Monadologief
t, Ménofi ou de la Vkrtu*
LA THiSE DE DOCTORAT 39
Schopenhauer, par une métaphore plus poétique que philosophique, donne au principe de la raison suffisante une quadruple racine, c'est-à-dire qu'il le ramène à quatre lois, ou qu'il l'applique à quatre séries de faits. A la loi de causalité, ou au principe du devenir, ayant pour objet les changements qui se produisent dans le temps et qui se déterminent l'un l'autre, se rattache la loi de motivation ou le principe de [la raison suffisante d'agir, qui explique toute la série des actes réfléchis, accomplis avec la claire conscience d'un but poursuivi et des moyens employés pour l'atteindre. La cause, dans le sens restreint du mot, produit les changements dans le règne inorganique, les effets qu'étudient la mécanique, la physique, la chimie *. Un degré plus élevé de causalité, c'est Virritabilité, qui régit la vie des plantes et la partie végétative, par conséquent inconsciente, de la vie animale. Le mo/i/ dirige la vie animale propre, c'est-à-dire les actes procédant d'une intelligence plus ou moins développée. Schopenhauer définit l'animal : ce qui connaît; c'est la seule définition qui lui semble assez générale pour être à l'abri de toutes les objections. Ce qui distingue l'homme parmi les animaux, c'est la raison, c'est-à-dire la faculté de l'abstraction, qui amène avec elle le don du langage.
A la loi de causalité et à celle de motivation s'oppose la simple loi de succession dans le temps ou de juxtaposition dans l'espace, ou la raison suffisante d'être. Chaque instant de la durée a pour condition un autre
L La cause, selon Schopenhauer, ne produit pas seulement un changement, elle est elle-même un changement. La série des causes est indéfinie. C'est par une supposition gratuite qu*on l'arrête à une cause suprême, qui n'aurait elle-même aucune cause. Schopenhauer se montre le disciple de Kant, en affirmant quA Dieu ne se démontre pa»»
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instant qui s'est écoulé avant lui ; chaque nombre suppose la série des nombres qui le précèdent. Mais il n'y a, entre ces instants et ces nombres, aucun rapport de causalité. De même, les figures qui remplissent l'espace se limitent l'ime l'autre, mais aucune n'agit sur l'autre à la manière d'une cause. « Quand je demande : Pourquoi, dans ce triangle, les trois côtés sont-ils égaux ? la réponse est : Parce que les trois angles le sont. L'égalité des angles est-elle la cause de l'égalité des côtés ? Non, car il ne s'agit ici d'aucun changement, par conséquent d'aucun effet produit par une cause. » Les rapports entre les nombres et les figures tiennent à leur essence même, et sont d'autant plus clairs et infaillibles. Les sciences qui reposent sur ces rapports sont l'arithmétique et la géométrie. Ainsi s'explique la marche droite et sûre de ces sciences ; elles n'enveloppent aucun mystère *.
S'il fallait ranger dans un ordre systématique ces principes et les sciences qui trouvent en eux leur fondement, on mettrait en tète le plus simple, le principe d'être, dans son application au temps et à l'espace ; ensuite le principe du devenir, ou la loi de causalité ; puis le principe de la motivation, ou la raison d'agir ; et tout à la fin le principe de la connaissance, qui suppose et embrasse les précédents.
Connaître, c'est se donner une représentation des choses, tt Outre les représentations sensibles, que l'homme partage avec les animaux, il peut loger encore dans son cerveau, que pour cela surtout il a d'un volume supérieur, des représentations abstraites, c'est-à-dire
1. Schopenbauer, en parlant de la géométrie ({ 39), donne des exemples de démonstrations directes, fondées sur la raison d'être^ et qu'il oppose aux démonstrations par la rédaction à Tabsorde, fondées sur le principe de la contradiction.
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déduites des précédentes. On a nommé ces représentations des concepts f parce que chacune d'elles comprend en elle, ou plutôt sous elle, d'innombrables individus dont elle est la conception collective ^. On peut aussi les définir des représentations extraites de représentorfions. Pour les former, notre faculté d'abstraction décompose les représentations complètes, c'est-à-dire sensibles, en leurs éléments, afin de pouvoir considérer ceux-ci séparément par la pensée, comme les différentes propriétés ou les différents rapports des choses. Mais, par cette opération, les représentations perdent forcément ce qui les rendait perceptibles aux sens, de même que l'eau, décomposée en ses éléments, perd sa fluidité et son apparence visible. Car toute propriété ainsi séparée ou abstraite peut bien être pensée pour elle-même, mais non perçue pour elle-même. En général, pour former un concept, on abandonne un grand nombre des éléments dont se compose une perception, afin de penser séparément les éléments qui restent... Plus on s'élève dans l'abstraction, plus on abandonne d'éléments, et par conséquent moins il en reste pour la pensée. Les concepts les plus élevés, les plus généraux, sont les plus vides et les plus pauvres ; ce ne sont plus à la fin que des enveloppes sans consistance, comme l'être, l'essence, la chose, le devenir. Et, pour le dire en passant, à quoi peuvent servir des systèmes philosophiques qui composent leur fragile tissu avec des notions de ce genre, et dont toute la substance est dans ces futiles enveloppes d'idées ? Ces systèmes ne peuvent être qu'infiniment vides et pauvres, et ennuyeux à suffoquer *. »