‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 10 sur 120 · Schemann, Schoperihauer-Briefe · texte numérisé non relu

Schemann, Schoperihauer-Briefe

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affabilité ordinaire. « Quand Goethe lui donne son nom, disait-elle, nous pouvons bien lui offrir une tasse de thé. » Elle-même, du reste, n'avait d'autre titre à faire valoir auprès de la petite cour ducale que celui de conseiller aulique que son mari avait reçu du dernier roi de Pologne et qu'il n'avait jamais voulu porter.

Elle continua de recevoir ses amis deux fois par semaine, et toujours avec la même simplicité. Ses « thés littéraires )) alternaient avec le théâtre, et Gœthe finit par y être très assidu. Johanna Schopenhauer a pour Gœthe une admiration qui s'exalte parfois, mais qui n'exclut pas le jugement et qui n'est pas banale dans l'expression ; on sent qu'il y a entre eux, toute proportion gardée entre l'homme de génie et la femme du monde, une afiQnité de nature, a Le cercle qui se forme autour de moi le dimanche et le jeudi, écrit-elle à son fils le 28 novembre, n'a probablement pas son pareil dans toute l'AUemagne. Que ne puis-je, une fois seulement, d'un coup de baguette, te transporter ici 1 Gœthe se sent bien chez moi et vient souvent. Il a sa table à lui dans un coin, avec tout ce qu'il faut potir dessiner *. C'est Meyer qui m'a donné cette idée. Il s'installe là, quand il en a envie, et improvise de petits paysages à l'encre de Chine, légèrement esquissés, mais vivants et vrais, comme lui-même, et comme tout ce qu'il fait. C'est un être à part, grand et bon. Conmie son arrivée n'est jamais annoncée, je suis toujours saisie quand il entre. Il faut bien qu'il soit d'une nature supérieure, puisqu'il produit la même impression sur ceux qui le

1. Gœthe aimait à dessiner, tout en causant. Dans les salons qu'il fréquentait le plus, celui de la duchesse Amélie, celui du libraire Frommann, il avait sa place à lui, avec une table où on lui mettait ses dessins.

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connaissent depuis plus longtemps et de plus près. Lui-même reste d'abord muet pendant quelques instants, et presque embarrassé, jusqu'à ce qu'il ait bien considéré la société. Ensuite il s'assied près de moi, un peu en arrière, en s'appuyant sur le dossier de ma chaise. Je me mets à causer, il s'anime, et il devient très aimable. C'est l'être le plus parfait que je connaisse, même dans son extérieur : une belle taille, droite et haute ; beaucoup de soin dans son habillement, toujours noir ou bleu foncé ; les cheveux arrangés avec goût et d'une manière conforme à son âge ; enfin une figure expressive, avec des yeux bruns, à la fois dowL et pénétrants. Il embellit beaucoup quand il parle, et alors on ne peut assez le regarder. Il cause de tout, a toujours quelque anecdote à raconter, et n'impose nullement par sa grandeur; il est sans prétention, comme un enfant. » Goethe faisait souvent la lecture ; le Prince Constant, de Calderon, occupa plusieurs soirées. « Il nous ravit tous, écrit Johanna Schopenhauer à son fils (le 23 mai 1807), quoiqu'il ne lise pas selon les règles de l'art. Il s'anime trop, il déclame, et dans les scènes de combat c'est un tapage comme à Drury-Lane. Il joue chaque rôle, quand le rôle lui plaît, aussi bien qu'il est possible de le jouer en étant assis. Les beaux passages lui font à lui-même une très vive impression ; alors il les explique, les relit, y ajoute mille choses encore plus belles. Bref, c'est un être unique, et malheur à qui voudrait l'imiter 1 Mais il est impossible de le voir et de l'entendre sans l'admirer. Et comme tout cela va bien à sa figure et à toute sa manière d'être I Avec quelle grâce supérieure il s'en acquitte ! Il a quelque chose de si simple, de si enfontin 1 Ce qui le frappe, il le voit aussitôt devant lui ; à chaque scène il ajoute le

