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tuition pour l’exposer, le concept reste tout à fait vide : Kant est le premier qui « ait conçu la construction d’une façon aussi profonde et vraiment philosophique ». La construction est, en somme, comme une vision du concept. Seulement, pour lui, la construction n’est pas possible en philosophie ; il n’y a aucune adéquation possible entre les concepts métaphysiques d'une part (totalité des choses, causalité libre, etc.) et la vision empirique des choses.
Mais si, d’après l'affirmation rationaliste, l’intelligible est adéquat à l’être, si, d’autre part, la raison n’est pas une identité vide, mais une totalité pleine !, construire équivaudra à épuiser tous les possibles, de façon que la totalité soit accomplie. « Le principe de la construction, c’est que la nature a horreur du vide. Où il y a une place vide dans l'univers, la nature la remplit ?. »
$ III. — Spinozisme et platonisme. Rupture avec Fichte,.
Quelle fut, sur cette conception, l’influence du spinozisme et du platonisme?
À une première lecture, elle paraît fort grande : lui-
1. I, 1v, 364. Distinction de la simple identité logique, inféconde, avec l'identité de la pensée et de l'être, principe de l'évidence.
2. Philos. der Kunst, 1, v, 419; la meilleure exposition de détail de la méthode est dans Fernere Darstell., p. 417 sq. Elle consiste à décomposer l'affirmation de l'identité : la forme est égale à l'essence, dans les trois propositions qu'elle contient : l'essence se pose dans la forme (nature); la forme se pose dans l’essence (Dieu); monde idéal ou l’une et l’autre se pénètrent (totalité synthétique). Puis dans chacune des trois unités, dans la forme pénétrée d’essence qui est le monde fini, dans l’essence penétrée de forme qui est le monde idéal et dans leur produit commun, on distingue à nouveau les trois unités : la nature par exemple a un aspect où l’essence vient se perdre dans la forme (matière), un autre aspect où la forme retourne à l'essence (lumière), un troisième oùtoutes deux se pénètrent. Hartmann, Schelling, p. 34-42, lui objecte les contradictions de cette théorie : si l'intuition productrice, la Raison, est inconsciente, on ne peut la rendre consciente ; l'intuition de l’absolue identité ne comporte d’ailleurs pas la différence, qui est la condition de la conscience. L'identité absolue ne pourrait donc étre, au meilleur cas, qu’une hypothèse à fonder sur l'induction expérimentale. — Il ne faut pas oublier cependant l’élément très positif et conscient auquel répond chez le philosophe cette intuition; c'est l'effort d’abstraction par lequel il se rend compte que la condilion imposée au savoir d'étre savoir conscient est tout à fait superficielle. é
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même désigne Spinoza comme son véritable maitre; il s’essaye, dans la première Darstellung et le System de Würzburg, à imiter la forme géométrique de l’éthique. De plus, ce qui est mieux, au début de la Darstellung presque toute la première partie de l’Éthique, dans le System des É fragments entiers des autres parties, avec des propositions formulées de la même façon, sont aisément reconnaissables. Enfin, de la première Darstellung au System, les emprunts à la langue spinoziste vont croissant. Cette influence est cependant plus superficielle qu’il ne paraît. Quel est le Spinoza que connaît Schelling? Nous ne voulons pas refaire ici une étude déjà excellemment faite ! sur le « Spinoza romantique ». Spinoza, à cette époque, est connu seulement comme métaphysicien; Schelling ne parait avoir lu ou du moins n'utilise que | les premières parties de l'Éthique et quelques lettres sur l’Infini et sur la diversité des attributs et des modes. Cette métaphysique reçoit des interprétations divergentes. Fichte voit en lui un réaliste et un dogmatique puisqu'il pose d’abord une chose en soi, un Dieu, indépendamment des conditions de la connaissance; RU Jacobi, dont l'opinion est partagée par Herder ?, y trouve le plus parfait idéalisme. Schelling l'interprète comme Jacobi?, reproche à Fichte de l'avoir méconnu #, et présente son propre système comme une continuation du spinozisme . Enfin, dans la période de maturité complète, il revient à interpréter le système comme un réalisme, seulement un réalisme où l'être posé est celui de l'idéal, . où l'idéal est bien posé, mais seulement comme être (en . termes d’intuition : où l’acte de connaître se perd entiè- . rement dans son objet) 6.
1. Delbos, Le problème moral dans la philosophie de Spinoza, Paris, 1893, p. 317 sq.