LOUISE MILLERIN, {INTRIGUE ET AMOUR
La Conjuration de Fiesqne était un drame politique ; Lonise Millerin (Kabale nnd Liebe) est un drame social. Schiller y stigmatise l'orgueil de caste, et l'on peut dire, en employant le terme moderne, qu'il met en scène un conflit de « classes ». C'est, de toutes ses œuvres théâtrales, celle où il nous a le plus livré de lui-même. Elle est pleine de haine contenue. Schiller y venge la petite bourgeoisie, dont il connaît mieux que personne la vie accablée et l'état de demi-servitude, du mépris insolent où la tiennent les aristocrates. Il ne va pas jusqu'à prétendre qu'elle soit, dans la société, la seule partie vertueuse et saine; il concède que la noblesse du cœur peut aussi se rencontrer parmi les grands. Mais il pense qu'à l'ordinaire la fortune, les privilèges, les honneurs gâtent le cœur des puissants. Ce n'est pas dans l'entourage des princes, c'est parmi les gens du peuple, laborieux et simples, qu'on trouve le plus grand nombre de cœurs purs.
Dès son séjour à Stuttgart il avait projeté d'écrire un drame bourgeois. Peut-être 5' avait-il été poussé par Dalberg, l'intendant du théâtre de Mannheim, qui lui avait prêté un exemplaire de la Kiiidermôrderin de II.-L. Wagner. Peut-être avait-il l'ambition de rivaliser avec tel auteur à succès de son temps, par exem-
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pie avec ce Gemmingen, qui, après Diderot, avait écrit un Père de famille. Mais, s'il est vrai qu'il ait suivi une mode littéraire, son drame est tout gonflé d'une passion qu'on chercherait en vain dans les œuvres de ses prédécesseurs. Il avait déjà vivement souffert de l'inégalité sociale. Ce n'est pas sans amertume qu'il avait vu son père condamné, parce qu'il était pauvre, à des besognes subalternes et forcé de se soumettre au bon plaisir d'un prince. Il avait eu lui-même, à l'Académie militaire, l'humiliation quotidienne de se voir classé parmi les roturiers, de ne pouvoir s'asseoir à la même table que les fils de nobles, de n'avoir pas droit au même uniforme ni au même titre. Au moment même où il écrivait Louise Millerin, des préjugés de classe semblaient vouloir empêcher un bonheur dont il rêvait parfois : il était épris de Charlotte von Wolzogen, fille de sa bienfaitrice, mais il sentait que ses ouvertures se heurtaient à un refus tacite, qu'on ne lui eût sans doute pas opposé s'il n'avait été plébéien. Ce sont donc des expériences personnelles qui se reflètent dans son drame et qui lui donnent cet accent d'âpreté qui le distingue des drames du même temps. La situation qu'il a imaginée est analogue à celle que décrit J.-J. Rousseau au début de la Nouvelle lléloïse. Dans le roman français on voit un père, aveuglé par le préjugé nobiliaire, séparer sa fille de l'homme qu'elle aime, bien que, titre à part, ce dernier soit digne d'elle en tons points; dans le drame allemand, le ministre von Walter met tout en œuvre pour empêcher son fils d'épouser une jeune fille à qui il ne peut rien reprocher que sa naissance plébéienne. Comme Rousseau, Schiller tient pour dérisoires les barrières que la convention a dressées entre les hommes. La nature ne connaît pas ces distinctions factices; quand elle pousse l'un vers l'autre deux êtres jeunes, nobles et purs de cœur, c'est en vain que les préjugés
essaient de contrarier leur amour : ce n'est pas « la mode », c'est « l'humanité » qui doit l'emporter.
