‹ SchellingChapitre 33 sur 195 · Sur leurs rapports, cf. p · texte numérisé non relu

Sur leurs rapports, cf. p

moi qui est, pour elle-même, cause de toutes ses déterminations!.

Mais cette vue qui doit faire de La philosophie de la nature un système clos, ne la fait nullement échapper à l'influence de Fichte. La nature n’est qu'un décalque du moi de Fichte. Le moi ne peut se poser qu’en s’opposant un non-moi;de même la nature ne peut se manifester comme activité infinie que si elle est déterminée, c'est-àdire arrêtée dans son expansion infiniment rapide par une force négative. La limite de l’activité du moi est un objet; de même la limite de l’activité de la nature est un produit permanent?.

Mais le transport pur et simple des attributs du moi à la nature ne va pas sans difficulté. Les procédés de la Théorie de la science ne valent que pour l'être qui se pose lui-mème. Elle recherche par l'analyse les conditions qui rendent possible cette position. Mais la nature est-elle un être qui se pose lui-même ? Si oui, la méthode de Fichte lui est sans doute applicable ; maïs on ne voit pas comment la distinguer du moi; car l'affirmation de soi-même par soi-même parait être un attribut exclusif du moi. Si elle est au contraire distincte du moi, comme le veut Schelling, elle devient une chose, une donnée, et la méthode de construction ne lui est plus applicable.

Quoi qu’il en soit, ce changement de méthode appelle un changement de doctrine. Si au fond la nature est activité, elle ne peut se fixer en aucun produit, elle est dans un perpétuel devenir. Dans l’Ame du monde, Schelling réalisait les grandes forces de la nature dans des fluides matériels dont il trouvait le modèle dans la physique d’alors. Il y renonce à partir de maintenant. La matière est toute entière résorbée en activité : les forces ne se réalisent en aucune matière, la matière n’est que le phénomène de la force.

Cherchons à dégager les lignes principales de cette

tn nt1-122 2. P.113.

Esquisse. Schelling détermine d’abord les conditions générales de l'activité de la nature; puis il démontre que le produit primitif de la nature est l’être organisé; enfin c’est par l'opposition nécessaire de l’être organisé et de l'être inerte qu'il met en lumière les propriétés de chacun d’eux.

On sait qu'il y a dans le moi absolu de Fichte un double mouvement, celui par lequel le non-moi détermine le moi, c’est-à-dire pose une limite à son activité, et celui parlequelle moi s’affirmant comme activité absolue détermine le non-moi. Le premier mouvement détermine les qualités (la qualité n'étant, dans le eriticisme kantien, rien de positif, mais une simple limite). De la même facon dans la philosophie de la nature : de l’achoppement de la nature contre l’activité qui la limite nait la qualité; et comme l’activité de la nature est infinie ces qualités sont infinies : c’est là le premier mouvement : si vous le supposez poussé à son terme, la nature se réduira à une infinité de qualités ou d’actions originaires, sorte d’atomes dynamiques dont elle pourra être considérée comme le produit. Mais le mouvement ne peut être poussé à bout, et, en réalité, la nature n'est pas plus une somme intinie d’actions que le moi n’est une somme de sensationsf.

Ce mouvement est en effet contrebalancé par le mouvement inverse de la nature qui s'affirme comme activité une; cette affirmation se traduit par un effort pour unir les actions qui tendent à se séparer, à substituer à ces produits multiples un produit commun. Tous les produits de la nature sont les résultats d’un compromis entre ces deux tendances fondamentales, et c’est de ce conflit que dérive toute l’histoire de la nature : la cohésion est la force correspondante à la première ; la chaleur en faisant passer les corps à l’état fluide correspond à la

1. L' « atomisme dynamique », p. 20-29; sur la signification de cette théorie, considérée comme une survivance de la période antérieure, cf. Metzger, p. 97-98. La théorie est abandonnée, p. 244.

seconde; maïs il n’y a dans la nature ni cohésion parfaite, ni fluide parfait, il n’y a qu’une infinité de compromis entre ces deux états!.

Le produit primitif est nécessairement un organisme. Car la nature, étant infinie, doit affirmer son activité jusque dans son produit. Or le produit inorganique est inerte; toute activité y cesse® ; le produit organique est au contraire à la fois activité et chose, chose pénétrée d'activité. Le monde organique est donc le plus primitif, le plus immédiat. Ce qui sera véritablement à expliquer ce n’est pas comment l’inorganique exalte ses puissances pour se tendre jusqu'à l’organique, mais comment l’organique se fixe et se fige en inorganiqueë.

Le produit organique est caractérisé par deux traits qui, pris ensemble, doivent marquer cette fusion intime d’activité et de fixité. D’une part, ces produits sont en quelque sorte immobilisés en espèces fixes; mais dans les limites de l’espèce, la division en sexes qui se reproduit à chaque génération fournit des conditions d’une activité sans fin‘; l'espèce n’est pas un produit fixe, maïs se réfracte en une multiplicité sans fin d'individus.

Mais comment l’activité totale de la nature tient-elle compte de ce point fixe et isolé5 qu'est l'individu? Comment cette formidable puissance ne l’absorbe-t-elle pas? C’est parce que l’action même de la nature (comme l’action du moi chez Fichte) n’a d'existence que par la réaction de l'organisme individuel qui se maintient. La nature extérieure se donne l'organisme comme point d'application de son action; elle agit comme un excitant qui éveille sans cesse l’activité de l'organisme ; cette activité vient d’une propriété que Schelling pense avoir déduite pour

2. Cf. p. 13, n. 4 : « La productivité originaire de la nature disparaît, d’après le point de vue habituel dans le produit. Pour nous, c’est le produit qui doit disparaître pour la productivité. » Cf. p. 33 : « Tout ce qui est doit être considéré comme devenu. »

Se CID: 47.

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