‹ SchellingChapitre 29 sur 195 · CAROLINE · texte numérisé non relu

CAROLINE

Mais c'est en 1792, à Mayence, qu’elle exerce pour la première fois ses fonctions de tutrice morale; elle se trouvait chez son amie Thérèse Heyne, la femme de Forster, chef du parti français à Mayence; lorsque les troupes françaises entrèrent à Mayence à la tête de Custine, en octobre 1792, Thérèse abandonna son mari, et Caroline Bühmer resta près de lui pour « exercer la fonction d’une garde-malade morale, auprès de cet homme admirable ». Elle n’avaitjamais « autant admiré, ni aimé, ni estimé personne ». L’estime et l'admiration devaient pourtant l’emporter sur l'amour, puisque, vers la même époque, elle eût voulu épouser Tatter, le précepteur des princes hanovriens, et qu’elle s’éprend d'une belle passion pour un Français dont Waitz, l'éditeur de ses lettres, a tu discrètement le nom. Pourtant le gouvernement prussien prit très au sérieux son influence politique, quand Mayence fut repris, on la mit en prison, et elle ne fut délivrée que le & juillet 1793.

À ce moment, tout à fait isolée, elle trouve un appui véritable en A. W. Schlegel, alors précepteur à Amsterdam; c’est lui qui la conduit à Leipzig et la confie à son frère Frédéric; il l’épouse à son retour en juillet 1795. Du côté de Caroline, qui est son aînée de quatre ans, mariage d'estime et de reconnaissance, beaucoup plus que d'affection. Après la rencontre de 1790, Caroline s'était beaucoup moquée de lui; après son divorce, elle déclara qu'elle ne l'avait jamais aimé. En tout cas les mérites du critique pâlirent singulièrement, lorsque Caroline eut fait à Dresde, en 1798, la connaissance de Schelling. Ce qui la frappa tout d'abord, c’est précisément ce qui plaisait le moins au milieu délicat d'Iéna, dans ce milieu où l’esprit critique fut toujours au fond plus apprécié que le génie créateur : c’est sa robustesse et sa puissance créatrice : « un vrai granit », telle est la première impression qu’elle écrit à son mari; et, plus tard, à Schelling Tui-

Page 1