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116 à LA PHILOSOPHIE DE L'IDENTITÉ.
miques) de même que dans ses oscillations autour de la pesanteur elle avait construit tout le système du corps.
Dans ce tracé idéal et comme simultané des choses qu’est la lumière, l'intuition s’affirme d’abord objective. Mais elle ne peut s’isoler, se particulariser, qu'en opposant, par son activité idéale, et en maintenant extérieures et cependant unies l’une à l’autre la subjectivité et l’objectivité. Le produit de cette activité est la ligne magnétique, et cette activité elle-même qui épanouit en quelque sorte en deux pôles extérieurs l’un à l’autre les deux termes sujet et objet qui se confondaient. L’identité ne s’y affirme plus que dans cette opposition. Les pôles n’ont pas égale valeur : l’un qui représente la subjectivité est pour ainsi dire Le centre d’où jaillit la ligne magnétique pour parvenir, par une expansion croissante, jusqu’au pôle opposé, à partir duquel le mouvement est ramené à son point de départ. Sur le trajet du mouvement il y a un point unique où la contraction est en équilibre avec l'expansion, c’est le point d’indifférence.
Le magnétisme dessine donc les formes (la forme étant le résultat non d’un tracé continu analogue à celui du géomètre, mais d’une sorte de détension et de décontraction d’un point où tout était violemment comprimé). Donc, par le magnétisme, tous les points de l’espace sont rejetés dynamiquement l’un en dehors de l’autre.
Mais il est bien entendu que, dans la ligne magnétique, les deux pôles et le point d’indifférence n'ont de sens que relativement : la ligne magnétique est indéfiniment divisible; ce qui veut dire que si on en prend une portion quelconque, une extrémité de cette portion sera pôle positif et l’autre pôle négatif. Ainsi seulement sera possible l’universelle expansion ou extériorisation des points les uns en dehors des autres !.
Mais l'intuition ne retrouve son compte que si cette
différence est niée. L'unité (ou identité du magnétisme) n'a lieu qu'entre des corps homogènes. (Chaque portion de la ligne magnétique est homogène au tout). L’hétérogénéité des corps n’est donc pas niée, mais affirmée dans le magnétisme.
Infléchissons l'intuition en sens inverse ; au lieu d’avoir le mouvement qui lie l’homogène à l’homogène, en le distinguant de l’hétérogène, nous aurons celui qui transforme l’hétérogène en homogène. Cette activité est l’électricité.
On sait que l’hétérogénéité des corps dépend de leur degré de cohésion. La propriété fondamentale de l’électricité est d'établir entre Les corps de qualité (ou cohésion) différente un équilibre tel qu'après le processus la cohésion des deux corps soit égale : dans le plus cohérent (ou le plus contracté) il y a une diminution de cohésion équivalente à la diminution d’expansion ; il semble que la contraction et l’expansion passent réciproquement de l’un à l’autre; au lieu de s'opposer, comme dans le magnétisme, elles se nient réciproquement. Dans le con- . tact subit, les différences de cohésion disparaissent, et les deux corps n’en forment plus qu’un seul; mais si vous les séparez, leur différence de cohésion est à nouveau posée, et par suite se produit l’activité électrique qui rétablit l'identité; l'intuition de l'identité s'affirme extérieurement par la lumière (étincelle électrique) {.
Le magnétisme et l'électricité sont deux écarts opposés l'un à l’autre de l'identité absolue; l’un fait épanouir l'être en termes opposés; l’autre réduit les oppositions. L'identité absolue contraint l’intuition à faire la somme algébrique ou totalité de ces deux écarts : c’est ce qui a lieu par le processus chimique ?.
Le processus dynamique tendait vers l’identité absolue; les deux pôles de l’aimant cherchaient à se rejoindre”;
mais la solidité empêchait les deux pôles de s'unir; les corps électrisés changeaient mutuellement leurs degrés de
cohésion, mais ils restaient extérieurs l’un à l’autre.
Le processus chimique entre deux corps d'électricité contraire a pour résultat essentiel de faire cesser la différence sur laquelle repose l'électricité. Son mécanisme consiste essentiellement à faire cesser les différences de cohésion par l'intermédiaire d’un troisième corps indifférent aux deux premiers. Le schème du processus chimique est la pile de Volta où deux corps solides en contact avec l’eau reprennent leur équilibre en s’oxydant ou en se désoxydant!.
Revenons maintenant à l'opposition primitive d’où dérive, dans la nature, le jeu de toutes les autres oppositions, celle de la pesanteur et de la lumière. Car tout processus naturel n’est que la lutte de la lumière contre la pesanteur, lutte qui se termine par le processus chimique « dévorateur » de la combustion.
L'intuition qui à oscillé de l’ètre de la pesanteur jusqu’à l’activité de la lumière n’est possible qu'à condition de se reposer dans la somme algébrique ou totalité, dans cette région de la nature où être et activité se pénétreront. Dans cette intuition plus compréhensive, les deux termes opposés n’ont plus qu’une existence idéale; leur réalité n’est plus que celle d’attributs de l'identité absolue?. Cette région est celle de l’organisme qui exprime ainsi à son plus haut degré l’identité du réel et de l’idéal?.
$ V. — Philosophie de l'Esprit.
L'intuition s’est écartée de l’identité dans le sens de l’objectivité pour construire la nature. Cette inflexion doit être compensée par une autre, égale et de sens contraire
vers la subjectivité. Mais l'intuition, saturée de subjectivité, reproduira, dans l'idéal, toutes les déterminations : objectives.
La forme du système eût exigé qu'il fût complété ou équilibré par une philosophie de l'esprit qui contient les théories de la Morale, de l’Art et de la Religion!. Cette philosophie n’est pas traitée dans la première Darstellung?; quelques points en sont abordés dans le Bruno (291-305); son plan est brièvement indiqué avec celui de la philosophie de la nature dans les Fernere Darstellungen; en revanche de longues séries de leçons sont consacrées à la philosophie de l’Art. Si, d'autre part, la philosophie de l'esprit est longuement traitée dans les leçons de Würzburg, c’est à la suite et sous l’inspiration de l’article Philosophie und Religion, qui indique une direction toute nouvelle. Schelling n’a-t-il pas eu le temps d'écrire cette philosophie, ou son système de l'identité ne la comportaitil véritablement pas?
En prenant le monde idéal comme un point d’équilibre stable, l'intuition sans sortir de ses limites s’infléchira d’abord dans le sens de l’objectivité. Elle s’épanouira en donnant à l’idéalité une forme. Cette idéalité objective est le savoir.
Mais cette impulsion vers l'objectif et le fini, cet épanouissement sont immédiatement contrebalancés par une contraction, un excès de subjectivité, d’idéalité. L’intuition devient alors le côté subjectif par excellence du monde de l'esprit, l’action.
Cette opposition se détruit dans la totalité ou synthèse qui les contient. Cette activité où l’idéalité de l’action se combine avec l’objectivité du savoir, c’est l’art.
Telles sont les trois « puissances » du monde idéal, correspondant respectivement à la pesanteur, à la lumière et à l'organisme”.