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décor. Bref, je souhaiterais que tu puisses l'entendre une fois ^ ! »

Ce que ces jugements de Johanna Schopenhauer sur Goethe ont d'intéressant, c'est le trait caractéristique sur lequel elle insiste en toute circonstance, la simplicité, la naïveté enfantine^ qui nous font voir un Gœthe intime, tout différent de l'Olympien qu'on se représente d'ordinaire. Mais ce qu'elle ne savait pas, c'est qu'en parlant ainsi elle était la plus imprudente des mères. Arthur Schopenhauer n'avait pas besoin qu'on lui fît la peinture des délices de Weimar pour prendre déplus en plus le négoce en aversion. Irrésolu comme il était, il souffrait sans pouvoir s'arrêter à un parti, et il se résignait en maugréant. Il avait dix-neuf ans : se mettrait-il encore sur les bancs du gymnase ? Le 28 mars 1807, il écrivit une lettre plus pressante à sa mère, où il lui exprimait ses inquiétudes 2. Elle y répondit le 28 avril suivant, après avoir pris conseil de son ami Fernow, qui pouvait d'autant mieux l'éclairer qu'il s'était trouvé dans une situation semblable à celle du jeune Schopenhauer. Fils d'un paysan de la marche de Brandebourg, Fernow avait déjà été clerc de notaire et apprenti pharmacien, lorsqu'il connut à Lubeck, à l'âge de vingt-trois ans, le peintre Carstens, qui le tourna vers les études artistiques, et avec lequel il vécut plusieurs années à Rome. Il enseigna plus tard l'histoire de l'art

1. Diintzer, Gœthes Beziehung zu Johanna Schopenhauer und ihren Kindem, dans : Abhandlwngen zu Gœthes Léhen und Werken, 2 vol., Leipzig, 1885 ; au l«r vol.

2. Cette lettre est perdue, comme toutes celles que Schopenhauer écrivit à sa mère ; elle-même les détruisit. Quant aux lettres qa*eU6 lui adressa, elle les lui redemanda, lorsqu'en 1837 elle commença la rédaction de ses Souvenirs ; ce qui en a été conlerré se trouve dans la succession du professeur Diintzer, mort le 16 décembre 1901.

àruniversitéd'Iéna, et il publia, avec Meyeret Schiilze, la première édition complète des œuvres de Winckelmann. Femow avaiteu à lutter contre un obstacle de plus que Schopenhauer, la pauvreté; Johanna le recueillit chez elle pendant sa dernière maladie, en 1808. Le 28 avril, Arthur reçut une longue lettre de sa mère, contenant une note presque aussi longue de Femow *. «Je me suis réservé cette journée, disait-elle, pour pouvoir répondre en détail à tes plaintes et à tes désirs. A moi aussi, moucher Arthur, la chose me tient à cœur; j'y ai beaucoup réfléchi, et cependant je ne suis arrivée à aucun résultat satisfaisant, tant il est difficile de se mettre par la pensée dans la situation d'un autre, là surtout où il y a différence de caractère. Tu es irrésolu par nature, moi trop prompte peut-être et trop portée à choisir, entre deux issues, celle qui paraît la plus étrange : c'est ce que j'ai fait en venant m'établir à Weimar, où j'étais une étrangère, au lieu de retourner, comme la plupart des femmes l'auraient fait à ma place, dans ma ville natale, où j'aurais retrouvé des parents et des amis... Je savais depuis longtemps que tu étais mécontent de ta situation, mais je n'en étais pas inquiète, car j'attribuais ton mécontentement à d'autres causes. Je sais trop bien, du reste, que la joyeuse humeur de la jeunesse ne t'a pas été donnée en partage,

1. On a reproché à tort à Johanna Schopenhauer d'avoir fait attendre nn mois sa réponse à son fils. Dès le 13 avril, elle lui avait écrit une lettre, où elle lui apprenait la mort de la duchesse Amélie, et qui commençait par ces mots : a J'ai à répondre à deux de tes lettres, Tune très longue, et sérieuse, et qui mérite une réponse sérieuse... J'y répondrai en détail : cela te prouvera une fois de plus que je t*aime, et que j'ai du moins le désir de contrihuer à ton bonheur, si je n*en ai pas le pouvoir... > Cette lettre, dont Diintzer n'avait donné que des fragments, a été publiée pour la première fois en entier dans le Journal de Francfart du 9 avril 1902.

