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PHYSIQUE SPÉCULATIVE

part donc des conditions de l'intuition sensible, et exige une espèce d'analyse métaphysique qui résoudra cette intuition en ses éléments.

En un autre sens pourtant cette théorie est plus concrète,

plus conforme à l'intuition que la théorie mécanique; la théorie mécanique fait de la plupart des données sen-

sibles une illusion ; notamment elle nie le continu pour le reconstruire avec des éléments discontinus (par exemple le continu d’une masse fluide pour le reconstruire avec le discontinu). Par là elle dépasse l'expérience, puisque le continu seul est donné, et ses constructions sont arbitraires, non susceptibles d’une vérification expérimentale : Elle nie également la qualité, sans avoir aucun moyen de la reconstruire!. La dynamique, au contraire, a son point de départ dans la qualité.

De là encore le caractère qualitatif de la théorie dynamique opposée au mathématisme mécanique : pour un Kantien, le mathématique a pour condition essentielle la schématisation dans l’espace; le mouvement phoronomique est donc seul susceptible d’une expression mathématique : or au point de vue dynamique, l’espace est postérieur aux chocs qui le remplissent ; il est pour ainsi dire le tracé du conflit des forces; la physique dynamique ne peut donc être mathématique.

La théorie dynamique est la seule qui s'accorde avec l’idéalisme kantien; elle permet de résoudre le conflit des idées transcendentales concernant la divisibilité à l'infini : car ce conflit suppose toujours la matière comme existant en soi, et par conséquent les parties données avant le tout: or d’après la théorie dynamique, la division ne peut avoir lieu que quand les parties sont une fois données.

Pourtant selon Schelling la dynamique kantienne est

1. Cf. en particulier p. 207-209 : la physique de Le Sage est « hyperphysique », un « système de pur raisonnement », elle ajoute à l'expérience directe des constructions parfaitement inutiles; l’absolue impénétrabilité de ses corpuscules est une qualité purement abstraite.

insuffisante comme et pour les mêmes raisons que son idéalisme. Kant emploie la méthode analytique et s’arrète aux concepts de l’entendement, alors qu'il faut remonter à l’intuition et user d'un procédé synthétique {c’est l’utilisation de la méthode de Fichte dans les principes de la dynamique). Il emploie la méthode analytique : en effet c’est par l'analyse de la matière (considérée comme un corps fini donné dans l'intuition spatiale) qu'il arrive à en dégager les deux forces constitutives. Il s'arrête aux . concepts de l’entendement ; en effet la force n’est pas une donnée de l'intuition; elle est seulement conclue des effets qu’elle produit.

Il est plus conforme à l’esprit de la dynamique de construire la matière et de déduire la force.

Le spiritualisme finaliste voit dans les choses comme les traces ou les signes d’une activité spirituelle. Ceci est vrai aussi pour l’idéalisme qui admet que les choses ne sont pas distinctes des constructions représentatives du moi. Seulement en un sens opposé : le problème pour le spiritualisme dualiste est d'expliquer l’action positive de l'esprit dans la matière. Pour l’idéalisme, il est, inversement, d'expliquer pourquoi il y a autre chose que l’activité spirituelle, la matérialité. Pour que l’idéalisme soit vrai, il faut que la matière apparaisse comme un terme nécessaire dans l’activité spirituelle. Or n'est-elle pas précisément ce qui n’est pas l'esprit?

Mais on peut parfaitement concevoir que le produit d’une intuition persiste, après que l’activité intuitive en a disparu. On peut savoir qu'une proposition est vraie parce que l’on a eu l'intuition de sa vérité, et sans l’avoir présentement. La vérité persiste à l’état de notion. Seulement quand elle était intuition, la perception de la vérité était en rapport direct avec notre activité; maintenant elle s'impose à nous comme quelque chose d'extérieur. La solution de Schelling consiste précisément à consi-

1. P. 231-236; en particulier p. 235 : « Le concept de la matière est synthétique : un concept purement logique de la matière est absurde. »

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dérer la matière (dans les forces dont elle est le siège) comme un produit de l'intuition, dont l’activité intuitive a disparu!.

En second lieu, Schelling veut généraliser la dynamique. La métaphysique de la nature devait s'arrêter, suivant Kant, à la diversité qualitative des corps qui n’était connue que par expérience et qu’il était impossible par aucun moyen de déduire du rapport quantitatif des deux forces fondamentales?. Pourtant il n'y a pas autre chose dans la qualité d’un corps que le rapport graduel, quantitatif des forces constitutives. À ce point de vue même le corps matériel n’est pas différent de ce que nous appelons les forces universelles, comme la chaleur et la lumière : augmentez la force d'expansion ou l’élasticité d’un corps matériel, vous obtiendrez d’abord les gaz jusqu’au gaz le plus élastique, qui est l'oxygène, puis la chaleur, enfin la lumière dont le degré d'expansion tend vers l'infini. Les différentes couleurs, avec leur indice de réfrangibilité, s'expliquent par le degré d’élasticité. Enfin la nécessité de l'existence dans le monde d’une série continue de rapports est démontrée par ce que Kant appelait l’axiome de l’intuitionÿ. D'autre part l’affinité chimique n’est rien que le retour à l’équilibre des forces constitutives après une rupture d'équilibre due à la mise en présence de deux corps hétérogènes’. Tout cela est suffisant pour constituer les principes d’une dynamique indiquant les lois générales du processus chimique. Il ne s’agit d’ailleurs pas de faire de la chimie une science a priori, mais de dissocier ce qui en est purement expérimental (par exemple le fait que sur notre terre, l'oxygène est l'agent le plus actif) de ce qui est a priori.

1. P. 213-223; cf. déjà pour l'origine fichtéenne, vol. I, p. 380 : la matière est l'esprit considéré dans l'équilibre de ses activités.

2. Kant, Z. c., 358 : Les principes de la chimie sont simplement empiriques et elle est plutôt un art qu’une science. Elle se distingue comme science de la nature improprement dite de la science qui repose sur des principes 4 priori.

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