‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 110 sur 120 · Voir une lettre à Frauenstœdl, du% iiO^«a:^^x^\^S · texte numérisé non relu

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main» on fut obligé de s'avouer qu'on n'avait lait que jouer avec des formules. Après l'objet sensible, l'objet transcendant se dérobait à son tour. Ce fut alors le pire des scepticismes, cdui du désenchantement. L'homme qui a toujours vécu dans le scepticisme finit par s'y habituer et par s'y loger à l'aise ; le vrai sceptique, celui en qui le scepticisme atteint toute sa profondeur, c'est le croyant désabusé. Arrivé à ce degré, on est prêt à embrasser toute doctrine nouvelle, et l'on va de préférence à celle qui s'annonce avec le plus d'autorité. 11 se peut donc que le succès définitif de Schopenhauer soit dû en partie à des causes philosophiques et même politiques. Mais il ne faut pas oublier que ce fut d'abord un succès littéraire. La longue querelle de Schopenhauer avec les universités ne fut pas un simple accident dads sa vie, la mésaventure fortuite d'un auteur méconnu ou mécontent ; elle est caractéristique pour la nature de sa doctrine. Les systèmes préoédents avaient leur siège dans les écoles, et quand leur influence s'étendait sur le grand public, c'était surtout par l'intermédiaire des écrivains qui s'en inspiraient. La philosophie de Schopenhauer suivit une marche inverse ; elle s'appuya d*abord sur le public, et, forte de cet appui, elle finit par forcer les portes de l'Ëcole. Mais elle y mit du temps. Pourquoi ses progrès ne furent-ils pas plus rapides? L'un des biographes allemands de Schopenhauer nous en donne une raison. Gwinner • nous fait remarquer qu'un Allemand ne Ut guère que ' les livres qui lui sont recommandés par un juge compétent, que par conséquent un auteur, quel que soit son mérite, a de la peine à se faire jour, s'il n'est porté par la critique ou par une coterie. « En Angleterre et en France, ajoule-t-il, il en est autrement : là, chaque auteur sait ce qu'il peut offrir aux lecteurs, et chaque

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lecteur sait ce qu'il est en droit d'attendre d'un auteur ; il existe pour toute production littéraire une certaine mesure moyenne, qui est également appliquée et respectée par le producteur et par le consommateur. De là vient que les Anglais et les Français ont beaucoup moins de livres foncièrement mauvais, ou inutiles, et perdent beaucoup moins de temps à des lectures stériles que l'Allemand qui est si fier de sa culture ^. »

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