Ï } * \ = ' ‘ H 4 LA RELIGION RATIONNELLE
au fond, au dualisme des Perses qui admettent la dualité de deux principes!.
Il ya donc discontinuité entre l’Absolu et le monde des choses finies : c’est pourquoi l'on ne peut attribuer l'origine de ces choses qu’à un acte spontané, inexplicable par lui-même, par conséquent libre, qui les pose en dehors de l'absolu. Le sujet de cet acte, ce sont les Idées. Ces Idées peuvent, en effet, ètre envisagées sous un double rapport : d’abord dans leur rapport à l’absolu, où elles ont leur être et leur substance, puis en ellesmêmes, puisqu'elles ne sont pas des images muettes inscrites sur un tableau, et que l’Absolu leur à communiqué sa subjectivité. De là, pour les Idées, comme l'avait déjà fait remarquer le Bruno?, une double possibilité, celle OS de vivre en elles-mêmes et de vivre dans l’absolu. Ce re À choix est la matière de l’acte libre qui donnera naissance au monde sensible. Veulent-elles, en effet, vivreen ellesmêmes, elles n’ont plus le soutien de l’absolu; c’est-à- ta dire que leur réalité cesse d’être déterminée par leur simple concept ou idéalité, ce qui est la définition même de l'être fini et phénoménal, soumis à la loi de causa- GE lité qui énonce que tout être a son fondement hors de ILES lui-même *. |
La liberté devient donc pièce essentielle du système :
il faut remarquer cependant que la pensée de Schelling, | encore trop imprégnée de spinozisme, n’est pas fixe sur. : les conditions de cet acte. D'une part la liberté par la-
quelle l’Idée se dégrade en être fini lui apparait comme
une fausse liberté au prix de la véritable liberté, iden-
tique avec la nécessité, par laquelle l’Idée se fixe dans
l’Absolu : il y a là une oscillation de pensée assez génante
et la liberté au premier sens devient, contrairement aux intentions de l’auteur, une privation plus qu'un acte
positif. D'autre part cet acte lui-même est-il vraiment
libre? L'idée directrice de Schelling avait été jusqu'alors que la science arrive à la réalité totale en épuisant le champ du possible; c'est l’idée spinoziste que dans l'absolu tout possible est réel. Or il y a pour l’Idée deux directions possibles, la direction vers elle-même ou vers l'absolu; pour que sa liberté soit réelle, il faut qu’elle choisisse l'une aux dépens de l’autre; mais telle n’est pas la pensée de Schelling; il admet que l’acte qui pose le monde fini est aussi éternel, soustrait à la durée que l'acte par lequel les Idées sont dans l’Absolu, ce qui, au fond, force l’Idée à épuiser le champ des possibilités et lui enlève toute activité véritable.
Très obscur sur les conditions de l’acte, il trouve dans le système de Fichte une image qui doit en préciser la nature. On sait que pour Fichte, le moi n’est rien que l'acte par lequel il se pose et exclut de lui le non-moi. C'est cétégoïsme ou plutôt cette égoïté (Ichheït, Selbstheït) qui, généralisée, étendue à la nature par l'interprétation que l’on sait des forces de magnétisme et de cohésion, explique le caractère fini, morcelé, limité des êtres du monde phénoménal".
Avant de décrire brièvement les conséquences de cet acte fondamental, dans la nature et dans l’histoire, une remarque est nécessaire : La philosophie de la nature que nous rencontrons ici est-elle la même que celle de la Darstellung? Oui et non; oui, si nous en considérons les matériaux ; ici comme là nous voyons l’idéalité se perdre dans la nature,se morceler dans l’espace ; ici comme là la succession des formes naturelles s'explique non pas par l’action continue, directe et incessante de l’unique principe de l'Égoité; car l’Idée reste éternellement en ellemême; la nature est plutôt l’histoire d’une série de victoires et de défaites de chacun des deux principes, le principe qui affirme la particularité de chaque être, et celui qui la nie, jusqu’à l'équilibre définitif que ces deux