CHAPITRE II
IL est important de connaitre d’une façon précise l’importance qu'ont pu avoir sur le développement ultérieur de Schelling, ses réflexions sur cette philosophie de l’esprit, cette histoire de la conscience qu’il appelle l’idéalisme transcendental.
Cet ouvrage n’est nullement nouveau par sa méthode; il ne fait, en considérant toutes les parties de la philosophie dans leur continuité comme une histoire de la conscience, que continuer les recherches de la Théorie de la Science?. Il n’est pas non plus exigé par la philosophie de la nature qui trouve en elle-même tous ses principes d'explications et n’a pas besoin de complément.
Il est vrai que, sur le premier point, Schelling est assez près de considérer la Théorie de la Science comme une manière de logique générale indiquant la méthode commune aux deux branches de la philosophie; et l’on a vu comment la philosophie de la nature montrait par le fait que la méthode constructrice pouvait se concevoir indépendamment du développement du moi. Dès lors l’Idéalisme transcendental différerait de la Théorie de la Science, en ce qu'il est l’Idéalisme exposé non dans ses principes, mais dans toutes ses applications possibles.
1. System des transcendentalen Idealismus, avril 1800, I, u1, 329-634. 2 UP 931
rio L'IDÉALISME TRANSCENDENTAL.
Sur le second point, si les besoins spéculatifs de l'homme sont entièrement satisfaits par la philosophie de la nature, il n’en est pas de même de ses besoins pratiques; il lui faut une philosophie de la conscience et de l’action, et Schelling, encore à cette époque dans la tradition kantienne, croit à l'indépendance du problème pratique relativement au problème théorique.
Ce serait donc, à l’en croire, le besoïn d’éprouver l’idéalisme dans ses applications, puis la nécessité de traiter la philosophie dans toute son ampleur qui l'aurait amené à ce problème.
Mais, malgré les affirmations répétées de loyalisme envers Fichte, ce qu’il y a de plus intéressant dans ce traité ce sont les points par où il s’en écarte. Ces points ne concernent pas la méthode ni la marche générale de la pensée : et Schelling parait d'accord avec Fichte pour faire de la philosophie la réflexion du moi dans l’intuition intellectuelle. Toutes les démarches du moi (dont la philosophie transcendentale est l’histoire et la reproduction consciente) dérivent de la tendance du moi à l'intuition complète de lui-même, à la conscience de soi. Or, d’une part, une intuition n’est possible que par l'opposition du sujet et de l’objet; donc si le moi veut avoir une intuition, il doit se limiter lui-même; d’autre part, le moi cherche à avoir l'intuition de lui-même comme sujet. Ce sont là deux activités incompatibles : une activité centrifuge, réelle, objective, celle qui pose des objets, et une activité centripète, idéale et subjective. C’est la synthèse de ces deux activités, leur limitation l’une par l’autre qui est le fondement de la conscience et de toutes ses déterminations?.
Aussi il est inutile de décrire dans le détail comment le moi, qui se perd d’abord entièrement dans l’activité productrice des objets #, se retrouve comme intelligence
2. Sur cette synthèse, p. 383-394; surtout résumé de la p. 394.
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