérience une donnée primitive. Mais il faut appliquer à cette donnée la méthode d'analyse qui

avait réussi dans la critique de la raison pure. La critique

vise à construire l’objet d'expérience en général; c’est la même méthode constructive qui doit être appliquée au problème de la matière. La matière n’existe pour nous qu'en tant que remplissant l’espace; elle a comme telle une force d'expansion. Mais si cette force d'expansion n’est pas limitée, elle remplira l’espace tout entier, et s’évanouira par conséquent dans le néant de perception; il fant donc qu'elle soit limitée par une force d’attraction qui en retienne les parties, et la nature comme objet réel est construite par la synthèse des deux forces opposées.

La Critique du Jugement enfin affirme l'impossibilité de l’explication mécanique de la vie; si la finalité n’en est pas une explication réelle, au moins est-elle une idée absolument nécessaire pour que nous puissions construire la notion même d’être vivant..

Un trait est commun à toutes ces philosophies de la nature, d'inspiration, au reste, si différente : c’est qu’elles négligent entièrement la recherche des lois, pour la re-

cherche des êtres; elles ne visent pas à rechercher la

condition des phénomènes dans des phénomènes antécédents, mais bien à résoudre analytiquement en leurs éléments, puis à reconstruire par synthèse les êtres donnés. Le problème de la construction du donné, par le fait même de la discontinuité qu'avaient créée entre les êtres les recherches expérimentales précises, était donc non seulement dans la philosophie critique, mais partout ailleurs le problème fondamental de l’époque.

Il faut enfin ajouter à ces tendances philosophiques la représentation poétique et enthousiaste, presque mystique de la nature comme source d’activité inépuisablement féconde. La littérature scientifique de la fin du xvi° siècle

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26 LES DÉBUTS DE LA PHILOSOPHIE DE LA NATURE. en offre maint exemple : « La nature, dit Buffon (que Schelling cite fréquemment dans ses premiers ouvrages), est. une puissance vive, immense, qui embrasse tout, qui anime tout; elle est un ouvrage perpétuellement vivant, un ouvrier sans cesse actif,.… qui, travaillant d’après soi-même, toujours sur le même fonds, bien loin de l'épuiser, le rend inépuisable... » Retenons surtout les derniers mots : la nature est une force inusable; c’est, sous une forme indistincte, l'énoncé de deux propositions dont la science moderne a vérifié l’une : « l'énergie se conserve », mais dont elle nie l’autre : « L'énergie ne se dégrade pas. » Cette représentation est commune à presque tous les naturalistes de l’époque.

$ III. — Les Idées pour une philosophie de la nature !.

La philosophie de la nature de Schelling n’est qu’un de ces systèmes. Schelling veut démontrer que les principes de l’idéalisme sont précisément ceux qui peuvent le mieux rendre compte de tous les faits connus, qu’ils sont propres à diriger les recherches, et que seuls ils peuvent constituer un système cohérent et véritable.

Il n'a pas cependant d'abord l’idée de construire un système de la nature qui formerait comme la contrepartie de la théorie de la science. Il veut seulement ici, après avoir montré (introduction) que le dynamisme constitue par opposition au mécanisme la véritable physique du nouvel idéalisme, faire voir les applications universelles de ce dynamisme dans les faits chimiques et électriques nouvellement découverts.

Déjà les Principes métaphysiques de Kant avaient mon-

1. Ideen zu einer Philosophie der Natur als Einleitung in das Studium dieser Wissenschaft, 1797, S. W., 1, 1, 1-343. Chaque chapitre est suivi d'une importante addition qui date de la seconde édition (1803), et dont nous ne tenons pas compte ici.

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