Voir la Partie didactique, § J
au fond, qu'un retour à d'anciens aperçus, qu'une expérimentation rigoureuse avait déjà condamnés comme insufiRsants. Ce qui reste de son traité, c'est la partie psychologique et morale. Ce qu'il dit de l'influence du caractère, de l'âge, du sexe, du climat sur le sens des couleurs, et réciproquement de l'influence des couleurs sur les mouvements de l'âme, des impressions de joie ou de tristesse qu'elles excitent en nous, des teintes qui s'harmonisent ou qui se heurtent, soit dans l'agencement d'un tableau, soit dans la décoration d'un appartement, tout cela est d'un poète philosophe, habitué de longue date à interpréter la nature et à trouver un sens caché au moindre comme au plus grand de ses phénomènes. La doctrine de Goethe est une sorte de symbolisme des couleurs, et, à ce titre, elle offre souvent un commentaire curieux de ses ouvrages littéraires.
Elle n'a pu s'introduire dans la science, n'étant pas scientifique. Mais, par la même raison, elle a séduit les philosophes, dans un temps où la philosophie se croyait supérieure à la science, où elle se croyait autorisée à trancher par le raisonnement abstrait des problèmes que la science n'entendait soumettre qu'à l'expérimentation, sauf à en ajourner la solution tant que l'expérimentation ne serait pas complète. Hegel, à la suite de Gœthe, qualifie la théorie de Newton d'absurde, d'erreur énorme. « Actuellement, dit-il, on se représente les couleurs de deux manières. D'après la première, qui est la nôtre, la lumière est simple. La seconde, qui fait de la lumière un composé, est contraire à toute notion; c'est la métaphysique la plus grossière... La philosophie n'a jamais affaire à des composés. Son objet est la notion, l'unité dans la difTérence... La lumière est en dehors de la sphère des déterminations physiques. Le
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clair fixé sur un corps, c'est le blanc, qui n'est pas encore une couleur. L'obscur, matérialisé et spécifié, c'est le noir. Entre les deux extrêmes se place la couleur ; c'est la liaison entre la lumière et l'obscurité, et c'est cette liaison, spécifiée, qui donne seulement la couleur 1. » Ainsi c'est la notion, une entité abstraite, qui détermine la solution d'un problème scientifique. Ne faut-il pas que la nature entre dans les compartiments que le philosophe lui présente? Au reste, la lumière, l'obscurité et la couleur, c'étaient l'affirmation, la négation et la conciliation, la thèse, l'antithèse et la synthèse, c'est-à-dire une de ces trilogies sur lesquelles Hegel édifiait son système, et qui se portaient l'une l'autre comme les arcs superposés d'une façade gothique.
Schopenhauer est, lui aussi, partisan convaincu de la théorie de Goethe. Lorsqu'il republia et remania, en 1854, son traité De la Vision et des Couleurs, il écrivit dans la préface ^ : u Les occasions ne m'ont pas manqué, depuis quarante ans, pour vérifier ma théorie, et je n'ai jamais douté un seul instant de son absolue vérité. De même, la théorie de Gœthe me paraît encore aussi évidemment juste qu'à l'époque où il faisait devant moi ses expériences. Je puis donc admettre que l'esprit de vérité, qui dans des matières plus importantes a reposé sur moi, ne m'a pas abandonné dans ces questions d'ordre secondaire. Gela tient à ce qu'il est apparenté à l'esprit d'honnêteté, et qu'il fait