‹ SchillerChapitre 9 sur 19 · Die Sendung Moses (I7l · texte numérisé non relu

Die Sendung Moses (I7l

"a. Die Geselzgebung des l.Ykiirgus und Sulon (1790).

peu à peu déshabitués de tendre les ressorts de leur volonté. Il était utile qu'à une période de quiétude succédât une période de conflits désordonnés, pour que la raison trouvât, dans la lutte, la force de travailler plus énergiquement que jamais à son propre affranchissement'.

Engourdies au moyen âge dans l'asservissement et la contrainte où les tient l'Église, les âmes se révoltent au seizième siècle. La Réforme est pour Schiller l'époque la plus glorieuse de l'humanité. C'est elle qui, à son sentiment, a établi de façon inébranlable la liberté moderne. Aussi ne faut-il pas s'étonner que Schiller consacre son principal effort d'historien aux luttes politiques et religieuses issues du mouvement de la Réforme.

Il lui faut moins d'une année pour rédiger le long récit du Soulèvement des Pays-Bas. Il s'étonne luimême de sa propre facilité. II éprouve beaucoup moins de peine à conter les événements historiques d'où il vient de tirer les éléments de son Don Carlos qu'il n'en avait eu à imaginer et à composer les différentes parties de son drame. C'est qu'à vrai dire il ne s'est pas contraint aux longues et minutieuses recherches qu'on attend aujourd'hui d'un historien et que, même de son temps, savaient déjà pratiquer de consciencieux érudits; il n'a pas consulté d'archives; il n'a même pas eu à sa disposition la totalité des documents déjà imprimés et publiés; les sources espagnoles lui ont fait défaut. Il n'a travaillé que de seconde ou de troisième main. Mais il a su grouper les faits, les conter et les interpréter avec plus d'art et de clarté qu'aucun de ses prédécesseurs.

I . Universalhislorische L'ebersicht der vornehmsten an den Kreuzziigen teilnehmenden Nationen, ihrer Staatsverfassung, Relig'ionsbegrlffe, Sitten, Beschaftigungen, Meinungen und Gebrâuche (1700).

Son exposé n'embrasse qu'une partie des événements qui ont abouti à l'indépendance des Pays-Bas. On y trouve d'abord un tableau général de l'état politique et moral de ces provinces vers le temps où Philippe II monte sur le trône d'Espagne (1555), puis un récit des agitations, des troubles et même des premières révoltes qui se produisent au temps de la régence de Marguerite de Parme. Mais l'ouvrage se termine dès l'année 1567, au moment où Marguerite de Parme est remplacée, au gouvernement des Pays-Bas, par le duc d'Albe et où les mesures de rigueur prises par ce dernier vont provoquer la révolte proprement dite. 11 ne répond donc pas entièrement à son titre. Ce n'est, en fait, qu'une vaste introduction à l'histoire du soulèvement des Pays-Bas. Schiller toutefois estimait qu'il avait atteint son dessein essentiel, qui était d'exposer les causes morales de la révolution bien plutôt que le détail des luttes guerrières.

Il abordait son œuvre avec un parti-pris qu'il n"a nullement cherché à dissimuler, et qui d'ailleurs lui était dicté par sa philosophie même. Il voulait montrer qu'en revendiquant leur liberté politique et religieuse, les habitants des Pays-Bas avaient servi la cause de l'humanité : ils avaient contribué à réaliser le plan de la Providence, qui veut que les hommes, par un effort de libre détermination, modèlent eux-mêmes leur destinée et arrivent peu à peu à assurer leur propre bonheur. Quand Schiller avait lu pour la première fois, dans un livre de l'Anglais Watson, le récit des faits qu'il allait bientôt rapporter à son tour, il avait été, dit-il lui-même, saisi d' « enthousiasme »; il avait dès lors éprouvé le besoin de faire partager à d'autres les « sentiments exaltants » qu'il avait personnellement éprouvés. A priori, il devait paraître impossible qu'un peuple pacifique, peu nombreux, occupé de commerce, de pêche ou d'élevage, pût l'emporter sur un

monarque puissant, qui disposait de troupes exercées et de richesses inépuisables. C'est pourtant ce qu'on avait vu se produire; car le plus faible des deux adversaires était soutenu par des forces qui triomphent toujours à la longue : l'amour de la liberté et celui de la vérité en matière de foi. Ses revendications étaient considérées comme illégitimes par un tyran à l'esprit étroit et fanatique; mais elles ne tendaient qu'à rendre toute sa dignité à la notion de loi. Les citoyens des Pays-Bas avaient été, en même temps que les défenseurs de leur propre indépendance, les champions de la liberté de tous les « citoyens du monde ». Au contraire, leur adversaire, Philippe II, était l'ennemi de l'humanité, puisqu'il était mû dans tous ses actes par la « haine de la liberté ».

