Die Weît aU Wille und Vorstcîlung, livre III, ? 3G
merce, puis elle songea à s'établir dans une ville où elle pût se livrer à ses goûts littéraires. Son choix se porta naturellement sur Weimar, le séjour des Muses, comnGie on disait alors. Elle y fît un voyage de reconnaissance, avec sa fille Adèle, au mois de mai 1806, et, à son arrivée, elle écrivit : « Je crois, mon cher Arthur, que je dresserai ici ma tente. Les relations y sont agréables, et Ton y vit à bon marché. Je pourrai, avec peu de peine et encore moins de frais, réunir au moins une fois par semaine les plus fortes têtes de la ville et peut-être de TAllemagne. » Elle se lia dès lors avec le bibliothécaire de la duchesse Amélie, Fernow, qui devait bientôt avoir une influence décisive sur la vie d'Arthur Schopenhauer ; et elle était déjà en relation avec Bertuch, le collaborateur de Wieland au Mercure allemand et l'un des fondateurs de la Gazette littéraire d'Iéna. Elle se fixa définitivement à Weimar dans les derniers jours de septembre. Peut-être eût-elle été moins prompte à quitter Hambourg, si elle avait prévu l'orage qui s'approchait ; car on était à la veille de la bataille d'Iéna. Mais elle était plus au courant de la littérature que de la politique. Au reste, elle n'eut pas à se repentir de son imprudence. Sa maison fut épargnée dans le pillage de la ville. Ensuite elle se fit un devoir d'adoucir chez les autres des souffrances qui lui avaient été épargnées à elle-même ; elle institua à ses frais une ambulance, où elle recevait une cinquantaine de blessés. Ils mouraient presque tous entre ses mains, dit-elle, mais ils étaient vite remplacés, car chaque soir en amenait au moins trois cents. Le 19 octobre, elle écrivait à son fils : « En dix jours, on a appris à me connaître ici, mieux qu'en d'autres circonstances on ne l'aurait fait en dix ans. Goethe m'a dit aujourd'hui que le baptême du feu m'avait faite Weimaricnne, et il a bien raison. Il m'a
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dit aussi que, puisque l'hiver s'annonçait plus tristement que d'ordinaire, il fallait nous rapprocher, nous alléger réciproquement le poids des mauvais jours. Je fais ce que je peux pour m'entretenir en belle humeur et ne pas me décourager. Tous les soirs je réunis chez moi les personnes que je connais. Je leur offre le thé avec des tartines de beurre, dans la plus stricte acception du mot. On n'allume pas une bougie de plus. Cependant tous reviennent, et se trouvent bien chez moi. Meyer et sa femme *, Femow, parfois Gœthe, sont du nombre. D'autres, que je ne connais pas encore, demandent à être introduits. Ainsi tout ce que je souhaitais autrefois se trouve de soi-même, et je ne le dois qu'au bonheur que j'ai eu de garder ma demeure intacte, de pouvoir me montrer telle que j'étais, de pouvoir conserver toute ma sérénité d'esprit, ayant été la seule parmi des milliers qui n'ait éprouvé aucune perte sensible, et qui n'ait eu à déplorer que le malheur public. Cette pensée est très égoïste, je le sais ; mais c'est là précisément le côté le plus afiEligeant de notre détresse, l'égoïsme qui envahit et déprime les meilleurs d'entre nous 2. »
Conserver la sérénité de l'esprit, sur cette règle de conduite Johanna Schopenhauer pouvait s'entendre avec Gœthe. Celui-ci eut bientôt une autre raison de se rapprocher d'elle. Il venait de faire consacrer par l'Église son union avec Christiane Vulpius, et, tandis que la société aristocratique de Weimar faisait grise mine à la roturière, Johanna l'accueillit avec son
1. Jean-Henri Meyer, professeur à l'Académie de peinture de Weimar, dont il fut plus tard directeur ; collaborateur de Schiller dans les Heures et de Gœthe dans les Propylées et dans VArt et VAntiquité,