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et que tu as malheureusement hérité de ton père un

penchant à la réflexion mélancolique. Gela m'a souvent attristée, mais je n'y pouvais rien, et j'ai dû en prendre mon parti, espérant que le temps, qui change tant de choses, te changerait peut^tre aussi. Là-dessus est venue ta lettre. Ce ton sérieux et calme, venant de l'âme et allant à l'âme, m'a tirée de mon repos. Serait-il possible que tu eusses manqué ta vocation P II faut, dans ce cas, que je mette tout en œuvre pour te sauver : je sais ce que c'est que de vivre contrairement à ses goûts... ))

Elle lui montre ensuite les deux routes qui s'ouvrent devant lui : d'un côté, une vie aisée et considérée dans une grande ville, avec des relations dans tous les grands ports de l'Europe ; de l'autre, un efiFort surhumain pour rattraper le temps perdu, et, au bout, une existence laborieuse, simple et retirée, avec l'estime de quelques-uns et la satisfaction que donne la noblesse du but poursuivi. « Considère tout cela, ajoute-t-elle, et choisis. Mais, ton choix fait, n'hésite plus et ne faiblis pas, et tu atteindras sûrement le but que tu te seras proposé, quel qu'il soit. Je ne te dis pas de ne pas me tromper, car je connais ta pure et profonde loyauté ; mais, je t'en conjure les larmes aux yeux, ne te trompe pas toi-même. Entre en conseil avec toi, sérieusement et honnêtement : il s'agit du bonheur de ta vie et de la joie de mes vieux jours, car ce n'est que de toi et de ta sœur que je puis attendre encore une compensation pour ma jeunesse perdue. Je ne supporterais pas de te savoir malheureux, surtout si je devais me reprocher d'avoir causé ton malheur par trop de condescendance... ))

C'est en cette circonstance que Johanna Schopenhauer se montre sous son meilleur jour. Elle marque bien.

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dans sa lettre, ce qui la distingue de son fils, et ce qui bientôt les séparera. Elle avait cette mobilité d'esprit» cette faculté d'adaptation rapide qui fait les natures heureuses, parce qu'elle leur permet de prendre toujours leur part, grande ou petite, des jouissances présentes. Ses enfants ont pu lui reprocher plus tard un défaut d'économie, de prévoyance, un peu d'égoîsme dans la recherche de ces plaisirs de l'esprit dont elle n'entendait plus désormais être sevrée, peut-être même une certaine ingratitude envers l'homme qui, en l'enrichissant, lui avait donné les moyens de se les procurer. Mais, au moment où la carrière de son fils se décide, elle n'écoute que son cœur maternel. Un reproche plus grave que la postérité sera toujours en droit de lui adresser, c'est de nous avoir dérobé les lettres de jeunesse du futur philosophe. On aimerait à observer en lui et à l'aide de ses propres confidences la genèse de son pessimisme. Il avait dans le sang un fonds d'humeur noire. Ce fonds premier et héréditaire n'a pu que s'accroître dans la gêne de sa vie de comptoir. Il se défiait de tout le monde, et, à force de se défier des autres, il en était venu à se défier de lui-même : de là son irrésolution. Et, comme pour se dédommager de son incertitude dans l'action, il était devenu de plus en plus tranchant et amer dans ses jugements. Ce qui augmentait son trouble intérieur, c'est qu'il sentait en lui la vocation philosophique, assez forte déjà pour lui donner des tentations de révolte, mais assez vague encore pour qu'il n'osât pas s'y livrer sans réserve. Dans un aphorisme qui date de 1807, il dit : « On a peine à concevoir comment l'âme immortelle, exilée dans le corps, peut être arrachée de son apathie sublime et ravalée dans la petitesse de l'existence terrestre, au point de désapprendre complètement son état antérieur

