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Mais la mythologie moderne doit venir selon Schelling d’une forte réaction de l'imagination qui doit équilibrer, par son sens du réel et du fini, l’idéalisme intempérant du christianisme. C’est un mouvement tout à fait correspondant, au fond, à celui de la Naturphilosophie contre Fichte; en philosophie, aussi, Schelling pense être arrivé au réel en limitant l’idéalisme. C’est ici que trouvent place toutes les espérances que les amis de Schelling fondaient sur sa philosophie de la nature. Cette nouvelle physique avait introduit la poésie et la vie dans la nature.Sur ce point cependant Schelling est, à certains égards, plus prudent que F. Schlegel. Où Schlegel veut voir un emprunt direct, Schelling ne trouve qu’une correspondance. Schelling ne fait aucune allusion au conte de Novalis qui prend précisément pour matière d’un mythe toute la philosophie de la nature; mais peut-être est-ce à cet étrange KXlingsohr qu’il pense, lorsqu'il dit que les concepts de la physique peuvent être matière de création mythologique, ou fournir des symboles aux êtres mythologiques. Si le principe du mythe chrétien est le miracle, rien de plus opposé au mythe que la nature cartésienne ou newtonienne ; le mythe doit alors se développer par lui seul, dans une sèche idéalité; il n’a pas de forme. Il en est tout autrement dans la philosophie de la nature : si le miracle ou la magie n’expriment au fond que la puissance du concept et de l'idéal sur le réel, la nature des nouveaux philosophes n'est-elle pas pleine de correspondances mystérieuses? La puissance de la lumière n'est-elle pas la puissance de l'idéal? On voit apparaitre ici un nouveau trait de la doctrine, l’occultisme ; il faut remarquer qu’il s’introduit à propos de philosophie de l'art 1.
Une des plus redoutables questions qui se posent à l’esthéticien, c’est la question du rapport de l’art et de la matière. L'artiste vit et sympathise avec la matière de
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son œuvre; le sculpteur trouve dans le bois et le marbre, le poète dans le verbe, tantôt un ennemi sournois et décevant qu'il faut assujettir à l’idée, tantôt un soutien inattendu qui donne à leur œuvre poids et gravité. En tout cas, dans le combat comme dans la paix, la matière n’est pas un simple réceptacle de l’Idée, ni même, ce qu’elle apparaît au profane, une condition restrictive dans l'expression de l’idéal ; elle est une condition très positive. L'art ne s'impose pas de l'extérieur à la matière, il n’y est pas introduit; il en naît pour ainsi dire avec nécessité, et l’artiste ne fait que dégager l’âme mystérieuse qui y était contenue.
Cette vérité, le critique d’art en a un sens bien plus net que l’esthéticien philosophe; il est plus près du métier. Aussi bien est-ce des historiens comme Winckelmann et de critiques comme Schlegel que Schelling l’a reçue dans sa philosophie. Pourtant sa propre doctrine s’accordait admirablement avec ce principe, puisque la matière est chez lui identique à la forme. Il y a donc ici deux vérités ; une vérité philosophique, l’absolue identité, et une vérité esthétique, l’indissoluble union de la matière de la forme qui viennent se croiser; et de leur union est sortie la doctrine de formes de l’activité artistique ?.
L’Idée ne s’ajoute pas comme un élément extérieur à une matière déjà présente, c’est soit la matière, soit le procédé technique d’élaboration qui sont en eux-mêmes les symboles des idées; c’est le son, le rythme, la modulation, le dessin, la couleur qui, intrinsèquement, sont les symboles de l'infini. De là dérivent le caractère quasi technique de cette philosophie, et sa prétention de donner à l’art non seulement des jugements critiques, mais des directions pratiques.
L'unité de l’art n’est pas celle d’un concept inspirateur
2. Nous savons par une lettre de Schiller à Gœthe (10 mars 1801) que dès cette époque, Schelling avait déjà accompli la déduction des se d'art.
qui se reproduirait, identique à lui-même, dans toutes les formes et toutes les matières : il n’y aurait alors qu’un seul art. Il ne s'ensuit pas cependant que l’art perde son unité et se dissocie dans la multiplicité sans lien des arts divers.
Ce qui est d’abord frappant, c’est l'abolition de la distinction en arts d'imitation et en arts non imitatifs. Schel-
ling s'accorde avec Schlegel pour penser qu’au sens vulgaire du terme, il n’y a aucun art d'imitation, s’il est vrai que l'illusion n’est pas le but de l’art!. C'est que, pour Schelling, la matière où s’objective la pensée artistique n’est jamais la représentation d’une chose existante, mais uniquement le symbole d’une idée. Mais c’est aussi pourquoi, en un sens plus profond, tous les arts sont également des arts d'imitation; car l’art exprime idéalement ce que la nature exprime réellement; aussi y a-t-il des correspondances entre les catégories de l’art et celles de la nature.
L'unité de l’art est celle d’une intuition, de l’intuition géniale qui, cherchant à manifester son identité dans l’être fini et phénoménal, tantôt se fixe et s’immobilise en quelque façon dans le marbre d’une statue ou d’un temple, tantôt se reprend et s’intériorise dans le mouvement continu d’une épopée ou d’un drame. Les arts plastiques sont donc la trace d’un effort de l'intuition pour s’objectiver, les arts de la poésie sont dus au mouvement inverse par lequel l'intuition est forcée de revenir en elle pour obéir à la loi de son identité.
Matière et langage ne sont que les symboles opposés de l’idée. Mais si la doctrine est compréhensible quand il s’agit de la matière, dont toute la philosophie de la nature a montré la valeur symbolique, elle l’est beaucoup moins si l’on considère le langage, ainsi qu’on fait habituellement, comme une invention humaine. Mais le langage n’est pas une invention arbitraire, et l’on perd son temps