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THÉORIE DES PUISSANCES

difications qu'y a apportées le temps, que cette espèce

de physique des formes et des catégories, cette philosophie de l'identité qu'il prit longtemps pour la philosophie complète, tant qu'il crut à l'identité du rationnel et du réel. Il pense toujours que tout possible concret

renferme nécessairement ces trois principes : le sujet qui

est aussile pouvoir sans l’acte (— A), l'objet ou l'acte sans le pouvoir (+ A), enfin le sujet-objet, l'acte qui reste maître de lui (+ A). Tous les possibles seront déduits, si l’on se représente le passage à l'acte de ces puissances et la victoire progressive du principe subjectif.

Seulement Schelling prend ici grand soin d’insister sur la méthode employée; toute la preuve n’est ensomme fondée que sur l’impuissance de tous les possibles de passer d'eux-mêmes à l’acte. Si vous supposez un possible en acte, cette supposition impliquera toujours l’actualisation d’un autre possible, et de supposition en supposition, vous serez amené à poser un possible dernier auquel il est essentiel d'être en acte, l'acte pur d’Aristote dont l'essence est d'être réel?.

Mais les possibles ne sont-ils pas essentiellement des abstraits? La critique kantienne ne les a-t-elle pas réduits à être des formes de la réalité, qui ne déterminent en rien le fond de l’Étre. Ou bien si nous voulons arriver au possible concret, tel que l'entend Leibniz, nous devrons faire intervenir, dans la construction de leur concept, un principe de contingence qui nous fait sortir du pur rationnel.

Schelling ne veut admettre ni le possible abstrait de Kant qui laisse l’Étre (das Seyende) hors de lui, ni le possible concret de Leïbniz dont la construction dépasserait les ressources de la pensée.

Sa solution, bien qu’il ne l'indique pas, est une espèce de synthèse entre les deux doctrines : le possible, tel qu’il est déterminé par la pure pensée, n'est pas, comme le

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pensait Kant, une simple forme de l'être : les principes logiques d'identité, de contradiction et du tiers exclu ont une signification métaphysique, et les possibles correspondants aux principes ne sont pas des genres universels, mais des ètres déterminés. Sans doute, il faut bien, puisque ce sont des êtres déterminés (bien que non actuels), que nous y soyons amenés par l'expérience. Mais l'expérience n’est pas, de toute nécessité, une connaissance qui dépasse le possible et la pensée ; en un sens large, c’est par expérience que l’on saisit dans la pensée pure ce qui est possible et impossible !.

Le premier terme de la science rationnelle est donc ce que l’on éprouve ne pouvoir pas ne pas penser, c'est-àdire le sujet de toutes les déterminations possibles, mais le sujet pur sans différences (— A) dont la nature est exprimée par le principe d'identité. Mais le principe de contradiction me force à poser en dehors de ce terme son contraire l'objet pur (+ A), que je ne puis penser en même temps que lui. Enfin, le principe du tiers exclu me force à nier un troisième terme et à définir l’Étre autrement que par une somme des deux premiers, par le sujet-objet, + A?.

Il me reste à éprouver, toujours par la pensée, ce qui se passe si au lieu de penser ces possibles uniquement comme possibles, je les pense existant en actes : je verrai bien ainsi si j'arrive à un possible capable de supporter sa propre existence. — Mais, dira-t-on, sont-ils de nature non pas à passer à l'acte, mais même seulement à être pensés en acte? Ne sont-ils pas des notions incomplètes ? Il faut ici s'entendre : — À par exemple n’est pas du tout

1. P. 301-302, 304, sur l'expérience et l'induction; p. 305 sq., 317 sq., sur la valeur métaphysique des principes logiques; Hartmann, Schelling, p. 31 sq., lui reproche, puisqu'il refuse d’en faire de simples catégories formelles, de ne pas leur donner un sens véritablement réel, puisqu'il refuse aussi de les vivifier par les concepts psychologiques et physiques de volonté et de représentation; mais remarquons qu’un moment du devenir isolé des autres, n'est ni un concept abstrait, ni une réalité concrète; or c’est là ce que sont les puissances.

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