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LES SCHLEGEL

losophie de la nature de Schelling ; la nature est devenue à nouveau poétique, et Les forces qui l’animent vivantes et divines. Schelling n’a fait que reprendre en les précisant les idées de ce discours dans ses lecons sur la matière de l’art.

Autre problème pour les partisans de l « univers artistique »; cet univers est indépendant du moi, et il est indépendant de la nature. Sur le premier point, les critiques que Schelling avait adressées à la théorie fichtéenne de la nature se retrouvent entières; l’art est bien une manifestation idéale de l’absolu; mais de moins en moins l’idéalité se confond avec la simple subjectivité : c’est la philosophie de l’art qui prépare, sur ce point, le revirement complet de Philosophie und Religion. L’art antique est impersonnel (Winckelmann) ; Homère, le conteur épique, reste impassible au milieu du flot des événements qu'il raconte; et Gœthe contemple le monde à la façon d’un dieu olympien. Suivant A. W. Schlegel, le mélange de nos habitudes, de nos qualités ou défauts personnels, donne à l’œuvre d’art cet aspect particulier qu’on nomme la manière. La « vertu artistique » consiste à savoir se dépouiller de son individualité. Mais il faut bien l’entendre; l’œuvre d’art sans individualité n’est pas moins mais plus que l’œuvre maniérée. Le dépouillement de l’individualité n’est pas la perte d’une qualité positive;

Selle ne se produit en effet que par une sorte de dilatation de personnalité ; la personne elle-même devient un contenant, ou plutôt un reflet de l’universel, sous un point de vue spécial. Le romantisme, fidèle aux suggestions de Spinoza, ne veut nier la valeur de l’individualité en un sens que parce qu'il affirme en un autre sa valeur infinie : elle n’est frappée de stérilité que si elle s’isole et veut s'affirmer indépendante; elle retrouve sa fécondité et son indépendance si elle se rattache à son principe éternel. L'expression de cette exaltation de la personne, qui est l'originalité véritable, est le style. C'est cette opposition du style et de la manière que Schelling a pris

chez A. W. Schlegel, en la débarrassant seulement des quelques éléments fichtéens qu’elle contenait. Chez Schlegel en effet la transformation de la manière en style se fait par « une transformation de l’inévitable limitation individuelle en limitation librement acceptée d'après un principe d'art ». Chez Schelling, elle n’est plus du tout une limitation, mais devient l’expression de l’absolue identité entre l'individu et l’universel !.

Également complexe est le rapport de l’univers artistique avec la nature. Cet univers en est sans doute indépendant, en ce qu’il a d’absolu; il est nouveau, original; le peintre n’a pas fait œuvre d’artiste parce qu’il est arrivé à produire l'illusion, et pas davantage parce qu'il s’est essayé à reproduire, sans en excepter un, tous les détails des objets?. Le principe d'imitation, en ce sens, ne peut d’ailleurs s'appliquer qu’à un petit nombre d'arts; la musique par exemple ne saurait être un art d’imitation?. L'erreur vient de ce que l’on conçoit ici la nature comme un amas de faits; or celle-ci a des lois, elle est unité et totalité, et c’est cette totalité, comme l’avait dit déjà Moritz, qui doit être exprimée en petit dans l’œuvre d’art; « le degré de génialité vient de la clarté, de la plénitude, de la totalité avec laquelle se reflète l’univers dans l'esprit humain». Winckelmann considérait déjà l’art greccomme révélateur du parfait équilibre des forces naturelles dans le climat grec.

Mais si l’art est expression de la nature, celle-ci devient un modèle, et l’univers artistique lui est subordonné : or le monde de la nature et celui de l’art sont égaux en réalité ; il faut s’habituer à l'idée qu'il y a des réalités d'espèce différente; les créations mythologiques ne sont

1. Phil. der Kunst, p.363, sur le génie, individu universel; sur lestyle etla manière, comparer A. W. Schlegel, über das Verhältniss der schônen Kunst zur Natur,etc. (leçons de 1802 à Berlin; Kritische Schriften, Berlin, Reimer, 1828, t. ID), P. 326-333, à Schelling, loc. Cil., 474-477.

2 Schlegel, loc. cil., 320.

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