On ne peut jamais enchaîner l'esprit. Philippe II. quoique soutenu ou plutôt guidé par le plus puissant organisme de domination morale qu'on ait jamais connu, l'Inquisition, a dû renoncer à la longue à dicter les croyances de ses sujets. Cet échec réjouit en Schiller le protestant et le rationaliste. Il a à l'égard de l'Église catholique et romaine une aversion qui s'exprime quelquefois en formules passionnées. Ses préventions anti- catholiques apparaissent toutefois plus marquées dans les premiers chapitres que dans le reste de l'ouvrage. Quand, après avoir caractérisé en de vastes tableaux les systèmes politiques, les idées et les croyances, il en vient au déroulement des faits eux-mêmes, il oublie un peu ses préjugés pour faire une part plus grande, soit au hasard, soit surtout à l'action des personnalités fortes.

Le désir de bien comprendre les âmes l'a en effet amené à porter sur les acteurs du grand dranie qu'il racontait des jugements de plus en plus nuancés. Ce sont les personnages de premier plan, le prince d'Orange, Egmont, le cardinal Granvelle, Marguerite

de Parme, qui ont surtout retenu son attention. 11 s'est ingénié à reconstituer leurs pensées et leurs sentiments avec le plus de vraisemblance possible. Il ne cache pas sans doute la sympathie qu'il éprouve pour les chefs de la révolte; car ces rebelles sont à ses yeux des promoteurs de la dignité humaine. Mais il a assez de pénétration pour comprendre l'état d'esprit de leurs adversaires et les mobiles qui les font agir. Il a bien montré comment Philippe II, Granvelle ou le duc d'Albe, en résistant aux rebelles, croyaient obéir à des nécessités politiques.

A la forme Schiller apporte un soin particulier. Il avait beaucoup apprécié l'ordre et la clarté d'ouvrages historiques tels que ceux de Montesquieu et de Voltaire. Il a l'ambition de présenter à son tour au public un ouvrage agréable à lire. Il arrive trop souvent, dit-il dans sa préface, que la lecture d'un livre d'histoire soit une « épreuve de patience ». Le souci de la composition et du style est très apparent dans les premiers chapitres du Soulèvement des Pays-Bas. On y trouve des portraits, des tableaux antithétiques et jusqu'à des discours qui, bien que fondés sur des documents authentiques, comportent pourtant, comme chez les chroniqueurs Jatins, un certain arrangement. La langue est extrêmement étudiée ; elle a tout ensemble beaucoup de limpidité, de nombre et de couleur. Mais Schiller, qui a une tendance naturelle au rythme oratoire, se laisse aller parfois à un excès d'éloquence. Le style devient d'ailleurs plus simple et moins tendu à mesure qu'on avance dans la lecture de l'ouvrage. A ne considérer que la forme, on peut dire que Schiller se montrait supérieur à tous les historiens allemands de son temps et leur donnait une utile leçon.

L'époque qui avait vu le « redressement de la foi », le seizième siècle, avait une telle grandeur aux yeux de Schiller qu'il songea un temps à faire de Luther lui-

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même le sujel d'une œuvre nouvelle. Mais quand en 1791 il entreprend une seconde étude historique de longue haleine, c'est à la demande d'un éditeur qui désire publier une Histoire de la guerre de Trente ans. Schiller accepte volontiers la proposition qui lui est faite. Il n'a toutefois pas l'ambition d'apporter des vues nouvelles ni des documents inédits. 11 sait qu'il ne sera guère lu que par un public de culture moyenne et il s'évertue bien moins à faire preuve d'originalité qu'à présenter un récit vivant et clair. Dès maintenant d'ailleurs il est bien décidé à ne donner à l'histoire que la moindre partie de son temps. Il cessera presque complètement de s'en occuper après 1793. Il écrit donc ce livre d'une plume assez rapide, en faisant porter son principal effort sur l'agencement de la matière très touffue qu'il s'est engagé à traiter.

