Die Welt aïs Wille und Vorstellung, livre Je»", g
2, De la Recherche de la véritéy livre I*', chap. vi ; et Réponse à M, RegiSy chap. 11. — Malebranche va jusqu'à admettre que les idées que nous avons nous les aurions encore, lors même qu'elles ne correspondraient à aucun objet. (Voir De la Recherche de la vérité, livre lil, seconde partie, chap. i*' et y, et Réponse à M. Re» gis, chap. II.)
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le système de Malebranche, nos sens nous sont donnés, avant tout, comme un moyen de préservation pour notre corps : aussi, ce qu'ils nous font connaître, ce n*est, à vrai dire, que le rapport de notre corps aux corps qui nous environnent.
Ainsi nos sens ne nous montrent que des rapports, des relations, ce qui revient à dire que notre connaissance est toute relative. De plus, ils ne nous montrent ces rapports que sous les conditions du temps et de l'espace, qui ne sont autre chose que des formes de notre entendement, ou, comme dit Kant, des intuitions a priori : d'où il résulte que notre connaissance est toute subjective, et ne nous permet de rien affirmer quant à l'essence des choses. Ces conclusions de Kant, non seulement Schopenhauer les admet, mais il s'applique à les confirmer et à les rendre sensibles par des considérations et des développements de toutes sortes.
« Vidéalité du tempSy découverte par Kant, est déjà contenue dans la loi d'inertie^ qui appartient à la mécanique. Car, au fond, ce que cette loi établit, c'est que le temps ne peut produire à lui seul aucun eflTet physique, que par conséquent, à lui seul et en lui-même, il ne change rien ni au repos ni au mouvement d'un corps. Il résulte déjà de là que le temps n'a aucune réalité physique, qu'il n'a qu'une existence idéale, transcendentale, c'est-à-dire qu'il tire son origine non des choses, mais du sujet connaissant. S'il était inhérent aux choses à titre de propriété ou d'accident, il faudrait que sa quantité, sa longueur ou sa brièveté, pût changer les choses en quelque mesure. Or il n'en est rien. Au contraire, le temps passe sur les choses sans leur imprimer la moindre trace. Car ce qui agit, ce sont seulement les causes qui se déroulent dans le temps, nullement le temps lui-même. Aussi, quand
un corps est soustrait à toutes les influences chimiques, — comme, par exemple, le mammouth dans les monceaux de glace de la Lena, les moucherons dans l'ambre, un métal précieux dans un air complètement sec, les antiquités égyptiennes et même les chevelures des momies dans leurs nécropoles fermées, — des milliers d'années n'y changent rien. C'est cette absolue inefficacité du temps qui constitue, en mécanique, la loi d'inertie. Un corps a-1^il une fois reçu un mouvement, aucun temps ne peut le lui enlever, ou seulement le diminuer ; ce mouvement est absolument sans fin, si des causes physiques ne réagissent contre lui. De même, un corps au repos reposera éternellement, si des causes physiques n'interviennent pour le mettre en mouvement. 11 résulte déjà de là que le temps n*est pas quelque chose qui soit en contact avec les corps, que le temps et les corps sont de nature hétérogène, que cette réalité qui appartient aux corps ne saurait être attribuée au temps, que, par conséquent, celui-ci est absolument idéal, exclusivement attaché à la représentation et à ses organes...
(( Et, pour le dire en passant, celui qui veut se représenter très vivement les applications de cette loi d'inertie, n'a qu'à se transporter en imagination à l'extrémité du monde. Que là, dans l'espace vide, il tire un coup de pistolet : la balle continuera de voler, sans changer de direction, dans l'éternité des temps; les billions d'années ne la fatigueront point, et jamais l'espace ni la durée ne s'épuiseront devant elle. Ajoutez que nous savons tout cela a prioriy et que, pour cette raison même, nous le savons de toute certitude...
c( Le temps n'est pas un simple mouvement ou une transformation quelconque des corps. Au contraire, tout mouvement, toute transformation n'a lieu qu'en
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lui, est conditionné par lui. L'horloge avance ou retarde, mais non le temps. Au contraire, la marche normale et uniforme d'après laquelle se déterminent l'avance ou le retard est précisément ce qu'on appelle le cours du temps. L'horloge mesure le temps, elle ne le fait point. Quand toutes les horloges s'arrêteraient, quand le soleil serait immobile, quand tout mouvement, toute transformation cesserait, le temps ne suspendrait pas un instant sa marche; il continuerait son cours tranquille; il s'écoulerait encore, sans qu'aucun changement rendît son écoulement sensible. Et pourtant nous ne pouvons le percevoir ; il ne nous est point donné du dehors et n'agit point en nous à la manière d'un objet. Que reste-t-il, sinon que le temps est en nous, qu'il s'iden1;ifie avec le développement propre et incessant de notre esprit, ou, comme dit Kant, qu'il est une forme de notre sens intérieur et de toutes nos représentations, le fondement sur lequel s'érige pour nous le spectacle du monde ?...