Ferdinand von Walter, fils du favori d'un prince, et Louise Millerin, fille d'un humble musicien, ont été créés l'un pour l'autre, de toute éternité; mettre obstacle à leur union, c'est se jeter délibérément à la traverse des desseins de Dieu : « Je suis un homme de naissance noble, s'écrie Ferdinand; mais je voudrais bien savoir si mes lettres de noblesse sont plus anciennes que le plan de cet univers infini; si mon blason a plus de valeur que cette inscription, tracée par le Ciel lui-même dans les yeux de Louise : la femme que voici est pour l'homme que voilà. » On retrouve donc ici l'argument philosophique par lequel, dans VAnthologie, Schiller justifiait soi» amour pour Laura : il y a entre certaines âmes une harmonie préétablie, une irrésistible attraction, que rien ne peut entraver, sinon la révolte ouverte ou sournoise contre les lois divines.
Dans Louise Millerin il faudra une série de bas forfaits pour séparer momentanément Ferdinand de Louise. Mais l'ordre voulu par la Providence ne sera troublé que pour un temps. Ces deux âmes complémentaires se retrouveront unies dans la mort. In scélérat, du nom de Wurm, secrétaire du président von Walter, a découvert le secret de Louise et de Ferdinand. Comme il prétend lui-même à la main de Louise, il se hâte de prévenir son maître. Or ce dernier est justement en train de poursuivre une négociation qui, pense-t-il, assurera définitivement sa puissance à la cour : il veut marier son fils Ferdinand avec la maîtresse du prince, Lady Milford. Il brusque les choses et fait annoncer publiquement les fiançailles. Puis il essaie d'intimider Louise et ses parents; il fait jeter le père et la mère en prison. Mais son fils déjoue ses desseins en le menaçant de révélations
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compromettantes. Ne pouvant user d'autorité, le président accepte de recourir à un expédient que lui suggère Wurm. On propose un marché à Louise : qu'elle écrive et signe une lettre dans laquelle elle déclare qu'elle a été la maîtresse d'un certain courtisan, et l'on rendra la liberté à ses parents. La ruse réussit; Ferdinand, à qui l'on fait parvenii- la lettre, croit Louise coupable et l'empoisonne. Puis il s'empoisonne lui-même, et ne découvre que trop tard qu'on l'a trompé.
L'intrigue et le dénouement ont assurément un caractère mélodramatique. Mais l'action est fortement construite; c'est par une sorte d'inéluctable gradation que le couple des fiancés est précipité à sa perte. Il a fallu toutefois, pour rendre possibles certaines complications du drame, que Schiller prêtât un certain aveuglement à l'un de ses héros, Ferdinand.
C'est la première fois quil met sur la scène un personnage masculin uniquement occupé de pensées d'amour. Ferdinand lui est aussi cher que l'avait été quelques années plus tôt Karl Moor : c'est un être loyal, noble, désintéressé; c'est un homme demeuré, au milieu d'une société pervertie, aussi pur que la nature l'avait créé; c'est l'idéal même de la « jeunesse allemande ». 11 a autant de flamme, d'enthousiasme et d'intransigeance morale que Schiller lui-même. 11 est simple et bon, sensible à la vertu et au mérite naturel. Il ne juge les hommes que sur leur valeur propre et non sur leurs titres. Il a une franchise qui peut aller jusqu'à la rudesse : il parle à son propre père, dont il connaît l'indignité, avec la sévérité d'un juge. Mais c'est aussi un poète; et qui a beaucoup lu Klopstock; les images, tantôt familières, tantôt sublimes, coulent naturellement de ses lèvres : « Que des obstacles comparables à des montagnes viennent se dresser entre nous, dit-il à sa bien-aimée, je m'en ferai des degrés
par-dessus lesquels je volerai dans les bras de Louise. Les ouragans du destin hostile ne feront qu'attiser la flamme de mon sentiment... Je veillerai sur toi comme le dragon enchanté qui garde l'or souterrain... » Il a autant d'éloquence que de sensibilité. C'est un Saint- Preux germanique.
