Aphoriêtnen zur I^hensioeisheit, chap. v
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climat, et où il avait déjà songé à s'établir. De Manheim, où il passa deux mois, il écrivit à Adèle, qui se trouvait aux eaux de Wiesbaden avec sa mère. Il voulait la revoir ; mais Fentrevue projetée n'eut pas lieu, on ne sait pour quelle cause ^.
Au mois de septembre, nous retrouvons Schopenhauer à Dresde. Peut-être espérait-il qu'un nouveau séjour dans cette ville, où il avait médité et composé son grand ouvrage, stimulerait encore une fois son activité. Le fait est qu'il parut vouloir s'y installer à demeure. Il mena, pendant tout l'hiver suivant, une vie très retirée, occupé à lire les philosophes dont les idées répondaient aux siennes. Il fit de longs extraits de l'ouvrage de Cabanis sur les Rapports du physique et du moral, dont une seconde édition venait de paraître. Il remarqua, avec un retour sur lui-même, que cette, seconde édition d'un livre «si plein d'idées » (gehaltvoll) était venue dix-neuf ans après la première : à ce compte, le Monde comme volonté et comme représentation pouvait bien attendre aussi ses lecteurs. Il se proposait de traduire en allemand les écrits de Hume sur la religion naturelle ; il adressa même à ce sujet une longue lettre à un éditeur de Berlin; mais le projet n'eut pas de suite 2.
1. La lettre de Schopenhaner [est perdue; mais les Archives de Gœthe et Schiller à Welmar contiennent une lettre d'Adèle à Gœthe, où elle dit : c J*ai eu hier une grande joie, une joie inespérée, et c*est à vous, cher et excellent père, qu'il faut que je le dise, car, ici comme partout, je suis obligée de me renfermer en moi-même, et personne ne s'en aperçoit quand mon cœur bat plus vite. Mon frère est complètement rétabli, il se trouve à Manheim, et il m'a écrit pour me proposer une entrevue à Francfort. » ( Voir Schemann, p. 497. )
2. Voir Schemann, p. 150. — Tieck se trouvait alors à Dresde, où il prit bientôt la direction du théâtre. Schopenhauer n'eut que de courtes relations avec lui. Holtei raconte (dans Erzàhîungen
Il fut arraché brusquement à ces études, au mois de mai 1825, par un ridicule procès, qui traînait depuis près de quatre ans, et qui exigea sa présence à Berlin. Il s'agissait d'un fait qui datait de son précédent séjour dans cette ville, et qui remontait au mois d'août 1821. Une couturière peu discrète, qui occupait une chambre dans la même maison que lui, s'était un jour installée devant sa porte, pour contrôler les visites qu'il recevait. nia somma de se retirer, et, sur son refus, il la repoussa violemment dans le corridor qui précédait l'appartement. Elle prétendit même avoir été frappée par lui et traînée sur le plancher. Elle déposa une plainte, qui n'eut d'abord d'autre résultat que de la faire condamner aux frais. Puis elle alla en appel. Schopenhauer, confiant dans le jugement qui l'avait acquitté, et prêt à partir pour la Suisse, ne crut pas devoir ajourner son voyage. Malheureusement, les juges du second ressort furent d'un autre avis que ceux du premier ; ils lui infligèrent, en son absence, une amende de vingt thalers. Alors la plaignante agit civilement, et, à mesure que le procès se prolongeait, ses prétentions s'accrurent ; elle s'aperçut même qu'elle avait certains organes lésés par suite de sa chute. Il en résulta une enquête médicale, qui confirma une partie des faits allégués. Enfin la dame fit si bien, que Schopenhauer fut contraint de lui payer les frais de ses maladies, feintes ou réelles, et une indemnité viagère de quinze thalers par trimestre pour
und Pîavdereien) que Schopenhauer, dans une discussion philosophique ayec Tieck, lui lança brusquement cette apostrophe : c Vous avez donc besoin d'un Dieu ? » Mais on sait qu'il ne faut pas trop se fier aux renseignements de Holtei. Tieck était revenu depuis longtemps du pessimisme de sa jeunesse, et il était Tun des chefs du romantisme. Toutes ses opinions, philosophiques et littéraires, Téloignaient de Schopenhauer ; cela suffit pour expliquer le peu de sympathie qui existait entre eux.
incapacité de travail. Il avait confié sa défense à un avoué peu diligent, tandis que la partie adverse était conduite par un homme très retors. Toute l'afTaire aurait mérité d'être retracée par un Beaumarchais ^.
