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QU'EST-CE QUE L'IDENTITÉ

Il est à peu près inévitable que l'effort pour les résoudre soit parfois infructueux; le perçu ne s'adapte plus au conçu : le rationaliste est donc dualiste, et admet dans le perçu un fond impénétrable à l'entendement.

A l’époque de Schelling, la défiance des procédés de l’entendement, le désir de la perception directe et comme de la saveur du réel sont des traits extrêmement gé-

néraux. On ne se contente plus du dualisme kantien qui

avait montré qu’un concept ne pouvait à lui seul déterminer l’objet, s’il ne s’adjoignait une intuition, tout à fait inintelligible ; on s’en prend au concept lui-même, et on affirme que l’objet qu'il détermine n’est en aucun cas la réalité même. C’est le moment où la physique, avec les phénomènes électriques, et surtout la chimie débordent complètement tout essai d'explication mécaniste ; l’érudition, de son côté, commence à avoir le sens des époques historiques. Enfin l’art est conçu comme l’activité originale par excellence.

Ce goût de la nuance pouvait se développer en une espèce de dilettantisme, avide d’impressions nouvelles mais disséminées.

La vision propre de Schelling n’est pas plus cet impressionnisme esthétique qu'il n’est le rationalisme abstrait !.

Au fond lorsque l’on oppose l'unité du concept à la dissémination infinie des impressions, on oppose deux abstractions. En effet l'isolement des impressions les unes ‘par rapport aux autres, l'acte de les placer dans ces cases isolées que sont les idées générales est toujours, n'y en eüt-il qu’une par case, une fonction de l’entendement.

Reste, en dehors de l'impression qui est partielle, et du concept qui est abstrait, une complaisance en chacune des impressions qui fait qu’elles apparaissent comme autant de touts complets par eux-mêmes, autant d’univers.

1. Contre le pur impressionnisme dans la connaissance de l’Absolu, cf. Fern. Darst., p. 357, n. 2.

PA RENE AN Bal

Ex e * f K

Chaque objet est un fragment, selon l'impression critiquée et morcelée par l’entendement. Chaque objet est un monde qui se suffit à lui-même selon la raison. Chaque objet, en tant que fragment, doit être mis à sa place dans la totalité peut-être à jamais inachevée que s'efforce d'ébaucher l’entendement!. Un ordre est une pure invention, un pur artifice ; le réel est, pour l’entendement, un chaos; la fragmentation de ce chaos est la faute ou l'erreur première, de sorte que le problème que se pose ensuite l’entendement est un faux problème?.

La faculté qui ne connaît que des totalités, qui saisit le caractère artificiel et toujours inachevé des synthèses de l’entendement, Schelling l’appelle la Raïison?. On voit que la connaissance dite rationnelle, cette connaissance à la fois réelle comme l'intuition et pleine comme le concept, trouverait le plus aisément son type dans l’organisme ou dans l’œuvre d’art : l’on voit aussi quelles racines a cette conception nouvelle de la Raïson dans le milieu romantique où vivait Schelling.

Mais une telle conception risquait de n’aboutir à rien moins qu’au rationalisme; car elle suppose que chaque acte de connaitre a sa valeur absolue comme chaque œuvre d'art : il y aurait entre ces actes des différences qualitatives irréductibles ou du moins, si le principe même de la connaissance rationnelle, le postulat d’une totalité indivisée, n’admet pas d’oppositions tranchées, ce ne serait que par une transformation réelle, que les intuitions pourraient, sans préjudice de leur originalité, se transformer les unes dans les autres.

L’affirmation de cette raison intuitive, qui procède par totalités, ramenaïit donc tout droit à l’impressionnisme esthétique, s’il n’entrait dans la Raison un nouvel ingré-

1. J,1v, 133, 2 41 : « Chaque être individuel est relativement à lui-même une totalité. »

2. P. 130, 2 34 : « L'identité absolue est essentiellement la même dans toutes les parties de l'univers. »

.3. P. 115 : « La connaissance rationnelle consiste à supprimer toute fostériorité et loute extériorité, toute distinction temporelle. »

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