‹ SchellingChapitre 46 sur 195 · Briefwechsel, p. 54 (15 novembre · texte numérisé non relu

Briefwechsel, p. 54 (15 novembre

QU'EST-CE QUE L'IDENTITÉ ? ee

$ II. — La Raison et l’Identité.

Quoiqu'il en dise au début de la Darstellung de 1801, et malgré les témoignages extraits de ses œuvres antérieures, et en particulier de son Idéalisme transcendental qu’il donne en d’autres écrits, Schelling ne paraît pas avoireu, avant la Darstellung, une notion bien nette d’un point de vue qui dépasserait en les unissant le moi et la nature.

Cette nouvelle philosophie aurait été la base commune de la philosophie de la nature et de la philosophie transcendentale. L'exposition montrera qu'elle vient bien plutôt de l’effort pour répondre à l’objection de dualisme.

Ce point de vue n'est pas tout à fait facile à saisir : la faute en est d’abord à la manière même de Schelling. Son tempérament intellectuel, si répandu de son temps, mais nulle part plus accusé que chez lui, le porte à éprouver la valeur de son idée fondamentale en cherchant à bâtir sur elle tout le système de la nature et de l'intelligence, plus qu’à la définir en elle-même: la bonté de la définition, dit-on, se reconnaîtra à l’œuvre ; on ne peut d’un mot définir un nouveau point de vue. Une exposition n’est pas possible si elle n’est intégrale.

Ce « tout est dans tout » appliqué à l’exposition philosophique est désavantageuse pour l’auteur et pour

- le lecteur. En fait ni dans cette Exposition ni dans

le Bruno et les Fernere Darstellungen qui l'ont suivie, Schelling n’a jamais pu parvenir à l'exposition complète qu’il avait en vue; et le « System » de 180% qui lui servit pour ses leçons de Würzbourg n’est pas un écrit d’un seul jet mais une compilation. En revanche, les objections de Fichte le forcent à revenir en détail dans le Bruno, les Fernere Darstellungen, et quelques articles postérieurs sur les préliminaires et la méthode du système,

L'identité peut être principe de science dans le sens sui-

vant : lorsque, par une série de calculs, je réduis une relation représentant un phénomène donné à une autre relation, je puis considérer le premier phénomène comme réduit au second : il peut y avoir alors un phénomène primordial, comme le mouvement d’après le système mécaniste, auquel tous les autres se réduisent. On voit dans les phénomènes les plus divers le produit d’une combinaison du même avec le même. C’est en somme un postulat de ce genre qui est à la base de toute science mathématique de la nature, depuis la physique de Descartes!.

Il est évident qu'entre le phénomène perçu et le même phénomène conçu, il y a une grosse différence d'aspect : le phénomène perçu est qualitativement différent des autres; il a sa nuance distinctive et irréductible : le phénomène conçu ne diffère des autres que par des rapports.

Où est maintenant la réalité? Dans la conception, ou dans la perception? Si elle est dans la première, les nuances de la perception ne sont plus que des apparences, des « idées confuses », et la réalité est intelligible en son fond. Si elle est dans la perception avec ses nuances infinies, la conception n’est plus qu’une construction de l'esprit, et la satisfaction qu’elle donne à l’entendement est, pour ainsi dire, en proportion de son désaccord avec le réel. |

Le jugement sur ce qui est la réalité dépend du tempérament individuel; l’artiste est celui pour qui le réel est l'impression originale et irréductible. Il en est autrement lorsque nous connaissons non pour contempler la réalité mais pour en user. Impressionnisme ou rationalisme, telles sont les deux voies ouvertes. Mais l'affirmation rationaliste d’une réduction possible des phénomènes aux concepts ne suffit pas; elle pose dans chaque cas particulier un nouveau problème à résoudre.

1. Cf. l'exposition de ce point de vue dans la science moderne ; Meyerson, Identité et Réalité, Paris, 1908. É

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