‹ SchellingChapitre 25 sur 195 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dès l'apparition des /deen, en novembre 1797, Schelling écrit à son père qu'il espère être appelé à [éna avant Pâques de l’année suivante, comme suppléant de Fichtet. Iéna était, par excellence, l’université de la philosophie moderne; à Gôttingen, où une place est vacante, on a juré haïne, dit-il, à toutes les doctrines nouvelles : le sénat de Tübingen ne consentira jamais à admettre au séminaire « une tête active »; le catalogue des lecons y est d’ailleurs « le nec plus ultra de la sottise ? ». Aussi malgré la lenteur des pourparlers avec Iéna, malgré les multiples raisons de famille qui l’attiraient à Tübingen et les nombreux appuis que son père y trouvait, Schelling ne manifeste aucun enthousiasme. Dans les derniers jours de mai 1793, il alla à Iéna soutenir lui-même sa candidature“; et l'excellente impression qu'il fit sur Gœthe et sur

. Aus Sch. Leb., p. 209.

. Lettre du 31 mars 1798, ibid., p. 518.

. Ibid., p. 223.

. Ibid., p. 227, note.

HE © ND me

Schiller! eut pour résultat (5 juillet 1798) un décret de

nomination comme professeur extraordinaire à Iéna que

le conseiller intime lui expédia avec une lettre fort élogleuse ?.

Cette nomination eut sur la vie de Schelling une extraordinaire influence, puisqu'elle lui permit de répandre ses idées, et qu’elle fut l’occasion de ses relations avec le cercle romantique.

Il faut lire les notes biographiques de Steffens qui arriva à léna peu de temps après Schelling, dont il fut le disciple fidèle, pour comprendre ce qu'était cette université aux yeux de la jeunesse allemande : des philosophes comme Fichte (qui, d’ailleurs, accusé d’athéisme, dut abandonner son poste dès l'été de 1799 et n’eut avec Schelling que de courtes relations personnelles), des physiciens comme Ritter (1776-1810), qui poussa fortloin l’étude du galvanisme, justifiaient cet enthousiasme. Schelling y eut bientôt une position morale très brillante : il attirait à ses cours des jeunes gens d'intelligence et de talent, particulièrement de jeunes médecins qui avaient achevé leurs études?. De 1798 à 1803, iltraita dans ses cours de la philosophie de la nature, de la philosophie transcen-

dentale, et de la philosophie de l’art.

IL y vécut les années les plus fécondes de sa vie, dans un milieu intellectuel extrêmement favorable, en touré d’amis et de disciples nombreux et fort enthousiastes.

Ce furent d’abord les romantiques : illes rencontra à Dresde où il fit un séjour de six semaines en allant de Leipzig à Iéna. C'était l’époque où Frédéric Schlegel, brouillé avec Schiller, affirmait la vie indépendante de l’école nouvelle, en fondant un journal, l’Afhenäum. Ces

1. Lettre de Schiller à Gœthe du 10 avril 1798 (Briefwechsel, ed. Spemann, II, 64).

Page 1