Mais, pour rendre possible le dénouement tragique qu'il avait imaginé, Schiller s'est vu obligé de refuser à Ferdinand la subtile intelligence du cœur, qui eût fait de lui un amoureux proprement parfait. C'est en vain qu'au premier acte Ferdinand déclare à Louise : « Mon regard pénètre à travers ton âme comme à travers l'eau pure de ce diamant. Il ne se forme pas à sa surface de soufflure, si petite qu'elle soit, que je ne voie aussitôt; rien ne m'échappe des pensées qui se reflètent dans ces traits ». Il suffit qu'un imposteur lui fasse lire un document faux pour qu'aussitôt il tienne des discours exactement contraires. Sans examen, sans enquête, il accuse Louise de mensonge et d'hypocrisie. Il fait bien plus : cet homme qu'on nous a peint pendant quatre actes comme la probité et l'équité mêmes, poursuit froidement à travers tout le cinquième acte une vengeance meurtrière; il y a dans le rôle de Ferdinand, au dénouement, une sorte d'inhumanité qui le rend presque insupportable. Schiller a bien senti qu'il y avait un certain désaccord entre le fiancé confiant des premières scènes et l'aveugle justicier du dernier acte; il a essayé, tant bien que mal, de dissimuler cette inconséquence en donnant à entendre, au troisième acte, que Ferdinand a une disposition naturelle à la jalousie, et par suite au soupçon et à l'injustice. Mais l'amant le plus obtus ne devrait pas se tromper au langage et à l'attitude de l'infortunée Louise. A aucun moment du drame ses actes ou ses paroles ne démentent sa noblesse naturelle. Elle garde cett€ limpidité, cette innocence, cette rayonnante droi-
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lure que P^erdinand célébrait en elle au temps où le doute n avait pas encore pénétré dans son cœur. Elle a dû, sous l'empire d'une angoissante nécessité, consentir à écrire, sous la dictée de Wurm, un billet qui la déshonore. Mais, quelque inintelligent ou quelque passionné que soit Ferdinand, il devrait pourtant faire réflexion que, si ce billet contient l'expression des véritables sentiments de Louise, cette dernière n'a plus besoin de dissimuler à partir du moment où elle se voit découverte. 11 ne lui reste plus qu'à se moquer d'un prétendant trop confiant ou qu'à se disculper. Or Louise ne fait ni l'un ni l'autre. Elle garde un silence, énigmatique sans doute, mais plein de dignité; rien en son attitude ne trahit la confusion ou le remords. Si Ferdinand n'a à aucun moment l'idée de soupçonner son père ou le secrétaire ^Yurm d'avoir fait pression sur elle, c'est que Schiller a besoin, à ce moment de l'action, de le rendre aveugle à l'évidence, pour mieux préparer le coup de théâtre qui va terminer la pièce. Le caractère de Louise ne présente pas les mêmes contradictions. Mais on peut s'étonner de voir une jeune fille de seize ans (car c'est l'âge que lui donne Schiller) déployer un héroïsme aussi conscient et aussi raisonné. Louise a une expérience des hommes, une résignation devant la vie et le destin, un pouvoir d'exprimer les idées les plus hautes ou les plus subtiles, qui ne pourraient appartenir qu'à une femme beaucoup plus âgée qu'elle et mûrie par de cruelles déceptions. Il n'y a aucune spontanéité en elle, aucun de ces élans juvéniles qui font de la Juliette de Shakespeare un être si impulsif et si charmant. Elle montre une gravité et une force d'âme qui vont grandissant toujours dans le malheur. C'est la plus clairvoyante et la plus pénétrante de toutes les personnes du drame. Où cette fille du peuple, qui vit entre un père probe, mais bourru, et une mère d'âme assez vulgaire, a-t-elle pris
une si profonde connaissance des hommes? Schiller, qui semble avoir prévu la question, le dit presque dès le début : dans la méditation religieuse et dans la lecture des poètes. Mais que cette autodidacte ait, à seize ans, assez de maturité et de fermeté d'esprit pour réduire au silence et couvrir de confusion une grande dame comme Lady Milford, la maîtresse du prince, c'est ce qu'on ne peut trop admirer, Schiller a prêté à cette enfant sa propre éloquence et son don de l'expression imagée. Marie Stuart ou Jeanne d'Arc n'auront pas plus tard, sous la plume de Schiller, davantage de dignité, de maîtrise de soi et de sûreté oratoire.
