‹ SchellingChapitre 82 sur 195 · Cf. Phil. d. Kunst, p · texte numérisé non relu

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Mais ce qui rapprochait surtout Schelling de lui, c’est le sens qu’il avait de l’organique en art; non seulement il concevait l’art grec, dans l’ensemble de son histoire, comme un organisme vivant, mais surtout il cherchait à faire voir cette unité dans chaque œuvre d'art; dans une œuvre, chaque partie exprime le tout, et un érudit expérimenté peut deviner, d’après un fragment, ce qu'était une statue, ou retrouver par exemple dans un torse d’'Hercule l'expression de toutes les vertus du héros !.

Enfin, et c’est encore là du romantisme, l’œuvre d’art est significative d’une idée; elle est une allégorie, ou un système d’allégories ; on verra comment Schelling a approfondi cette idée; s’il en reconnait l’origine chez Winckelmann ?, son principal reproche est qu'il n’a pas montré suffisamment le lien substantiel entre l’idée et sa matière.

Il y a un monde, un univers de l’art, et toute la philosophie de l’art consiste à construire cet univers, comme la philosophie de la nature construit la nature. Ce monde est aussi indépendant de la personnalité du moi que la nature.

L’ « univers poétique » est la métaphore courante des romantiques, et sans doute le postulat de leur critique qui consiste à découvrir dans les œuvres d’art le déve-

loppement de cet organisme unique. « Chacun a sa

poésie, dit F. Schlegel, mais elle ne peut être que limitée : aussi l’homme sort de lui-même, pour se retrouver toujours à nouveau, pour chercher et trouver le complément de son être le plus intime dans la profondeur d’un être étranger? ». Homère est le chaos, le fluide, « le germe, à partir duquel s’organisa le monde de la poésie antique # ». « Tous les jeux sacrés de l’art ne sont que des imitations lointaines du jeu infini du monde, de

1. P. 607. | 2. Cf.l'Essai sur l’Allégorie. 4 } 3. Gespräch über Poësie, Athenäum, 1800, edit. Minor, p. 339, 34.

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l’œuvre d’art qui se crée éternellement !. » Les œuvres d'art ne s'ajoutent pas les unes aux autres, mais s’impliquent ou se complètent les unes les autres.

Ce principe organique devait permettre de réaliser le rêve le plus cher de la critique romantique, la « construction historique ? » de l’art.

Cependant, il fallait bien reconnaître que l’on ne trouvait pas dans l’art moderne, tel qu’il se présente en fait, cette belle unité d'inspiration : il ne pouvait non plus être question d'adopter les vues exclusives de Winckelmann et de revenir purement et simplement à l’art païen. C’est donc pour sauver leur théorie de l’univers artistique qui leur tenait tant à cœur que les romantiques ont recours aux trois principes suivants, qui dominent la Philosophie de l'Art : 1° l’histoire de l’art, suivant la conception de Winckelmann, nous montre cette unité parfaitement réalisée dans l’art antique : la mythologie, avec Homère qui en est l’inventeur, est (ainsi que le démontre Schlegel pour la poésie) l'unique inspiratrice de cet art; 2° l’art moderne tend vers la création d’une mythologie qui doit lui donner son unité; 3° l’art moderne complète nécessairement l’art antique ÿ.

C’est surtout la deuxième idée que développe F. Schlegel dans la Rede über die Mythologie #. « Mythologie et Poésie sont une seule et même chose ; tout l’essentiel par où la poésie moderne le cède à l’antique se résume en ce mot : nous n'avons pas de mythologie. » Mais peut-on créer une mythologie artificiellement? n'est-ce pas un produit libre et spontané de l'imagination ?

L'ancienne mythologie venait d’une imagination juvénile; la nouvelle doit sortir « de la plus profonde profondeur de l'esprit ». Or ceci est possible grâce à la contemplation poétique de la nature qu’a introduite la phi-

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