LA CÉLÉBRITÉ
sophes du camp opposé : a Je ne suis là que comme un larron parmi les larrons. » Il lui reprochait même deux mensonges, c'est-à-dire deux citations inexactes *.
On a expliqué de diverses manières le «sort tragique» de la philosophie de Schopenhauer et son succès final. D'après le principe que ce qui arrive doit arriver, on a pensé que le milieu du siècle était le moment précis où le pessimisme devait triompher en Allemagne. L'échec des réformes politiques après 1830, échec plus complet après les mouvements de 1848, avait paralysé les esprits et engourdi la nation. La porte semblait ouverte à une doctrine qui prêchait le renoncement, et qui, du reste, professait une indifférence complète pour la poUtique. Il se peut qu'il y ait eu là un de ces entraînements auxquels les sociétés obéissent quelquefois à leur insu ; mais il faut avouer qu'on ne trouve aucune trace de considérations de ce genre dans les correspondances échangées entre Schopenhauer et ses premiers disciples.
On a cité avec plus de vraisemblance le profond discrédit où était tombée 1» spéculation métaphysique après la dissolution de l'école hégélienne. La philosophie allemande avait parcouru successivement toutes les étapes qui devaient la conduire fatalement au néant. On avait d'abord nié la réalité de l'objet sensible, en ne laissant subsister que la représentation ou Vidée. Puis, à défaut de l'objet sensible qui se dérobait, on avait spéculé sur l'idée pure, en lui prêtant une réalité transcendante, et, en dépit des enseignements de Kant, on s'était remis à construire des systèmes, plus hardis, plus ambitieux, et aussi plus fragiles que les précédents. Enfin, après avoir cru un instant tenir l'absolu dans sa