Le caractère de Louise pourtant a quelque chose de plus humain et de plus touchant que celui de Ferdinand. Car Schiller a su nous la montrer engagée dans un conflit douloureux : il lui faut, à partir du quatrième acte, choisir de perdre ou son père ou son fiancé; quelque solution qu'elle adopte, elle est sûre que le désespoir l'attend. Schiller a présenté avec force ce débat intérieur.
La figure la plus originale du drame est celle du vieux musicien Miller, père de Louise. Schiller l'emporte ici et sur Diderot et sur Gemmingen, qui avaient déjà, l'un en 1758, l'autre en 1780, porté à la scène le « père de famille ». Mais ces deux auteurs avaient présenté un type un peu conventionnel d'homme assagi et mûri par une longue expérience, indulgent aux faiblesses de ses enfants, prompt à pardonner et à réparer leurs fautes. Schiller ne donne pas au père de Louise ces traits de patriarche bienfaisant. Il sait que dans le peuple la bonté foncière et la noblesse de cœur sont souvent gauches à s'exprimer, qu'elles ne se manifestent parfois que par des manières rudes, et qu'elles ne sont pas incompatibles avec une certaine étroitesse desprit. Il a fait de son musicien un homme
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encore tout proche des couches les plus humbles du peuple, moins artiste que praticien, conscient de la médiocrité de sa condition et résigné à son sort, mais intelligent et fin sous une enveloppe rugueuse, plein de bon sens et animé d'un vif sentiment de l'honneur. Il l'a fait parler avec un réalisme tout nouveau dans son œuvre. Il a su se souvenir de la langue drue et imagée qu'il avait, enfant, entendu employer dans les milieux populaires et jusque dans la maison paternelle. Miller est direct, abrupt, trivial à l'occasion; il use de comparaisons, de proverbes, de locutions hautes en couleurs; son débit est coupé d'hésitations, de reprises, d'exclamations, voire de jurons. Rarement jusque-là, en Allemagne, langage de théâtre avait été aussi proche de la vie et aussi bien adapté au personnage qui en fait usage. Schiller donnait là un modèle que, soixante ans plus tard. Hebbel devait imiter encore dans sa Maria Magdalena.
La haine qu'il portait aux habiles et aux intrigants de la politique l'a amené à peindre sous des couleurs assez noires les représentants du pouvoir légal. Le Président et son secrétaire sont des coquins d'une espèce assez basse. Assurément les petits princes allemands s'entouraient souvent de gens douteux; on a pu démontrer qu'en Wurtemberg même des intrigants avaient réussi à s'élever par des manœuvres criminelles jusqu'au rang de ministre. Pourtant Schiller a sans doute exagéré le cynisme de son Président en le faisant rappeler lui-même avec sérénité la longue série de ses infamies passées. Une fois de plus Schiller met sur la scène un homme improbe qui fait luimême l'apologie de son improbité.
Le caractère de Wurm, le secrétaire, présente la même faiblesse. Schiller, encore naïvement enclin à distinguer les hommes en bons et en méchants, ne peut se résoudre à accorder aux derniers le bénéfice
d'une certaine sincérité. Pour lui, le criminel est moins un homme de passion qu'un homme d'intelligence pervertie; il sait qu'il fait le mal; et quand il est seul, il n'hésite pas à s'avouer sa vilenie; quand il est en compagnie d'un complice, il parle avec tranquillité de ses forfaits. Qu'un être malfaisant puisse appliquer toutes les forces de son esprit à embellir à ses propres yeux les actes auxquels le poussent ses passions, c'est ce que Schiller n'admet pas encore. Avec un dogmatisme juvénile, il pense que tous les hommes doivent nécessairement s'accorder dans leurs jugements moraux; car la morale est fondée sur la raison, qui est la même en tous temps et en tous lieux. Mais, tandis que les bons se soumettent aux avis de la raison, les méchants se rebellent; ces derniers toutefois savent qu'ils agissent au rebours de ce qu'ils devraient faire et par conséquent se méprisent eux-mêmes au fond de leur cœur. Le Président et Wurm sont, aux yeux de Schiller, des adversaires conscients de la morale éternelle.
