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départ de son système. Le moi humain devient sujet absolu ; il contient virtuellement toute connaissance et toute réalité ; il est Fessence intelligible du monde phénoménal. Les objets sensibles ne sont qu'une limite qu*il rencontre au dehors de lui, ou plutôt qu'il s'oppose à lui-même, mais qu'il fait sans cesse reculer devant lui, à mesure que son infinie virtualité se déploie et se réalise dans le monde. Le terme du développement philosophique serait l'absorption complète de la nature dans l'humanité, ou, pour parler le langage de Fichte, l'identité du moi et du non-moi, ou encore, comme dira Hegel, la réalisation de l'Idée absolue dans l'esprit humain, la naissance de Dieu dans l'homme.
Ainsi l'ancienne métaphysique, que Kant avait cru bannir à jamais, se reconstruisait pièce à pièce sur la base de son propre système. Kant avait beau protester contre les hardiesses de ses continuateurs, il n'en est pas moins vrai que l'idéalisme de Fichte, aussi bien que la dialectique de Hegel, était contenu en germe dans la Critique de la raison pure.
Pour Schopenhauer, tout le développement auquel s'attachent les noms de Fichte, de Schelling et de Hegel n'est qu'une excroissance parasite du kantisme. Il ne tarit pas d'invectives contre « les trois sophistes ». Il veut bien reconnaître « du talent » à Schelling; mais Fichte n'est que a la caricature de Kant, le miroir grossissant de ses défauts )). Quant à Hegel, ce u Galiban de la philosophie », qui pourrait dire le nombre des cerveaux qu'il a détraqués ? Tous trois représentent « la descendance bâtarde» de Kant, dont il est, lui, l'héritier légitime : c'est là l'assaisonnement ordinaire des préfaces et des digressions de Schopenhauer. Mais ce qu'il faut lui accorder, c'est que nul n'a étudié da %\ ^^^^
les écrits du maître et ne s'est si bien pénétré de sa doctrine. Il lui a consacré un long article, sous forme d'appendice à la première édition du Monde comme volonté et comm^ représentation. Il désire même qu'on lise cet appendice avant d'aborder l'ouvrage principal. Schopenhauer a relativement peu écrit, et il s'en fait un mérite, n'ayant jamais pris la plume que quand il avait quelque chose à dire. Mais il veut aussi être lu en entier, et il indique même l'ordre dans lequel on doit le lire. (( Si mon ouvrage, dit-il, suppose des lecteurs familiers avec la philosophie de Kant, il suppose également la connaissance de l'appendice dont je parle. A ce point de vue, le plus sage serait de lire d'abord l'appendice, qui a, du reste, par son contenu, des rapports étroits avec le premier livre. D'un autre côté, on ne pouvait éviter, vu la nature du sujet, que l'appendice ne se référât çà et là au corps de l'ouvrage : d'où il suit tout simplement qu'il faut le lire deux fois. » Schopenhauer fait, d'ailleurs, la même recommandation pour tout l'ouvrage, a attendu que le commencement suppose la fin, à peu près comme la fin suppose le commencement ^ ».
Kant est, pour Schopenhauer, le véritable initiateur des études philosophiques. L'effet que la lecture de ses écrits produit sur un esprit bien constitué peut se comparer, dit-il, à celui que l'opération de la cataracte produit sur un aveugle. De lui date une nouvelle manière de philosopher. « Celui qui s'est assimilé sa doctrine n'est plus dupe de ses illusions ; il voit toutes choses sous un jour nouveau. Celui, au contraire, qui ne s'en est pas rendu maître est encore, malgré toute l'expérience qu'il peut avoir, dans une sorte d'innocence
1. JDie Welt as Wilîe und VorsteUung, préface de la lr« édition.
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primitive; il est encore emprisonné dans ce réalisme naïf et enfantin que nous apportons tous en naissant, et qui prépare à tout, hormis à philosopher ^. » A Kant, on ajoutera plus tard Platon, Berkeley, ^Hume, mais Kant doit rester le directeur principal. La grande vertu de sa philosophie est d'affranchir Tesprit, de nous mettre en garde contre les suggestions de l'imagination et du cœur, de ne laisser vivre en nous d'autre désir que celui de connaître le vrai.
C'est sur trois points surtout, selon Schopenhauer, que la réforme de Kant a été décisive. D'abord, il a séparé nettement deux éléments que l'on confondait avant lui, ou qu'on sacrifiait l'un à l'autre : ce qui paraît et ce qui est, le phénomène et la chose en soi, ce que nous pouvons connaître et ce qui échappe à toutes nos investigations. Il a réfuté ainsi tout à la fois le sensualisme exclusif et l'idéalisme exclusif, deux systèmes opposés dans leurs conclusions, mais ayant, au point de vue de la méthode, un caractère commun, qui est l'esprit dogmatique. « Avec Kant, la philosophie critique se pose en adversaire déclaré de cette méthode, quelles qu'en soient les applications. Elle soumet à son examen les prétendues vérités éternelles qui servent de fondement à toute construction dogmatique; elle recherche leur origine, et elle finit par la trouver dans la tête de l'homme. C'est de là qu'elles surgissent; elles procèdent des formes qui appartiennent en propre à l'entendement humain, formes qu'il porte en lui et dont il se sert pour concevoir un monde objectif. Le cerveau humain est, en quelque sorte, la carrière qui fournit les matériaux de cette orgueilleuse construction dogmatique. Mais, pour arriver à son but, la philo-