Les Météores, ditcoivra huitième
détermine la vitesse différente de cette rotation ellemême et le double mouvement des globules lumineux? Goethe a raison de dire que le grand philosophe complique parfois inutilement les problèmes simples.
Malebranche simplifie la théorie de Descartes et lui donne en même temps une forme plus acceptable. Il remarque que la transmission de la lumière a de l'analogie avec celle du son. Il distingue, dans la lumière comme dans le son, une tonalité, qui est précisément la couleur, et une intensité, qui ne dépend que de la force de Timpression produite.
a II est certain, dit-il, que les couleurs dépendent naturellement de Tébranlement de l'organe de la vision. Or, cet ébranlement ne peut être que fort et faible, ou que prompt et lent. Mais l'expérience apprend que le plus et le moins de la force ou de la faiblesse de l'ébranlement du nerf optique ne change point l'espèce de la couleur, puisque le plus et le moins de jour, dont dépend le plus et le moins de cette force, ne fait point voir ordinairement les couleurs d'une espèce difTérente et tout opposée. Il est donc nécessaire de conclure que c'est le plus et le moins de promptitude dans les vibrations du nerf optique qui change les espèces des couleurs, et par conséquent que la cause de ces sensations vient primitivement des vibrations plus ou moins promptes de la matière subtile qui compriment la rétine.
« Ainsi il en est de la lumière et des diverses couleurs comme du son et des différents tons. La grandeur du son vient du plus et du moins de force des vibrations de l'air grossier, et la diversité des tons du plus et du moins de promptitude de ces mêmes vibrations, comme tout le monde en convient. La force ou l'éclat des couleurs vient donc aussi du plus et du moins de force des vibrations» non de Fair, mais de la matière subtile.
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et les différentes espèces de couleurs du plus et du moins de promptitude de ces mêmes vibrations. »
Malebranche ajoute : « Mais il faudrait voir sur cela les expériences qu'on trouvera dans l'excellent ouvrage de M. Newton *. »
La théorie de Newton est connue ; elle a été complétée après lui, et modifiée dans certains détails ; mais elle subsiste dans ses points principaux. La lumière n'est pas une, elle est multiple. Elle se compose de rayons diversement réfrangibles, et qui, selon leur degré de réfrangibilité, constituent la gamme des couleurs. Les rayons colorés se propagent par des oscillations de longueur et de vitesse différentes. La couleur la moins réfrangible, le rouge, est celle qui a les oscilla* tions les plus longues et les plus lentes. Le violet, la couleur la plus réfrangible, a les oscillations les plus courtes et les plus rapides. Entre les deux extrêmes de l'échelle chromatique se placent, avec des longueurs et des vitesses d'onde proportionnelles, en partant du rouge, l'orangé, le jaune, le vert, le bleu et l'indigo. Les rayons qui se trouvent au delà de ces deux extrêmes ne sont plus perceptibles à notre œil. Les oscillations, en se communiquant à la rétine, produisent l'image colorée. Mais le phénomène de la vision est tout subjectif. La couleur n'est qu'une variété de la lumière, et ce que nous appelons lumière n'est autre chose que la sensation lumineuse que nous projetons, pour ainsi dire, au dehors de nous, et à laquelle nous attribuons ime existence réelle.
Gœthe, au moment de formuler sa théorie, qui dans sa pensée devait renverser celle de Newton, n'avait
1. Voir: Sistoire de V Académie royale de» sciences, année 1599 ; et Malebranche, De la Recherche de la Vérité, seizième éclaireisiement.
contrôlé ni Tune ni Tautre par une expérimentation rigoureuse. 11 avoue lui-même que jusqu'à ce moment son éducation scientifique avait été fort incomplète : « J'avais suivi à l'université, comme les autres élèves, le cours de physique, et j'avais assisté aux expériences. Mais je ne me souviens pas d'avoir jamais vu faire les expériences au moyen desquelles on prétendait démontrer la théorie nev^tonienne. On réservait d'ordinaire ces sortes d'expériences pour les jours où par hasard le soleil se montrait ; elles étaient en dehors de l'enseignement courant ^. » Un professeur de l'université d'Iéna lui avait prêté ses appareils : distrait par d'autres occupations, il difTéra de s'en servir, jusqu'au jour où ils lui furent redemandés. « Déjà, dit-il, j'avais retiré de dessous une tahle la caisse qui les contenait, pour la remettre au messager, quand l'idée me vint de regarder un instant à travers un prisme, ce que je n'avais jamais fait depuis ma première jeunesse. Je me souvenais bien que tout devait paraître diversement coloré ; mais comment, c'est ce que j'avais oublié. Je me trouvais dans une chambre entièrement blanchie. Je m'attendais, en portant le prisme devant mes yeux et me rappelant la théorie de Newton, à voir toute la paroi blanche présenter une série de teintes différentes, et la lumière renvoyée à mon œil se diviser en autant de rayons colorés. Mais quel fut mon étonnement, quand la paroi blanche vue à travers le prisme m'apparut aussi blanche qu'auparavant I » Goethe conclut aussitôt que la théorie de Newton était fausse, sans se demander si lui-même ne se trompait pas dans l'application qu'il en faisait. Il
1. Confession de V auteur, à la fin de la Partie historique de la Théorie des couleurs.
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oubliait que la paroi blanche ne produisait pas un spectre unique, mais une série de spectres dont la superposition reconstituait la lumière blanche.
Rien n'eût été plus facile à Goethe que d'appeler sur ses recherches le contrôle d'un spécialiste. Mais, en poète qu'il était, il avait le dédain de l'appareil scientifique. Il pensait, commeil le dit quelque part, a que la nature n'a pas de secret qu'elle ne révèle à l'observateur attentif 1 ». Il ne voulait pas voir que la nature ne nous donne que le phénomène, ou plutôt la face extérieure du phénomène ; que le phénomène lui-même recèle des forces qui en sont la condition nécessaire, et qui peut-être à leur tour supposent d'autres forces ; que l'expérimentation scientifique n'est qu'une analyse, une simplification progressive, qui, par une série d'éliminations, cherche à atteindre la cause première dont le dernier effet seulement arrive à nos sens. « Pour le physicien, dit Helmholtz, un phénomène n'est pas complètement expliqué, aussi longtemps qu'on ne l'a pas ramené aux forces les plus reculées dont il est la manifestation sensible. Nous ne voyons jamais les forces, mais seulement leurs effets. Il faut donc, pour expliquer ces effets, c'est-à-dire les phénomènes, que nous quittions le domaine de la sensation pure. Le poète hésite à franchir ce pas. Dans ses créations artistiques, il produit du même coup et par une intuition immédiate le contenu idéal et la forme qui en est le vêtement ; il n'a recours à aucun intermédiaire. Son succès est même d'autant plus complet que l'intuition est plus vive et plus immédiate. Il s'imagine que c'est par le même procédé qu'on s'empare de la nature. Le physicien lui fait voir alors un monde d'atomes