Cité par Spenlé, Novalis, p
5. Nov. Schr., IE, 29, sur son idée étroite de la nature et de la philosophie ; il n’est que chimiste : p. 222, sur son étroitesse de la conception de la vie qu’il met tout entière dans le phénomène d'irrilabilité, dans le muscle sans se préoccuper des nerfs, des veines, du sang, etc.
amis. Telle est la première impression très vive de Caroline Schegel, lorsqu'elle le rencontra : « Il parle peu, il a un extérieur énergique, sauvage et noble; il devrait être officier français ». « Jamais, écrit-elle un peu plus tard, on n'a vu d'écorce plus rude; il se tient sur la défensive en ma présence et se défie de l’ironie à la Schlegel. Comme il manque absolument de gaîté, il ne sait pas prendre les choses par le bon côté... Dès qu'il quitte le terrain des conversations banales ou des communications scientifiques, son esprit se raidit, et je n’ai pas encore trouvé le moyen de le dompter. » On peut en rapprocher ce portrait de Benjamin Constant (1804) qui est encore moins flatté : « Enfin, j'ai vu Schelling ; je n’aimais pas ses ouvrages; mais j'aime encore bien moins sa personne. Jamais un homme ne m'a fait une impression aussi désagréable. C’est un petit monsieur, le nez en l’air, l'œil fixe, âpre et vif, le sourire amer, la voix sèche, parlant peu, écoutant avec une attention qui ne flatte point et qui a plutôt une analogie avec la malveillance!. » |
Il est vrai que cette roideur et cette étroitesse ne sont peut-être chez lui que l’envers de l'esprit systématique. C'est l'absence de cette qualité que Schelling reproche à Novalis qui « flaire toute chose, sans rien approfondir ». Mais ce qui l’écarta surtout, ce fut sa religiosité antinaturaliste; contre cette tendance il écrivit une satire en vers : « la profession de foi de Heinz Widerprost ».
Quelle fut l'influence des romantiques sur Schelling? Ses relations avec eux commencent entre l'apparition de l'Esquisse et celle de l’Idéalisme trancendental. Or l’élément nouveau qu'apporte cette œuvre et qui persiste dans toutes celles de la période de Iéna, c’est la valeur et la
1. Journal de B. Constant, p. 32. Il est vrai qu'il était fort prévenu contre la doctrine.
Schelling n'était pas assez poète pour le cénacle. « Je suis fort content, écrit F. Schlegel à son frère, qu'il incline à la poésie ; c'est certainement le vrai moyen pour lui d'échapper à la rudesse et de devenir un compagnon de la hanse. » (Cité par Haym, p.611). Cf. les médiocres tentatives poétiques de Schelling, I, 1v, 546.
(b2 SCHELLING ET LES ROMANTIQUES.
signification qu'elle donne à l’art et au génie poétique, dans l’histoire de l’univers. Ce ne fut pas seulement le principe général, ce fut, nous le verrons, toute la critique d'art des romantiques que Schelling voulut s’assimiler dans son cours sur la philosophie de l’art qu'il professa en 1800 et en 1801. Mais de plus cette éducation esthétique tout à fait nouvelle pour Schelling, cette passion pour Shakespeare, Dante, Cervantès que les romantiques tentaient alors de faire connaitre par des études et des traductions, ne furent certainement pas sans réaction sur sa vision philosophique du monde. Une sorte d’impératif esthétique lui fait concevoir l’univers comme l’objet d’une intuition harmonique; l’unité du monde n'est pas trouvée si l’on n’y voit se refléter sa totalité.
Un point plus délicat est l’influence que put avoir sur sa vie cette espèce d’esthétisme dénué de moralité. On connaît le « cynisme » des frères Schlegel, non pas le cynisme franc et réaliste de notre époque, mais cet effort pour ne laisser cours qu’aux sentiments « naturels », c'est-à-dire supprimer la contrainte morale aux dépens de l'inspiration, de l’enthousiasme et d’une espèce de religiosité assez vague. Or ce dédain des préjugés, cette obéissance aux lois naturelles de la passion se font voir dans l'aventure du divorce de Caroline Schlegel et de son mariage avec Schelling.
La célèbre Caroline n’est pas précisément une femme de lettres ; c'est une de ces «muses littéraires » dont le besoin inné est d'encourager et de réconforter : son caractère toujours gai, toujours heureux du moment présent, exerce autour d'elle une action vivifiante!. En 1798, à 35 ans, elle avait de la vie une expérience singulièrement plus étendue que le jeune Schelling. Fille de l’orientaliste Michaëlis, veuve de Bôhmer en 1788, elle était restée isolée avec sa fille Augusta. En 1790, elle rencontre à Gôttingen A. W. Schlegel qu'elle devait épouser plus tard2.