Le nom de Schopenhauer reparut sur l'affiche des cours à la rentrée d'octobre 1826. Le sujet qu'il annonçait était la théorie de la connaissance; les heures étaient, comme précédemment, celles où enseignait Hegel. Il y eut trois inscriptions ; le professeur s'abstint, et il fit de même jusqu'en 1831 . Peut-être ne tenaitil qu'à figurer pour la forme parmi les membres de l'université. Une feuille trouvée dans ses papiers nous fait connaître la qualité des cinq auditeurs inscrits pour le semestre d'hiver 1828-1829 ; c'étaient un conseiller aulique, un changeur, un dentiste, un écuyer et un commandant. L'auditoire était à la fois peu nombreux et très mêlé, et réunissait dans son cadre étroit à peu près toutes les classes delà société. Seuls, les étudiants manquaient.
Cependant le philosophe ne restait point inactif. Il développait certaines parties de son système; il en étendait les ramifications en tous sens. Il ajoutait des ailes à un édifice dont, malgré l'inattention des contemporains, U solidité ne lui laissait aucun doute. Il traça, en 1826, la première esquisse d'un de ses meilleurs écrits, les Aphorismes sur la sagesse. L'année suivante, il écrivit la Physique astronomique, qui forma plus tard un chapitre de la Volonté dans la nature. Un
1. Voir lei pièces du procès dans Gwinner, p. 305 et soiy., et chez Grisebach en appendice (Schopenhauer^ p. 295 et suiv., 304 et suiy.). — La demoiselle Marquet — le soufflet d'un philosophe a immortalisé son nom — avait quarante-sept ans quand le fait délictueux se passa; elle jouit encore Tingt ans de son indemnité, et lorsqu'elle mourut, Schopenhauer lui fit cette épitaphe: Obit anus, abitonuê.
article qui parut, en 1829, dans le Foreign Review de Londres fit naitre en lui le projet de traduire en anglais les œuvres de Kant. Nul n'était plus qualifié que lui pour une telle entreprise, et il n'y avait aucune fatuité de sa part à écrire « qu'il ne se trouverait peut-être pas, dans l'espace d'un siècle, une autre tête où il y aurait autant de kantisme et autant d'anglais réunis que dans la sienne ^ ». Deux éditeurs auxquels il s'adressa successivement reculèrent devant les frais. Sachant déjà l'anglais, le français et l'italien, il avait commencé, en 1825, l'étude de l'espagnol ; il traduisit VOracle manuel du moraliste Balthasar Gracian ; mais ici encore l'intermédiaire nécessaire auprès du public, l'éditeur, lui manqua, et sa traduction ne fut publiée qu'après sa mort.
Toutes ces études, toutes ces reconnaissances qu'il poussait en tous sens autour de son système, lui faisaient désirer une édition nouvelle, complétée et rectifiée, de son grand ouvrage. Le 24 novembre 1828, il écrivit à l'éditeur Brockhaus, pour savoir où en était la vente de la première édition. Il lui fut répondu qu'il restait cent cinquante exemplaires en magasin ; quant au nombre des exemplaires vendus, on ne pouvait le lui indiquer exactement, une partie de l'édition ayant été convertie en maculature ; en tout cas, le débit était insignifiant. A une nouvelle lettre écrite par Schopenhauer en mai 1835, l'éditeur répondit de même. « Je regrette de vous dire, ajoutait-il, que, pour tirer au moins quelque profit de ce qui reste, j'ai dû en mettre la plus grande partie au rebut et ne conserver qu'un petit nombre d'exemplaires, n Schopenhauer ne parla plus d'une seconde édition.
