‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 19 sur 120 · Vitœ curriculum · texte numérisé non relu

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2, Epigrammatisch : Làhmung^ dans les poésies de Goethe.

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rer les traditions du premier, Schopenhauer aurait peutêtre figuré dans ce renouveau littéraire. Ne se trouvant pas complètement à l'unisson avec son entourage, il fit ce qu'avaient fait les romantiques : il chercha des relations nouvelles, sans rompre tout à fait les anciennes.

Il avait d'autres raisons, toutes personnelles, pour ne pas prolonger son séjour à Weimar. Il s'entendait de moins en moins avec sa mère, et, dans ce conflit q^'on s'est trop souvent borné à mettre sur le compte de son pessimisme, les plus grands torts ne paraissent pas avoir été do son côté. Au reste, Johanna Schopenhauer, en détruisant les lettres de son fils, a donné de fortes présomptions contre elle : on ne supprime pas les pièces d'un procès, lorsqu'on ne se sent pas coupable.

Il ressort de toute la correspondance de Johanna Schopenhauer qu'elle n'a jamais aimé son mari. Arthur, au contraire, quoiqu'il ait été méconnu par son père, lui a toujours gardé une vénération profonde ; il trouvait en lui quelques-unes des vertus qu'il prisait le plus, la personnalité du jugement, la franchise de la parole, l'esprit de droiture et d'indépendance. Il devait lui en coûter d'entendre sans cesse dire à sa mère qu'elle avait perdu sa jeunesse, qu'elle n'avait été heureuse que depuis son arrivée à Weimar. Ne se montrait-elle pas ingrate envers l'homme qui lui avait donné sinon la richesse, du moins une aisance très suffisante pour satisfaire ses goûts littéraires et artistiques ? Au reste, la mère pas plus que le père ne se doutait de la valeur intellectuelle d'Arthur, et Johanna Schopenhauer aurait été fort étonnée si l'on avait osé comparer le moindre de ses romans aux productions philosophiques de son fils. Elle avait pris, en arrivant à Weimar, une maison sur l'Esplanade, h côté du théâtre, et elle y avait apporté le confort de la grande ville

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commerciale de Hambourg ; elle s*aperçut même plus tard que ce confort passait ses ressources. Riemer, le familier de Goethe, écrit, dans une lettre au libraire Frommann, du 29 novembre 1806 : « L'étage inférieur, formé de trois pièces communicantes, est meublé avec beaucoup d'élégance et de goût. De chauds tapis couvrent le parquet, des rideaux de soie garnissent les fenêtres,' de grandes glaces occupent les panneaux, et Ton voit partout des meubles en acajou. Cela frappe d'autant plus, qu'on trouve ici peu d'ameublements élégants et à la mode. On entre par la pièce du milieu ; le thé est servi à droite ; à gauche et au milieu se tiennent les hommes ; les dames sont réunies autour de la table à thé. On se communique les nouvelles, on parle politique et littérature, on joue du clavecin, on chante. On arrive à six heures, et l'on se retire à huit ^. »

La maison était un nid de bas-bleus ; elle appartenait à la veuve du conseiller aulique Ludécus. La conseillère Ludécus se mêlait aussi d'écrire ; elle avait fait deux volumes sur le sujet de Louise ou les suites fâcheuses de la légèreté, et Kotzebue avait accompagné le roman d'une préface. Mais ce que tout le monde reconnaissait à Johanna Schopenhauer, c'était l'esprit de conversation. Un des hommes quilui sontle moins favorables, le jurisconsulte Anselme de Feuerbach, le père du philosophe, trace d'elle ce portrait : (( La conseillère Schopenhauer : veuve riche ; fait profession de science ; femme auteur ; parle beaucoup et bien ; intelligente ; sans cœur ni âme; suffisante, avide de succès, et se souriant à elle-même. Dieu nous préserve des femmes qui n'ont poussé qu'en intelligence I Le siège de la belle cxUture féminine n'est

1. Lettre citée par Dtintzer (Gœihes Beziehung xu Johanna Schopenhauer und ihrenKindemj àakii^AhhandXungenzu Gœthes Lében und Werken, au !•' vol.).

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autre que le cœur de la femme. Et la petite oîey sk 'fille, dit : « J'ai un talent tout particulier pour la peinture a de fleurs *. » Schopenhauer, à qui Frauenstaedt communiqua ce passage dans une lettre, répondit : a Ce n'est que trop bien caractérisé, et, Dieu me le pardonne ! j'ai bien ri. Cependant ma sœur peignait réellement très bien les fleurs et de petites figures 2. » Adèle Schopenhauer, en 1814, avait dix-sept ans ; c'était une personne grande et mince, avec des épaules tombantes et des yeux bleus à fleur de tète ; elle conçut une passion malheureuse pour un ancien condisciple de son frère, Frédéric Osann, plus tard professeur à léna et à Giessen, et finit par rester fille.

Les mœurs de Weimar n'étaient ni légères ni sévères, mais il était entendu que chacun y vivrait à sa guise. La modicité des revenus, même chez les grands seigneurs, était une garantie contre les excès. Les habitudes étaient, en général, très simples, et l'on pratiquait très bourgeoisement toutes les libertés sociales. Johanna Schopenhauer, tout en ayant déjà une grande fille, était «icore d'âge à rattraper en partie ce qu'elle appelait sa jeunesse perdue. Le 23 mars 1807, elle écrivait à son fils : (( Je ne manque pas d'adorateurs, mais ne t'en inquiète pas. Un négociant de Francfort, riche, comme je le crois, qui a passé ici quelques semaines pour une afikire d'héritage, a très sérieusement demandé ma main, et, tout aussi sérieusement, je l'ai renvoyé chez lui. Il y a ensuite un chambellan de la grande-duchesse, qui voudrait bien m'anoblir, un parfait imbécile, mais qui a eu une femme spirituelle, et qui en cherche une autre pareille ; tout le monde sait qu'il m'adore, mais

1. Anselm Ritter von Feuerhachs Lehen aus Tagebâchem, Leipzig, 185?.

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