‹ SchellingChapitre 178 sur 195 · L LA NATURE · texte numérisé non relu

L LA NATURE

on ne trouve aucun être qui ait en quelque sorte le droit de devenir pour lui-même et par lui-même.

— Mais, dira-t-on, l’âme, au moins, est à cet égard dans un cas singulier ; dirigeant le devenir, n’en est-elle pas libérée? N’est-elle pas la supposition dernière? N’arrivons-nous pas avec elle à la notion de l'être, pour qui tout le devenir n’est qu'un jeu qu’elle produit librement à son usage? — Nullement, l’âme n'existe elle-même qu’en vue du devenir; s’il y a un terme indépendant (et il faut bien qu’il y en ait un), il est donc encore plus élevé que l’âme, et l’âme n’est qu'un moyen d’en approcher!.

-— La position de l’âme, pourtant, reste ambiguë, justement parce qu'elle est intermédiaire. Elle peut bien se tourner en quelque sorte vers le terme absolument indépendant, la liberté absolue, pour s’y unir ; mais elle peut aussi se tourner vers elle-même, s'affirmer source libre et originale du devenir ?.

Examinons donc cette seconde possibilité; nous y verrons en effet la source d’un nouveau devenir mais d’un devenir auquel l’âme est assujétie, et dont elle ne peut se libérer que par un long procès. Ce procès est celui de la nature réelle, corporelle et de l’histoire. L'erreur de l’âme vient d’une volonté instantanée ; le procès en question n’est nullement l’histoire de cette erreur, mais tout au contraire celle des procédésqu’emploie l’âme pour se relever de sa chute. C’est donc, dirons-nous, l’inverse exact du pessimisme de Schopenhauer ; chez celui-ci le monde est l’histoire de la volonté égoïste et qui s'enfonce dans le mal: c’est la volonté de relèvement, qui est instantanée, qui ne court pas à travers le monde, mais se ramasse dans la spontanéité de l'être moral. Sans doute, dans Les complications du système de Schelling, il y a quelques ressemblances indéniables; à la fin du procès universel, il y a dans l’idée de la grâce qui achève et dépasse la moralité quelque chose d’analogue à la spontanéité

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morale de Schopenhauer"; il n’en est pas moins vrai que, pour Schelling, le procès cosmique vient indirectement de la faute et directement du relèvement.

Nous ne nous étendrons pas sur la description de ce procès, dont aucun moment ne se suffit à lui-même. Toute la création est suspendue à l'apparition de l’homme en qui seulement pourra se réaliser la fin du procès. L'histoire pré-humaine est celle de la nature où l'âme se crée un corps et construit en même temps les trois dimensions de l'espace?. De plus, par l'effet de la chute, l’âme universelle se transforme en un esprit; l'Esprit est en son fond la volonté qui se veut elle-même; il est personnel. Cet esprit personnel se réfracte en une multitude d’autres esprits personnels, de volontés fondamentales, à chacune desquelles correspond un aspect du mondeë.

Les phases successives par où passe la libération de l’humanité sont : la connaissance naturelle qui la libère du monde extérieur, l’État qui fait de lui une personne, la vie personnelle sous toutes ses formes qui la libère de la contrainte sociale.

La connaissance naturelle est libération; 1l y a, en effet, dans l’âme même, donc dans l’animal, un savoir ; les actes des animaux supposent concept, jugement et raisonnement. Mais l'esprit humain, par sa seule présence, élève à l’acte ces jugements qui n’existaient qu'en puissance dans l'âme. Mais cette connaissance est naturellement tournée vers le devenir dont elle est issue; Kant a montré d’une facon définitive qu'elle ne saurait servir à le dépasser.

La connaissance libère l’homme en ce qu’elle lui permet d’approprier (idéalement) des moyens à sa fin. Mais veut-il transporter ses plans dans la réalité, il trouve des

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