1. Lettre &a directeur de la revue, du 21 décembre 1829 ; chez Gwinner, p. 843.
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En 1831, le choléra fit son apparition sur les frontières orientales de la Prusse, et s'approcha peu à peu de Berlin. Or, Schopenhauer avait eu un songe dans la dernière nuit de décembre. Il ne croyait pas que les songes fussent un simple jeu d'une imagination déréglée, mais il ne leur attribuait pas à tous la même valeur. Quelques-uns n'avaient qu'une vérité hypothétique, et il pensa que celui qu'il venait d'avoir, et qui l'effraya d'abord, était de ce nombre. « Les philosophes les plus déterminés, dit Lichtenberg, sont quelquefois superstitieux et croient aux pressentiments. » Lichtenberg aurait pu se citer lui-même comme exemple. Schopenhauer se persuada qu'il mourrait dans l'année, s'il ne quittait Berlin, et il obéit à la voix prophétique qui parlait en lui. Trois mois après, Hegel était victime du fléau.
Schopenhauer arriva, au mois de septembre, à Francfort, où il passa, presque sans interruption, la dernière partie de sa vie. Vingt ans encore, il attendit la célébrité qu'il ambitionnait, et qu'il croyait lui être due. Il l'attendit, non pas toujours sans impatience et sans colère, mais sans découragement, et sans douter un instant que son jour viendrait. La mort de Hegel fut une apothéose. On commença parle déifier, le comparant à Alexandre, qui avait conquis la moitié du monde à la civilisation grecque, ou à Jésus-Christ, qui avait renouvelé la conscience religieuse de l'humanité. Puis on se partagea ses dépouilles. Les uns prirent la partie conservatrice du système, les autres la partie révolutionnaire : ce furent les hégéliens du côté droit et du côté gauche. Entre eux se plaçaient ceux du centre, les timides et les indécis, les purs truchements du maître, les simples commentateurs d'un texte souvent obscur. Pendant la période agitée qui s'écoula de 1830 à 1848, toutes les
théories politiques ou religieuses, toutes les tentatives de réforme, tous les projets de réaction, s'appuyèrent sur Hegel et cherchèrent leur formule dans ses écrits. Enfin toute Técole sombra dans le dernier naufrage des idées libérales après 1848. Ce fut le moment où la philosophie allemande, sans sortir du kantisme, put reprendre la pensée de Kant à l'origine et la poursuivre et la développer dans une direction nouvelle.
SGHOPENHAUER ET KANT
CE fut une erreur de Schopenhauer de croire ou plutôt de se persuader que Fichte, Schelling et Hegel n'avaient été que de faux interprètes de la doctrine de Kant : une erreur au plus haut point volontaire, car Schopenhauer n'a jamais pris la peine de réfuter sérieusement ses trois prédécesseurs. Il se contentait de les appeler (des trois grands sophistes ». Pour Hegel en particulier, il s'en débarrassait à bon compte : il le déclarait illisible, ce qui était vrai en un sens et ce qui pouvait se justifier pour un simple lecteur, mais non pour un adversaire *. S'il avait voulu y regarder de près, il aurait pu se convaincre que l'idéalisme de Fichte, de Schelling et de Hegel, non moins que sa propre théorie de la connaissance, avait ses racines dans le criticisme de Kant. Une grande philosophie, comme celle de Kant, n'est pas un enclos muré dans lequel on ne pénètre que par une porte étroite ; c'est un domaine largement ouvert, d'où partent, comme du temple de la Sibylle, cent avenues diverses. Schopenhauer et
1. Voir surtout la préface de la leconde édition du Monde comine volonté et comme représentation^ la préface de la première édition dei JDetix Problèmes fondamentaux de la morale, et Tartiele Sur la Philosophie universitaire dans la première partie des Parerga et ParaUpomena*