Schemazm, Schopeniiauer-Briefe
{• Diintzer, ouvrage cité.
en 1819. Il se disait Tami de Gœthe, qui ne le cite nulle part, ni dans son Journal, ni dans sa correspondance ^. Schopenhauer, ne devant rester alors que peu de temps à Weimar, supporta sa présence. Mais lorsqu'il revint, au mois de novembre, et qu'il retrouva Tétranger en face de lui, lui qui n'avait pas l'habitude de céder le pas à un autre et qui n'avait jamais cessé de se considérer comme u le représentant moral » de son père, il éprouva quelque chose de ce que Hamlet exprime dans la scène terrible où il dit à sa mère : « Voyez cet homme, et puis celui-là... Avez-vous des yeux ? Quel est le démon qui vous a dupée ainsi ?» Il y eut des scènes violentes. Bientôt on ne correspondit plus que par lettres d'un étage à l'autre. C'était la mère qui l'avait voulu ainsi. Au mois d'avril 1814, elle écrivait : a Depuis notre dernier et fâcheux entretien, j'ai résolu que nous ne traiterions plus verbalement aucune affaire agréable ou désagréable, parce que ma santé en souffre. » Une autre lettre du même mois, très longue, une réponse à une lettre perdue d'Arthur, montre que celui-ci l'avait mise en demeure de choisir entre Mûller et lui. Johanna Schopenhauer dit à la fin : u Je ne comprends pas pourquoi notre lien de famille serait brisé. Que l'occasion vienne, et tu trouveras encore de la sympathie auprès de moi et auprès d'Adèle. Mais si je consentais à te sacrifier mon ami, j'agirais mal envers lui et envers moi. Tu m'as dit justement, en d'autres circonstances : a Toi et moi nous sommes deux. » Et il faut qu'il en soit ainsi. Cela suffit. J'ai fait en sorte que vous ne vous rencontriez jamais, voyant qu'il est
1 . L'historien Gœdeke, par une étrange erreur, le confond avec le chancelier Frédéric de Midler, auteur d*0U7rage8 intéressants sur Goethe, et dont on a publié, après sa mort, d«s Ckmvenations avêc Gœthe, Stuttgart, 1870.
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impossible que vous vous rendiez justice. Moi, je vous connais l'un et l'autre ; chacun m'est cher à sa manière ; aucun, dans mon esprit, ne porte préjudice à l'autre ; je ne sacrifierai aucun des deux à l'autre. Je savais, avant de connaître Millier, que toi et moi nous ne pourrions jamais vivre ensemble à la longue ; je sais aussi que toi-même tu ne l'as jamais désiré : pourquoi donc m'arracherais-je à un ami qui m'est fidèle et secourable, qui me rend l'existence agréable, et dont beaucoup de gens dignes d'estime reconnaissent, comme moi, les bonnes qualités P Uniquement parce que, dans un emportement de colère, dans la surexcitation de l'amour-propre, il s'est mal comporté envers toi, qui, du reste, n'étais pas aimable envers lui ? Je mets cela sur le compte de l'antipathie naturelle qui existe entre vous et contre laquelle vous-mêmes vous ne pouvez rien. En agissant autrement, je serais injuste envers lui et moi. Laisse-le où il est, il ne te fait point de tort. Sois bon, doux, sympathique envers moi et envers Adèle, ne t'érige pas toujours en juge vis-à-vis de nous, et tu verras si nous t'aimons. Ne me réponds pas, c'est inutile. Quand tu auras décidé ton départ, dis-le-moi, mais ne te presse pas : je n'ai pas besoin de le savoir longtemps à l'avance ^. »
Arthur Schopenhauer quitta Weimar, le mois suivant, pour se rendre à Dresde. Quatre ans après, Johanna fit, avec Millier et Adèle, un séjour aux eaux de Bade. En 1829, ayant à chercher un climat favorable pour la santé de sa fille, elle se décida pour Bonn. La même année, Millier fut nommé chancelier à Eisenach. En 1837, cédant, dit-elle, aux instances du duc de Saxe- Weimar, Johanna Schopenhauer revint dans le pays de