FA QU'EST-CE QUE L’IDENTITÉ
dient dont nous n'avons pas encore parlé, le postulat de l’unité du savoir.
Il y a donc, dans la Raison, deux principes distincts : et toute la philosophie de l'identité s'explique par l’effort pour les réduire en un seul. Le premier c’est celui de l’unité absolue du savoir! ; le second c’est celui que la vraie connaissance qui atteint l'être, c’est la connaissance qui procède par totalité.
Le principe de l’unité absolue du savoir, c’est, au fond, le principe cartésien, celui qui s'exprime clairement dans toute science mathématique de la nature : avec des instruments mathématiques appropriés, tous les phénomè-
nes peuvent être considérés comme les divers aspects
d’une formule unique?.
Le second principe qui, dans la pensée de Schelling, doit être identifié avec le premier, c’est qu’il n’y a savoir que là où il y a vision directe d’une totalité fermée, d’un univers.
Mais n’y a-t-il pas entre ces deux exigences une contradiction? Car lorsque vous saisissez l’ensemble des choses dans leur identité, dans leur formule fondamentale (les lois du mouvement par exemple), vous ne les y tenez en quelque sorte qu’en puissance, vous ne les y voyez pas : et lorsque vous voulez les contempler véritablement, c’est leur unité qui échappe et elles se dissocient en fragments que vous ne pouvez connaître que l’un après l’autre.
Comment une identitéfindifférenciée peut-elle renfermer en elle la riche variété de l’univers? N’aboutissonsnous pas nécessairement à l’un éléatique qui se contente de supprimer la variété‘?
1. La connaissance de l'identité, loi de la raison, est la « seule connais-
sance inconditionnée » (p. 117, Z 7), et la philosophie n’admet d'autre connaissance que la connaissance absolue.
2. P. 119, 2 12 : « Tout ce qui est, est l’absolue identité. »
3. Et c'est cet Aussereinander, ce Nacheinander qui doivent étre exclus du savoir.
4. Cf. Fern. Darst., I, 345, n.: L’absolu qui reste à la pure connaissance ou bien n'atteint pas le réel, ou bien ne l’atteint que par synthèse.
DR L'un ETETTe
Il n'ya qu'un seul univers aussi bien pour l'intuition que pour la pensée, tel est, interprété en un langage un peu libre, le principe du nouveau système!.
Il n’y a qu'un seul univers pour la pensée : c’est bien ce qu'avait prétendu la science mathématique de la nature, à la recherche d’une loi universelle des êtres. Mais, dans cette science, on ne découvre pas cette formule par une intuition immédiate, mais par de longues et patientes méthodes réductrices. Schelling, en formulant cette loi comme l’identité absolue du sujet et de l’objet connue immédiatement par la Raison, aurait-il voulu seulement indiquer dans la Raison un plus sûr et plus court moyen de nous amener à la loi universelle? C’est en effet le plus grand reproche que l’on a fait à sa philosophie et contre lequel il se défend formellement?. Mais il veut bien autre chose; il veut que l'univers soit un non seulement dans son essence dans l'idéal, dans la pensée intime qui le gouverne, mais soit un aussi dans sa forme, dans son épanouissement.
Dès lors son identité absolue n’est nullement comparable à une formule telle que celle de la loï cartésienne de la conservation du mouvement : une Loi pareille est posée : l'esprit qui la pose (que ce soit Dieu qui l’imprime à la matière, ou le savant qui la découvre) est entièrement distinct de la loi elle-même.
Cette loi est donc le résultat d’une activité qu’elle suppose avant elle. Or déjà pour la philosophie critique, une loi est par essence une activité de l’entendement : une loi se pose donc elle-même. C’est dans cette voie que Schelling va aux extrêmes : si, dans cet acte, qui n’est
1. P. 129, 3 32 : « L'identité absolue (l’unique formule) n’est pas la cause ‘de l'univers, mais l'univers lui-même »; p. 125, 2 26 : « L'identité absolue est absolue totalité »; cf. p. 394-395; p. 447 : « L'univers est dans l'identité absolue non comme un chaos désordonné et informe, mais dans une absolue beauté. »
2. P. 114. Il pense que les physiciens empiriques mettront sa doctrine au même niveau que leurs théories, qu'ils « prendront les constructions de la philosophie de la nature comme des explications probables, et chercheront à les vérifier par des expériences ».