Briefe iiher die Schopenhauersche Philoêophie, Leipsig
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Schopenhauer *, et resta dès lors en correspondance avec lui. Enfin, à Hambourg, un ancien prédicateur de la communauté catholique-allemande, George Weigelt, faisait des conférences sur la philosophie contemporaine, où Schopenhauer tenait la place d'honneur ; il les fit imprimer, et les lui envoya, avec une lettre qui contenait des passages curieux sur Tétat des esprits en Allemagne, tel qu'il l'envisageait, a Si de grands événements politiques, disait-il, n'absorbent pas entièrement l'attention publique, votre temps sera bientôt venu, plus tôt que vous ne l'espériez vous-même. Des signes trop évidents annoncent la fin de la fausse métaphysique qui, malgré tous ses éclats (trotz allen Eklats), n'a pu se répandre beaucoup au delà des murs de l'École. La voix de la philosophie a bien pu être étouffée pendant quelque temps par le bruit du monde; mais il faut enfin qu'une nouvelle époque commence pour elle, et elle commencera par vous. Cela est certain, aussi certain que nous sommes arrivés à un moment de crise. Mais ce n'est pas à moi de vous dire cela : vous le savez mieux que personne, et vous en connaissez les causes, que vous avez souvent marquées avec une sûreté extraordinaire. Toutefois, ce que je sens peut-être mieux que vous, c'est l'extension que vous donnerez à la philosophie ; vous la ferez sortir de l'École, vous la ferez pénétrer dans le peuple. Vos œuvres seront un jour entre les mains de tout homme cultivé. Elles donneront satisfaction au besoin métaphysique dont l'Église se joue aujourd'hui. Elles contribueront à relever le goût littéraire et le sens esthétique. Vous ne formerez pas seulement des philosophes, mais encore des poètes
1. Offenes Sendschreibenan den hochgelehrten Herm D^ Ar* thur Schopenhauer, Leipzig, 1855.
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comme il nous les faut. N'y a-t-il pas déjà plus de poésie dans vos écrits que dans toutes les productions de nos beaux esprits actuels ^ ? »
Parmi les philosophes de profession, les avis étaient encore partagés, mais du moins le silence était rompu. Emmanuel-Hermann Fichte défendait de son mieux la mémoire de son père. Dans la revue dont il était l'inspirateur 2, on présentait Schopenhauer tantôt comme un disciple infidèle de Kant ou même de Schelling, tantôt comme un novateur maladroit et déjà démodé. « Les misérables I s'écriait Schopenhauer dans une lettre à Lindner (du 9 mai 1853), pendant trente-cinq ans ils ont voulu m'empêcher de naître, et maintenant que je suis bien de ce monde, ils veulent m'assommer au plus vite, que dis-je ? me traiter déjà comme un fossile. Mais gare à eux I ils verront encore que je ne suis pas mort. » Le professeur Erdmann, de Halle, un hégélien du côté droit, y mit plus de façons. Il demanda des renseignements biographiques à Schopenhauer, et lui consacra, dans la seconde partie de son Histoire de la philosophie allemande, un long article, où il protestait contre l'injuste oubli où on l'avait laissé. « Le sort de Schopenhauer, disait-il, a quelque chose de tragique : ou on l'ignore, ou l'on se croit quitte envers lui par un compliment banal ; mais on se dispense d'exposer sa doctrine 3. » Cependant Schopenhauer ne fut pas tout à fait content de la manière dont il était réhabilité. Il trouvait qu'Erdmann ne le séparait pas assez des philo-
1. Gwinner, Schopenhauers Lében, p. 566. — Sur George- Christian Weigelt, voir Schemann, Schopenhauer- Briefe, p. 478.
2. Zeitschrift fur Philosophie und philosophische Kritik, alors dirigée par E.-H. Fichte et Ulrici.
3. Entwickelung der deutschen Spekulation seit Kant, deuxième partie, Leipzig, 1853, §§ 40-41. — La lettre do Schopenhauer à Ulrdmann se trouve dans Schemann, p. 331.