et de s'identifier avec une manière d'être qui, de son point.de vue élevé, devrait lui paraître infiniment mesquine... L'homme passe sur un pont dont il ne connaît pas les fondements ; il suit son petit sentier, sans penser d'où il vient, ni où il va, et ne considérant toujours que le pas prochain. » D'autres indications précieuses devaient être contenues dans ses lettres; nous n'en avons que le reflet dans les réponses de sa mère.

FERNOw calculait que, arec la connaissance qu'il avait des langues modernes, avec Texpérience qu'il avait acquise dans ses voyages, Schopenhauer aurait besoin de quatre ans pour accomplir le stage des études classiques. Il ne songeait pas que rien n'égale l'énergie du rêveur qui est sorti de son rêve, ou de l'irrésolu qui a trouvé sa voie. Schopenhauer ne prit que deux années ; encore furent-elles traversées par un incident dû à son humeur caustique. Il était entré au gymnase de Gotha, où enseignait alors l'helléniste Jacobs, auquel il a toujours gardéun souvenir reconnaissant. Il suivait à la fois les cours appropriés au degré de son instruotion générale, et, pour l'allemand, le cours supérieur, appelé la Selecta, sans compter les leçons particulières qu'il recevait du directeur, Frédéric-Guillaume Dœring. Un des professeurs du gymnase ayant plaisanté inconsidérément la Selecta dans une feuille publique, Arthur crut devoir venger ses camarades dans une épigramme très mordante, qui circula de main en main. Il dut quitter l'établissement. Mais tout d'abord il reçut une vive semonce de sa mère. « Si tu pouvais seulement finir par comprendre, lui disait-elle, ce que tu cries par-dessus les toits ! Tu répètes à tort et à travers la sentence de Gœthe : « Tenez donc les fous pour des

« fous, comme cela doit être ^ . » Mais est-ce les tenir pour ce qu'ils sont que de vouloir les corriger ? C'est, au contraire, se mettre à leur niveau. La sagesse consiste à les abandonner à eux-mêmes, à profiter de leur folie ou à s'en divertir à l'occasion, surtout à ne pas les heurter, de peur de faire du simple fou un fou furieux ; et c'est ce que Gœthe a voulu dire. Tu n'es pas méchant, tu as de l'esprit, de la culture, tout ce qui pourrait faire de toi un ornement de la société ; je connais ton cœur, il n'en est pas de meilleur ; et, avec cela, tu es à charge et insupportable, et j'estime qu'il est très difficile de vivre avec toi. Toutes tes bonnes qualités sont gâtées et obscurcies par ta supersagesse, par la fureur qui te possède de vouloir tout savoir mieux que tout le monde, de voir partout des défauts, excepté en toi-même, de prétendre tout corriger et gouverner. Tu aigris ainsi les hommes contre toi. Personne ne veut se laisser corriger et éclairer si violemment, surtout par un individu aussi peu important que tu l'es encore... Je te dis cela, non pour te faire des reproches, mais pour essayer une fois de te montrer à tes propres yeux tel que le monde te voit, tel que moi, ta mère, qui t'ai donné tant de preuves de mon affection, je suis obligée de te voir. Maintenant, c'est à toi de conclure, m

Elle lui laissait le choix ou de continuer ses études à Altenbourg, ou de prendre des leçons particulières à Weimar : cette ville possédait bien un gymnase, mais trop peu important pour donner un enseignement com-

1. c C'est folie d'espérer que les fous se corrigeront. Enfants de la sagesse, tenez donc les fous pour des fous, comme cela doit être. » Tel est le refrain d'une chanson cophte qui se trouve parmi les Lieder de Goethe; cette chanson devait figurer dans la pièce intitulée le Grand Cophte, dont Gœthe voulait d'abord faire on opéra.

