‹ SchellingChapitre 45 sur 195 · DISCUSSIONS AVEC FICHTE · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS AVEC FICHTE

— Mais alors vous refusez d'admettre non plus seulement l’idéalisme transcendental, mais la Théorie de la Science, dont un principe essentiel est que l’on ne doit postuler que le moi et que ce qui est pour le moi : vous êtes dogmatique.

— Nullement, je ne fais pas de postulat différent en nature de celui de la Théorie de la science : je postule moins qu’elle : si dans l'intuition intellectuelle du moi d'où elle part, je fais abstraction de l’activité idéale et subjective, abstraction légitime, je fais alors sortir le sujet-objet de la synthèse où il était emprisonné et je l’obtiens comme nature.

— Nature! mais c’est le moi lui-même.

— Nous verrons bien! résolvez le conflit posé par les termes; le résultat vous montrera qu'il s’agit bien de la nature.

—- Mais comment rattachez-vous le moi conscient à la nature ?

— Par la théorie des puissances. La puissance, c'est la combinaison du sujet-objet avec l’activité idéale : c’est La réintroduction de cet élément.

Le reproche de Fichte sur l’indépendance de la philosophie de la nature est analogue à celui d'Eschenmayer : Selon vous, dit-il, la nature emploie, dans ses constructions, les mêmes procédés dialectiques d'opposition et de synthèse que, d’après la Théorie de la Science, le moi utilise dans ses constructions : maintenant j’affirme que ces constructions ne peuvent avoir de signification que si elles existent dans le moi et pour le moi; en réalisant, sous le nom de nature, une fraction du moi, celle qui construit le monde objectif, vous avez transformé le moi en chose en soi, alors qu’il ne doit être que pour soi; vous avez pratiqué une scission déplorable entre le moi et la nature qui doit, à moins de retourner au dogmatisme, n’exister que dans son rapport au moi, comme cons-

truction du moi. L'opposition du moi et de la naturese ramène à l'opposition de deux activités : J’activité réelle et l’activité idéalef.

= — C’est à la solution de cette objection que répond la philosophie de l'identité.

Le criticisme montre que toute connaissance implique une détermination de l’objet par le sujet; l’idéalisme de Fichte va plus loin en admettant à la base du savoir l’axiome que le moi est absolument identique au moi. On sait comment cet axiome, qui n’est autre chose que le savoir inconditionné ou la connaissance absolue, sert, chez Fichte, à résoudre toutes les oppositions qui se présentent entre le sujet et l’objet, quitte à en laisser renaître indéfiniment de nouvelles. Mais à la limite le moi sera identique à la totalité. — Or Schelling pense avoirle droit de prendre l’axiome idéaliste en lui-même, indépendamment des problèmes qu’il peut avoir à résoudre dans le sujet fini; l'identité du sujet avec lui-même est antérieure au moi fini, et on peut faire abstraction de ce moi qui la réfléchit toujours imparfaitement pour en avoir une intuition directe.

De cette façon, et c’est le but principal de Schelling, on n’a pas à sacrifier la philosophie de la nature à l’idéalisme; car la nature est, comme le moi et au même titre que le moi, une réflexion dans le réel de l'identité absolue. On comprendra aussi comment la nature n’est pas plus purement objet que le moi n’est purement sujet. Dans les deux, dans la nature et dans le moi, c’est en effet le savoir absolu, l'identité indivisée qui est présente, et, dans l'absolu ces deux identités présentes dans la nature et dans le moi n’en font qu’une?. Nous verrons comment la discussion continuera après l'apparition de la Darstellung.

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