‹ SchellingChapitre 55 sur 195 · LE SYSTÈME · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME

vaut la peine d’insister : c’est celle-ci que sujet et objet

ne sont pas des réalités qui s’opposent de sorte que l'une EE représente le moi, l’autre la nature : ce ne sont que des ct concepts limites. À partir du point où sujet et objet coïn- Res

cident, on peut concevoir que, d’un côté, la subjectivité augmente et arrive à un point limite où elle est pure spiritualité « dedans sans dehors », tandis que, de l’autre, l’objectivité croît jusqu’à être un « dehors sans dedans »; il y a comme une oscillation d’un épanouissement complet de l’être jusqu'à sa concentration en soi-même.

Le résultat le plus immédiat de la nouvelle théorie est de trouver un langage nouveau pour exprimer les faits de la nature et de l'esprit. Ce n’est ni le langage vulgaire qui isole les êtres, ni le langage mathématique qui reste superficiel, mais le langage de la Raison qui exprime, par une direction vers le subjectif ou l’objectif, la diversité tout entière des êtres.

Ce langage, qui doit montrer l’universelle correspon- FES dance de tous les êtres, est bien la partie la plus rebu- Le tante de la philosophie de Schelling. Son emploi doit être accompagné, comme le dit Schelling, d’un constant effort | d'intuition : le lecteur y est sans cesse exposé à deux n. sortes d'erreurs : il s’'âgit, avec des formules où n’entrent que les deux termes de l'intuition, objet et sujet, avec tous leurs rapports, d'exprimer toute la variété des êtres; or, si je veux rattacher la formule à un objet de la perception vulgaire qui doit me fournir son sens concret, Je ne risque de donner à la formule une signification purement symbolique ou métaphorique : si je veux en rester à la formule, prise en elle-même, je risque de rester à Dee une représentation tout à fait abstraite et stérile de la réalité. Or, c’est une traduction immédiate de la réalité que di veut donner Schelling.

Parlons d’abord des cadres de ce langage. Ils sont créés par la notion de puissance, et par la distinction | faite entre l'indifférence, notion synthétique et dérivée, et l'identité, notion primitive. |

D'abord les puissances : À partir de l'identité absolue, il y a, on le sait, deux directions, l’une vers l'objet, où croit progressivement l'objectivité : c’est la nature ; l’autre direction est vers Le sujet, et désigne l'esprit. Mais ceci ne suffit pas : une simple proportion entre la subjectivité et l’objectivité ne définit pas être naturel et spirituel. Pour bien saisir la pensée de Schelling, usons de l’image suivante : soit une lame flexible solidement attachée par le bas à un point fixe : sa position d'équilibre représente l'identité absolue ; en appuyant sur le bout libre, écartons-la d’un écart donné desa position d'équilibre ; aussitôt lächée, elle revient d’abord vers la position d'équilibre, puis la dépasse d’un écart qui serait égal et de sens contraire au premier, si elle était parfaitement élastique. Un écart est compensé par l’autre et la somme algébrique des oscillations redonne la position d'équilibre. Ainsi l'esprit du philosophe, dès qu'il a quitté l'identité absolue, ne peut que rebondir sans cesse du sujet à l’objet, pour retrouver l'identité toutau moins dans l’ensemble. Considérons maintenant une des positions de la lame entre la position d’équilibre et son plus grand écart : supposons-la (par impossible) fixe et en équilibre : par rapport à ce point de départ et la lame y étant supposée en équilibre, de nouvelles oscillations sont possibles. Cette position peut être prise ainsi comme une identité, mais cette fois non plus absolue, mais relative ou idéale. On peut encore, dans les positions successives que prend la lame, choisir un nouveau point de départ fictif et supposer qu’elle oscille encore de part et d’autre, et ainsi de suite à l'infini, Autrement dit, si l’on prend un être défini par un excès d’objectivité et de subjectivité, on peut le considérer non plus en tant qu'il contient cet excès, mais en tant qu'il est identique à lui-même, et définir, par rapport à cet être, l'esprit par exemple qui contient du subjectif en excès, mais qui est en lui-même une identité !, des excès d’objec-

1. « L'identité absolue n’est que sous la forme de toutes les puissances. » -

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