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plet. Arthur se décida pour Weimar ; sa mère aurait préféré l'autre solution. Johanna Schopenhauer sentait qu'avec la difTérence de leurs natures ils ne pouvaient s'entendre qu'à la condition de ne pas vivre trop près l'un de l'autre ; elle prévoyait qu'un contact trop fréquent et trop immédiat amènerait inévitablement un choc, et c'est en effet ce qui arriva. Elle déclara d'abord qu'Arthur ne demeurerait pas chez elle, qu'il ne viendrait la voir qu'à de certains jours et à de certaines heures, en un mot, qu'il garderait sa liberté et qu'il ne gênerait pas celle de sa mère. La lettre qu'elle lui écrivit, à la date du 13 décembre 1807, lorsqu'il était encore à Gotha, commence, comme beaucoup d'autres, par des protestations de tendresse maternelle ; elle n'en est pas moins explicite dans son contenu : ce Tu ne doutes pas de mon affection ; je t'en ai donné des preuves toute ma vie. Il est nécessaire à mon bonheur de te savoir heureux, mais de ne pas en être témoin. Je t'ai toujours dit qu'il était difficile de vivre avec toi, et, à mesure que je te connais davantage, cette difficulté me parait augmenter, du moins quant à moi. Je ne te le cache pas, aussi longtemps que tu seras tel que tu es, je consentirais à tous les sacrifices, plutôt qu'à la vie commune. Je ne méconnais pas ce que tu as de bon : aussi, ce qui m'éloigne de toi ne réside pas dans ton cœur et dans ton âme, mais dans ta manière d'être extérieure, dans tes opinions, dans tes jugements, dans tes habitudes. Bref, je ne puis m'accorder avec toi sur rien de ce qui concerne la vie extérieure. Ton humeur chagrine aussi m'est à charge et trouble ma gaieté habituelle, sans profit pour toi. Rappelle-toi, mon cher Arthur, les visites passagères que tu m'as faites : il en est résulté chaque fois des scènes vives pour des riens, et je ne respirais librement qu'après ton départ. Tes doléances sur

des choses inévitables, tes mines farouches, tes jugements bizarres, qui tombaient de ta bouche comme des oracles et qui ne souffraient point de réplique, tout cela me pesait, sans parler de Teffort que je faisais sur moimême pour ne pas te répondre et pour éviter les occasions de dispute. Je vis maintenant très tranquille. Voilàlongtemps que je n'ai eu un moment désagréable, excepté avec toi. Rien ne me dérange, personne ne me contredit, et je ne contredis personne. Jamais, autour de moi, un mot ne se dit plus haut que l'autre. Tout va son train uniforme, je suis mon chemin de mon côté, et Ton remarque à peine, dans la maison, qui commande et qui obéit. Chacun fait ce qui est de son devoir, et les jours glissent l'un après l'autre sans qu'on s'en aperçoive. Tel est le genre de vie qui me convient, et auquel tu ne dois rien changer, si la tranquillité et le bonheur des années qui me restent à vivre te tiennent à cœur. Plus tard, mon cher Arthur, quand l'âge t'aura fait voir plus nettement certaines choses, nous nous entendrons mieux, et peut-être aurai-je alors mon meilleur temps dans ta maison, au milieu de tes enfants, comme il convient à une vieille grand'mère... En attendant, voici sur quel pied nous devons vivre ensemble. Dans ton logis, tu es chez toi ; dans le mien, tu es un hôte, un hôte bienvenu, toujours bien accueilli, mais qui ne se mêlera de rien... A mes jours de réception, tu dîneras chez moi, si tu veux réprimer ta fâcheuse envie de disputer, qui me contrarie, et t'abstenir de tes étemelles lamentations sur la sottise humaine et les misères de ce monde, qui me donnent de mauvais rêves et m'empê- • chent de dormir *. »

Arthur accepta tout. Son unique pensée était de

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