Cf, p
traire de l'imagination, à la façon de l’animisme des sauvages ! : en second lieu éviter la faute de Winckelmann qui faisait de la mythologie un simple système d’allégories.
La première thèse est tout à fait inadmissible : car d’abord chaque dieu a un caractère absolument déterminé qui l’isole complètement des autres et en fait un absolu à sa manière ; Les laideurs mêmes d’un Vuleain s'expliquent par une espèce d'équilibre qui fait que l'imagination rachète l'excès de force par l’absence d’adresse. De plus les dieux s’impliquent l’un l’autre. L'intuition productrice de l'imagination suit la loi de toute intuition; son identité absolue, c’est la nuit ou le Fatum; mais elle doit, pour se produire tout entière, s’infléchir vers la lumière et la sagesse (Minerve) ou au contraire se concentrer dans la puissance (Junon); et elle doit revenir à un point d'équilibre où force et puissance se balancent. L'imagination réalise ses formes dans les dieux de la pesanteur, et les rappelle à l’idéalité dans les dieux de la lumière. Elle se meut sans fin, fait entrer dans ce mouvement le monde réel tout entier, le feu souterrain, Les animaux, les objets, les formes monstrueuses, les événements humains. Ce monde est donc nécessaire et inépuisable; on ne peut en faire une création arbitraire d’un individu bien doué; son créateur, c’est l'individu générique, l'Homère qui dessine les formes mythologiques par une poussée instinctive qui correspond, dans l'idéal, à celle de l'abeille qui bâtit géométriquement sa cellule : ainsi se trouve profondément vraie l'hypothèse de Wolf sur la multiplicité des auteurs des poèmes d'Homère?.
Pourtant cette nécessité n’est pas, comme on pourrait le croire, une subordination des images à un système de concepts; l’image n’est pas destinée à représenter ou à signifier autre chose qu’elle-même. L’intuition imaginatrice est créatrice directement, naïvement en quelque sorte : le poème homérique n'est pas, comme l'ont cru
(pas
beaucoup d’anciens, et, à leur suite, le philologue Heyne (1729-1812), une exposition par images d’un savoir préexistant. — Mais alors l’image est sans signification pour la pensée? — Nullement; l’image mythologique n’est pas moins, mais plus qu’allégorique; elle est symbolique. Dans l’allégorie comme aussi dans le schème l’image reste extérieure au concept; elle reste une simple voie ou
. passage, la voie par laquelle on remonte du particulier à
l’universel, ou celle par laquelle (suivant la définition kantienne du schème) on détermine pour un concept son objet; mais dans l’image symbolique, l’image même est universelle et l’universel est image; Minerve ne signifie pas la sagesse; elle est la sagesse. L'image symbolique correspond à l’état d'équilibre stable de l’imagination et de la pensée. L’intuition mythologique, comme toute autre intuition, nous place au-dessus de l'opposition du particulier et de l’universel!.
La mythologie est nécessaire ?; l’art moderne n’a pas de mythologie, et le christianisme (ce trait sépare les romantiques de Winckelmann et même de Gœthe) défend un retour pur et simple à la mythologie païenne. L'imagination antique exprime l'éternel sous des formes finies et achevées, ce qu’elles sont, ellesle sont immuablement et par nature; Thémis même n’a pas à vouloir ni à conquérir sa justice; elle est la justice même. Sans doute ce caractère achevé et cet aspect amoral ne vont pas sans écart; Les Schlegel ont montré l’existence d’une poésie mystique qui est, dans le paganisme, un germe de christianisme ; d'autre part la mythologie orientale a des formes monstrueuses. Il n’en est pas moins vrai que le christianisme à une direction opposée, l’être fini ne trouve plus en lui-même son infinité, ses raisons de s'affirmer: il ne
2. Tout ce qui suit est fortement inspiré du Discours sur la Mythologie (1800) de F. Schlegel ; cf. ed. Minor, IL, p. 357 : « Il manque à notre poésie un point central comme était la mythologie pour les anciens; … la mythologie antique venait d'une imagination jeune ; la moderne doit venir de la dernière profondeur de l'esprit. »