‹ SchellingChapitre 183 sur 195 · AA L'INTUITION. 5 #0 V · texte numérisé non relu

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surtout de 1809, le devenir est une véritable succession, qui, pour ainsi dire, prend son temps. Ce qui caractérise cette seconde période, ce serait donc un sentiment plus profond de la durée ayant évidemment son origine dans une étude plus profonde de la conscience humaine, plus propice que l’immobile nature à donner l'intuition de la durée. Seulement, cette intuition de la durée, au lieu de la laisser indivisée, Schelling la fragmente pour en faire un système accessible à l’entendement. C’est par cette fragmentation que nous expliquons et la théorie des puissances et la distinction des deux philosophies négative et positive. D'abord, la théorie des puissances : les puissances ne sont en effet que les moments du devenir, lorsque au lieu de Le prendre dans sa totalité indivise, on veut le saisir comme une synthèse. Mais alors, il est bien évident que l’on ne découvrira, ni dans aucune des puissances, ni dans leur ensemble, un pouvoir suffisant pour faire passer le devenir à l'acte; autant vaudrait dire que des points isolés peuvent faire une ligne. Il faut donc saisir en dehors des puissances le fait fondamental de l'existence, la liberté absolue qui fait passer ce devenir à l'acte; et c’est là l’objet propre de la philosophie positive.

Ces considérations vont nous aider à déterminer la signification historique du système de Schelling. Ce système marque (et en ceci nous sommes d'accord avec la critique de Hartmann et de ses disciples) une véritable crise de l’idéalisme.

Mais d’après Hartmann (suivi par K. Fischer, p. 831; par Korwan, p. 156; par Drews, p. 355), il y aurait eu dans le système de Schelling deux éléments contradictoires : un élément idéaliste qui aurait été le point de départ de Hegel, et un élément volontariste qui aurait donné naissance au système de Schopenhauer. Son absolu est à la fois une chose aveugle (II, 1, 192), une volonté et une raison intelligible. C’est cette synthèse encore confuse qui se serait dissociée dans les deux sys-

tèmes qui ont suivi.

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Il n’y a, nous semble-t-il, dans cette thèse qu'une part de vérité. Sans doute Hegel présente lui-même son système comme destiné non pas à nier le principe de lidentité absolue de l’être et de la pensée, mais au contraire à l’affirmer et à le démontrer en éclairant cette « nuit où tous les chats sont gris » (Encyclopädie, VI, pp. 85-125) et en remplissant ce vide de toute la richesse des déterminations concrètes. Sans doute, Schopenhauer cherche à l'inverse la réalité suprème dans un principe impénétrable à l’entendement et entièrement aveugle. Bien que, dans le premier cas, l'influence historique soit indéniable, il s'agirait de savoir si le système de Schelling comporte non pas seulement une réunion de deux principes qu’il n’a pas su distinguer mais une unité.

Or, c’est une unité primitive et indissoluble qui est, pour nous, la caractéristique du système de Schelling; à cet égard, le système de Hegel nous parait être un mobile sans moteur; car où le concept trouve-t-il La force de s'identifier avec son contraire, s’il ne lui est d’abord identique? Et le système deSchopenhauer nous parait être un moteur sans mobile; car où la volonté trouve-t-elle la matière de son épanouissement en représentations ? Le système de Schelling nous présente au contraire une intuition où le moteur et le mobile s’interpénètrent. Sans doute, Korwan (p. 153) fait remarquer que Schelling a abandonné « l'intuition intellectuelle »; mais c'est l’intuition au sens technique indiquée par Fichte de connaissance immédiate du moi par lui-même. Au contraire, la Raison du système de 1802 n’en reste pas moins au fond une intuition, et il a, toute sa vie, reconnu que l'intuition qui se modèle sur la réalité est l’âme de la philosophie.

Il y a là une doctrine de tendance entièrement différente de l’idéalisme hégélien comme du volontarisme, et que Schelling doit être pleinement justifié d'avoir appelée philosophie positive et empirisme. Tout l’idéalisme alle-

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à L'INTUITION. lt V7305 mand était fondé sur l’analyse métaphysique kantienne des données de l'expérience. La tâche que s’imposèrent Fichte et Hegel fut de rejoindre les membres dis- Joints de cette analyse, le sujet et l’objet :à ce titre, l’identité du sujet et de l’objet était non pas l'objet d’une vision immédiate, mais le principe régulateur de leur recherche. L'idéalisme consiste à concilier des oppositions, c’est-à-dire à les nier non pas immédiatement mais médiatement après les avoir posées. Or, c’est la légitimité même de cette analyse métaphysique, la position, dès l’abord, des termes opposés qui fut de très bonne heure mise en question par Schelling. Lorsqu'il critique, dans les Idées, la dynamique kantienne, en montrant que les deux forces attractive et répulsive sont non pas des constituantes de la matière, mais des résidus d’une analyse faite après coup, c’est qu’il cherche déjà son principe dans l’unité indivisible d’un fait.

La réalité ne se construit pas; vous la perdez en isolant ses prétendus éléments ; vous pouvez seulement la. décrire, c’est-à-dire séparer ses moments, mais à condition que vous ne perdiez pas la vue d’ensemble, seule féconde, tel est l’enseignement positif de Schelling.

Mais ces noms, positivisme et empirisme, ne s’éloignent-ils pas ici du sens qu'on leur donne ordinairement? — Sans doute; c’est que Schelling n’est pas moins hostile à l'analyse du donné telle que la pratiquent les empiristes qu’à l'analyse métaphysique de Kant. Il refuse tout autant de poser comme une donnée primitive ces fragments de réalité d’où partent les empiristes que les résidus de l'analyse d'où part l’idéaliste. Pour lui, le donné, c’est le donné de l'intuition, c'est-à-dire une réalité pleine, un univers qu’on ne saurait morceler sans le détruire. De là, le caractère de sa philosophie de la na-

ture qui n’est ni un système @ priori, ni un empirisme au sens propre, mais qui est un effort constant pour faire sentir la continuité, l’interpénétration de toutes les

formes de l'être; elle est non pas le déroulement des SCHELLING. 20

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