Il n'est pas de ceux qui voient dans la guerre de Trente ans une suite d'événements uniquement déplorables. Cette guerre a sans doute divisé et ravagé l'Allemagne. Mais elle a sauvegardé la liberté de la foi et rapproché dans une sorte de communauté, à la fois politique et religieuse, un certain nombre d'États européens. Les ruines qu'elle avait laissées ont été peu à" peu relevées, et la raison, libérée des entraves que le papisme voulait lui imposer, a pu faire sentir ses effets bienfaisants : c'est la guerre de Trente ans qui a rendu possible le siècle des lumières. Un heureux hasard a voulu que dans la première moite du dix-septième siècle l'intérêt de la plupart des princes allemands s'accordât avec celui du protestantisme. Les défenseurs de la Réforme ont donc été, une fois de plus, les champions de l'humanité.

Cette lutte longue et sanglante a été une manière de drame où le principe du bien a fini par l'emporter sur le principe du mal. Deux protagonistes personnifient pour Schiller ces principes opposés : Gustave- Adolphe,

héros du droit et de la liberté, chef d'une armée de justes, et Wallenstein, défenseur tortueux d'une cause moralement condamnable, intrigant génial, autour de qui se groupent des aventuriers avides, indifférents aux hautes aspirations qui font seules la dignité de l'homme. L'amour de l'antithèse a entraîné Schiller à idéaliser dès l'abord la figure de l'ambitieux roi de Suède et à accentuer les faiblesses indéniables du caractère de Wallenstein. Il a pourtant fini par rendre une assez exacte justice au caractère de ce dernier; très prévenu contre lui au début de son travail, il en est arrivé progressivement à apprécier en psychologue et presque à admirer la complexité de son esprit et de ses desseins. Le dramaturge sent déjà le parti qu'on peut tirer d'un tel personnage. C'est presque en auteur tragique qu'il conçoit et représente l'antagonisme de Gustave-Adolphe et de Wallenstein- Ces deux héros disparus de la scène, il ne porte plus aux événements qui suivent qu'un intérêt diminué. La période qui s'étend de 1634, date de la mort de Wallenstein, à 1848, année où commencent les négociations de paix, représente par sa durée presque la moitié de la guerre de Trente ans; Schiller la résume en un livre unique, qui ne forme même pas le sixième de l'ouvrage total. Quant aux Traités de Westphalie, il les laisse volontairement en dehors de son exposé; il sent que ses lecteurs trouveraient la matière aride et il n'a luimême que peu de goût pour l'infinie complication des discussions diplomatiques.

Écrit pour le grand public, cet ouvrage a pleinement atteint son but. C'est dans la relation de Schiller que d'innombrables lecteurs allemands ont, à la fin du dix-huitième et au dix-neuvième siècle, puisé leur connaissance de la guerre de Trente ans et de ses causes. Partiale assurément, et mal proportionnée en certaines de ses parties, celte relation a le mérite

d'être toujours entraînante; elle attache et retient le lecteur. Les historiens ultérieurs en ont depuis longtemps complété les lacunes ou redressé les erreurs; mais aucun n'a su rendre plus attrayante une matière relativement ingrate.

Pour Schiller lui-même le profit a été grand. Ce n'est pas seulement sa trilogie de Wallenstein, ce sont tous ses drames futurs qui seront vivifiés par ces cinq années d'études historiques. Il aura acquis, comme il le souhaitait, une connaissance plus subtile et plus juste des esprits et des cœurs; il se représentera avec plus de nuance et de mesure les grands entraînements collectifs qui soulèvent parfois les masses populaires : enfin il se sera confirmé dans son idée préconçue que ce sont toujours les grandes personnalités, les hommes de volonté forte qui orientent les peuples vers leurs destinées futures; et c'est à comprendre, puis à faire revivre quelques-unes de ces personnalités d'élite qu'il va de plus en plus délibérément vouer son effort.

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