Chap. XXIII : Ueber Schriflsteîlerei uud Stil
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absente. Lui-même est un de ces naïfs. Il n'admet qu'un genre d'ornement, l'image; ou plutôt, comme toute observation repose sur une intuition, c'est-à-dire sur h vue immédiate d'une chose, traduire une idée en image c'est simplement la ramener à son origine. « Toute pensée originale procède par images : c'est pourquoi l'imagination est un instrument si nécessaire à la pensée. Une tète sans imagination ne produira jamais rien de grand, à moins que ce ne soit dans les mathématiques. Des pensées purement abstraites, sans aucun fond intuitif, sont comme des figures tracées dans les nuages. Tout ce qui s'écrit, tout ce qui se dit, a pour but final d'amener le lecteur à l'intuition même d'où l'auteur est parti *. »
Schopenhauer rejette l'abstraction creuse, non seulement au nom de l'esprit philosophique, mais au nom de l'art d'écrire, dont la première règle est de ne faire voir au lecteur qu'une chose à la fois et de la lui faire voir sous une forme aussi frappante que possible. Luimême pense et parle par images. L'image se présente souvent au milieu d'un raisonnement, et presque toujours à la fin. Quand elle n'accompagne pas la pensée, elle l'achève. Parfois elle se développe en apologue, et termine une explication philosophique par un aperçu poétique.
En voici un seul exemple. Comme tout notre savoir est fait d'apparences, on peut se demander si notre vie est autre chose qu'un long rêve. Kant répond que ce qui distingue le rêve, c'est que les images qu'il nous présente ne sont pas reliées entre elles par la loi de causalité. Schopenhauer lui objecte que les détails d'un
l,Die^Welt àU WiUc und Vorstettung^ sappléments aa premier livre, chap. yn.
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rêve peuvent être parfaitement suivis, et que Fenchaînement causal n'est rompu qu'au moment où Ton passe du sommeil à la veille, en d'autres termes, quand on passe du rêve court au long rêve qu'est la vie ; et il termine en disant :
« La vie et le rêve sont des feuillets d'un livre unique. La lecture suivie de ce livre est ce qu'on nomme la vie réelle. Mais quand le temps accoutumé de la lecture, le jour, est passé, quand est venue l'heure du repos, nous continuons à feuilleter négligemment le livre, l'ouvrant au hasard à tel ou tel endroit, et tombant tantôt i^ur une page déjà lue, tantôt sur une autre que nous ne connaissions pas encore ; mais c'est toujours le tnême livre que nous lisons. Sans doute, la lecture distraite d'un feuillet isolé n'a aucun rapport direct avec une lecture suivie. Pourtant elle n'en diffère pas essentiellement, si l'on veut bien considérer que la lecture suivie commence, elle aussi, à l'improviste, et qu'elle finit de même, de sorte qu'on peut la regarder elle-même comme une page isolée, seulement un peu plus longue ^. w
Dans des passages de ce genre, Schopenhauer s'inspire de Platon, le premier maître qui lui apparut dans sa jeunesse, avant même qu'il fût entré dans l'intimité de Kant. En ramenant la recherche philosophique à l'observation précise, à l'étude positive du fait, au raisonnement ferme et lucide, et aussi au soin de l'expression et au respect du lecteur, en un mot, en renouant le lien entre la philosophie et la littérature, il a rendu un immense service à la pensée allemande. Il faut avoir lu certaines pages de Hegel pour avoir une idée du degré de barbarie auquel peut conduire le