‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 25 sur 120 · ColMtrsatioM d*£ck«maim, 10 fé?rier · texte numérisé non relu

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ne pûmes empêcher certaines divergences. Ainsi deux amis peuvent marcher longtemps ensemble, en se donnant la main ; puis Tun se sent attiré vers le nord, l'autre vers le midi, et ils finissent par se perdre de vue. » Goethe et Schopenhauer ne se perdirent pas tout à fait de vue. Schopenhauer ne cessa de glorifier le génie de Goethe, en associant son nom aux plus grands noms de la littérature moderne, et Goethe continua de suivre la carrière de son ami avec sa bienveillance accoutumée.

LA couleur, la manifestation la plus expressive de la vie dans la nature, la couleur qui anime l'œil de rhomme, qui rayonne à la surface des plantes et des minéraux, et qui se joue en mille manières dans les espaces du ciel» est un des phénomènes qui ont attiré le plus anciennement l'attention des penseurs et des poètes. On voulait connsdtre sa nature propre, son rapport avec la lumière, son mode de transmission à la vue. Mais aussi longtemps que la science resta confondue avec la philosophie, l'observation scientifique ou prétendue telle ne consista guère qu'à recueillir et à comparer les impressions que l'homme recevait directement de la nature ; et ces impressions dépendaient nécessairement du caractère de l'observateur, de même que les conclusions qu'il en tirait tenaient à l'ensemble de son système. L'observation manquait de suite et même d'impartialité; elle était trop mêlée d'éléments subjectifs. Elle tournait dans un cercle, au lieu d'avancer en ligne droite et d'enregistrer un fait après l'autre, en l'analysant et en le contrôlant suivant les lois d'une expérimentation rigoureuse.

Aussi, dans les sciences physiques et en particulier dans la théorie des couleurs, depuis Aristote jusqu'à la fin du moyen âge, le progrès n'est guère sensible.

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Aristote, qui a vu dans la nature tout ce qu'un homme peut y voir avec le seul secours des sens, semble même avoir pressenti certaines découvertes qui n'ont été possibles qu'avec les procédés d'expérimentation de la science moderne. Il assimile déjà la sensation de la couleur à un mouvement qui part de l'objet coloré et se communique à l'organe, a La couleur, dit-il, est ce qui met en mouvement V espace diaphane *. w On pourrait traduire, en langage moderne : a La sensation de la couleur est due aux oscillations de l'éther. » Aristote ajoute que la couleur est « sur les choses visibles », sans s'expliquer davantage sur la nature de cette sorte de superposition. Ailleurs, se rencontrant avec Goethe, il explique la production de la couleur par un mélange de clair et d'obscur : « ainsi le soleil, blanc par luimême, paraît rouge, vu à travers un brouillard ou une fumée 2». De même, le père Kircher, dont Gœthe analyse l'ouvrage avec complaisance, et dont les idées ont en effet beaucoup de rapport avec les siennes, disait encore au dix-septième siècle : « Il est certain que, sur toute l'étendue de notre globe, il n'existe aucun corps tellement transparent qu'il ne s'y mêle quelque obscurité. Il s'ensuit que, s'il n'y avait au monde aucun corps obscur, ni aucune réflexion de la lumière, ni aucune réfraction par les milieux qu'elle traverse, nous ne verrions aucune couleur, excepté celle qui est inhérente à la lumière même. Mais si l'on enlève la couleur, on enlève du même coup toute vision des choses, car toute chose visible n'est vue que par le moyen de la surface colorée... La lumière et l'ombre concourent de telle sorte à l'ornement de ce monde,

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