Schiller a essayé de mettre plus de nuances dans le caractère de Lady Milford, maîtresse en titre du prince. Douze ans plus tôt, Lessing, dans Einilia Galolti, avait mis en scène un personnage analogue, la comtesse Orsina. Mais il en avait fait une femme orgueilleuse et violente. Schiller présente en Lady Milford une femme sensible et éprise de vertu. Assurément il voit en elle une réplique de celte Franziska von Hohenheim qui, maîtresse du duc Karl-Eugen, avait eu sur son amant, tout le monde le savait en Wurtemberg, une influence bienfaisante. Le jeune Schiller, à l'Académie militaire, avait célébré en vers grandiloquents les « vertus « de l'auguste concubine. Sa Lady Milford est une victime du destin ; née pour une vie d'innocence et de pures amours, elle s'est vue entraînée malgré elle à devenir la favorite d'un prince et à vivre dans un luxe dont
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elle a honte. Schiller veut que cette courtisane endiamantée n'ait qu'une aspiration : vivre dans la pauvreté avec un homme qu'elle aimerait vraiment. C'est un type dont Victor Hugo se souviendra en imaginant sa Marion de Lorme.
Cette vertueuse prostituée s'est éprise de Ferdinand et devient ainsi, sans l'avoir voulu, la rivale de Louise. En introduisant cette figure dans son drame, Schiller réussit à compliquer l'intrigue et à préparer quelques scènes à effet. Mais il donne du même coup une certaine inconsistance au caractère de Ferdinand, qui déjà, on l'a vu, prête à objection pour d'autres raisons : bien que rabrouée assez vivement, au premier moment, par l'intègre Ferdinand, Lady Milford réussit pourtant à l'émouvoir, et même à le troubler; et le lecteur se demande un instant, au deuxième acte, si l'intention de Schiller n'est pas de mettre au centre de son drame un conflit qui opposerait Lady Milford à Louise, et dont Ferdinand serait l'enjeu. En fait, il n'en est rien. Lady Milford n'est qu'un personnage accessoire et son utilité véritable est seulement de fournir au jeune auteur une occasion de flétrir publiquement le régime absolutiste de certains États allemands : dans une scène fameuse, Lady Milford apprend d'un domestique que le luxe dont l'entoure son amant lui vaut les malédictions de centaines de familles : pour pouvoir lui offrir des joyaux, le prince vend littéralement des milliers de ses sujets à une puissance étrangère, qui envoie ces esclaves modernes combattre outre-mer.
C'est le duc de Wurtemberg lui-même, le propre « bienfaiteur » de Schiller, que visait cette satire hardie. Lessing, dans Emilia Galolli, avait déjà montré comment l'arbitraire peut entraîner un prince jusqu'au crime; mais il avait, par prudence, transporté en Italie la scène de son drame. Schiller a le courage de
proclamer que le despotisme auquel il s'attaque est celui de certaines cours allemandes. Tous ceux des Allemands qui se jugeaient victimes de l'absolutisme devaient le regarder comme un vengeur. Dans la Conjuration de Fiesque il avait revendiqué la liberté politique; ici il se fait le défenseur de la liberté individuelle et de l'égalité sociale; dans son prochain drame, Don Carlos, il se fera l'apôtre de la liberté de penser et de la tolérance religieuse.