<( Quant à Vidéalité de l'espace, la preuve la plus convaincante et en même temps la plus simple qu'on en puisse donner, c'est l'impossibilité où nous sommes de le supprimer en pensée, comme nous supprimons toute autre chose. Nous pouvons bien vider l'espace, supposer que tout, tout, absolument tout en soit absent, que tout s'évanouisse, que rien ne remplisse l'intervalle entre les étoiles fixes, et ainsi de suite ; mais Vespace lui-même, nous ne pouvons nous en débarrasser en aucune façon. Quoi que nous fassions, où que nous nous placions, il est là et n'a de fin nulle part; car il est la base et la condition première de toutes nos représentations. C'est une preuve tout à fait certaine qu'il appartient à notre intelligence même, qu'il en est une partie intégrante, qu'il fournit la trame du tissu sur
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lequel vient s'appliquer ensuite la diversité du monde objectif. Il est là, aussitôt qu'un objet doit être représenté, et il aœompagne ensuite tous les mouvements, tous les tours et détours de l'intelligence intuitive, aussi fidèlement que les lunettes qui sont sur mon nez accompagnent les tours et détours de ma personne, ou que l'ombre accompagne le corps. Quand je remarque qu'une chose est avec moi partout et en toute circonstance, j'en conclus qu'elle est attachée à moi. Il en est ainsi de l'espace : quoi que je puisse penser, quelque monde que je puisse me représenter, l'espace est toujours là d'abord, et ne veut pas bouger. Si maintenant, comme il s'ensuit de là évidemment, ce même espace est une fonction et même une fonction fondamentale de mon intelligence, son idéalité doit s'étendre à tout ce qu'il contient, à tout ce qui se représente en lui ^. »
Tel le contenant, tel le contenu. Si l'espace et le temps ne sont que des formes de notre entendement, des cadres dans lesquels nous recevons les impressions du dehors, ou, pour parler sans figure, de simples manières de considérer les choses, et les seules manières dont nous puissions les considérer, des manières propres à nous et toutes subjectives, il s'ensuit que toute notre connaissance doit être empreinte du même caractère de subjectivité. Le monde que nous connaissons, c'est notre monde à nous ; il n'existe qu'en nous et pour nous. Nous le projetons au dehors dans l'étendue et la durée, mais ce serait une illusion de croire que nous puissions ainsi lui donner une existence réelle, indépendante de nous. Telles senties conclusions de l'idéalisme transcendental. Quant au système opposé, qui tend à
1. Parer ga und PardlipomeiWy deuxième partie, chap. m, 29, 30.
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identifier nos représentations avec la réalité des choses, il repose, selon Schopenhauer, sur une pétition de principe.
« D'après le réalisme, le monde, tel que nous le connaissons, doit exister indépendamment de notre connaissance. Or, essayons d'en supprimer tous les êtres connaissants et de n'y laisser subsister que la nature inorganique et végétale. Le rocher, Tarbre, le ruisseau sont là, et le ciel bleu. Le soleil, la lune et les étoiles éclairent ce monde, comme auparavant, mais inutilement, car aucun œil n'est là pour le voir. Maintenant, introduisons après coup un être connaissant. Aussitôt, dans l'intérieur de son cerveau, ce même monde se répète, se représente, exactement tel qu'il était à l'extérieur. Au premier monde s'en est ajouté un second, complètement séparé de lui, et qui pourtant lui ressemble trait pour trait. Le monde subjectif, le monde de l'intuition, dans l'espace subjectif delà connaissance, est exactement fait comme le monde objectif, dans l'espace objectif et infini. Mais celui-là a sur celui-ci l'avantage de la connaissance; il sait que cet espace au dehors est infini ; il sait même indiquer à l'avance et sans calcul préalable, nettement, minutieusement, l'ordonnance régulière de tous les événements qui peuvent s'y produire ; il n'est pas moins renseigné sur le cours du temps, et sur la relation de cause et d'effet qui règle au dehors tous les changements... N'est-il pas évident que ce monde absolument objectif que nous imaginions d'abord, et que nous croyions indépendant de notre cerveau et antérieur à toute connaissance, c'était déjà le second, le monde subjectif, celui de notre représentation, le seul que nous puissions concevoir^? »