‹ SchellingChapitre 92 sur 195 · P. 548 sq · texte numérisé non relu

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est identité absolue, ne peut rester dans cet état d’opposition avec elle-même; la synthèse a lieu dans l’art plastique.

La plastique, dans l’art, correspond, dans la nature, à la réalité la plus concrète et la plus vivante, à l’organisme, où l'idéal est entièrement pénétré de réel. L’œuvre plastique, un temple par exemple, comme l'être organique, est un être matériel, complet, se suffisant à lui-même, renfermant en lui son propre espace; c'est en ce sens qu’elle est synthèse de la musique où l'unité de l'Idée s’éparpille dansla multiplicité des sons successifs et de la peinture où la réalité des choses est en quelque sorte idéalement dessinée. Dans la plastique, il y a un équilibre entre la force expansive, le devenir indéfini qui disperse l'être, et l’ « idéal » qui l’absorbe en lui et n’en conserve que l’apparence; le résultat de cet équilibre est la forme à trois, dimensions ou l’œuvre plastique. Des deux côtés, et en sens inverse, l'être s'échappe; il s’écoule dans le devenir, ou il se perd dans l'idéal. La plastique fixe le devenir et réalise l'idéal!

Mais la plastique, art de la matière, contient l’art total et indivisé qui développe en elle toutes ses puissances ; c’est d’abord l’art correspondant dans la plastique à ce qu'est la musique dans l’ensemble des arts plastiques, l’architecture, puis celui qui correspond à la peinture, le bas-relief, enfin la sculpture proprement dite.

L'architecture est, dans la pierre, l’image de la musique, on y retrouve sous forme de rapports géométriques le rythme et l'harmonie musicale?. Le développement porte avant tout sur ces deux points : 1° L'architecture répondant à un besoin, peut-elle être rangée parmi les beauxarts? 2° Quelle est la signification des rapports numériques qui constituent les règles de l'architecture?

Sur le premier point, qui est un point de détail mal intégré à l’ensemble de la doctrine, et que Schelling ne

parait avoir traité que pour être complet, il donne une solution qui est en somme d'inspiration kantienne. Considérez la fin utilitaire ou subjective dans l'architecture; elle est alors un art mécanique. Et, suivant l’explication que Winckelmann avait donnée de son origine, c’est bien là ce qu'a d’abord été l’art grec; la première colonne fut un tronc d'arbre, et les premiers triglyphes des traverses en bois. Mais supposez que l'architecte imite intentionnellement le tronc d'arbre par une colonne de marbre, la traverse par un triglyphe, vous aurez un art véritable, puisque la considération utilitaire et subjective y fait place à une imitation objective !.

Pour la signification des règles géométriques, Schelling prend la plupart de ses matériaux dans Vitruve qu’il paraît connaître surtout par Winckelmann.

L’essence de l'architecture consiste en l’ordre des parties : le problème est d’en trouver l’image et les correspondances dans la nature ou dans les autres espèces d'art. D'abord la nature organique qui, en son fond, correspond aux arts plastiques, présente parfois des produits réguliers, dérivant de l'instinct animal (Kunsttrieb), comme le nid des oiseaux ou la cellule des abeïlles. Ces produits qui sont de nature inorganique, mais où se reflète l’activité organique, sont dans la nature la première image de l’architecture. Dans ce cas, le produit inorganique est comme une image allégorique de lPorganisme*.

Mais il y a plus : toutes les proportions ou symétries architecturales ont leur modèle ou plus exactement leur correspondant dans Les formes organiques. La philosophie de la nature a démontré que l’inorganique n’était tel que superficiellement, et qu’en son fond il était organisme. C'est cette vérité que symbolisent tous les arts plastiques en donnant la vie à la matière brute. L'architecture, en particulier, fait de l’inorganique une allégorie de l'or-

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