LiTTe II
LE MONDE GOMME TOLONTlî 157
motiffi, pour la volonté raisonnable, qui n*est que la manifestation la plus claire du vouloir. Il faut que nous isolions par la pensée l'essence intime et immédiatement connue de cette manifestation, et que nous la transportions sur les autres manifestations plus faibles et plus obscures du même vouloir ^. »
Schopenhauer a raison de dire que ce n*est pas là une vaine discussion de mots. Mais une objection qu'on peut lui faire, si c'en est une, c'est que le poète prend ici la place du philosophe. Que l'univers entier soit doué par lui de volonté, cela n'explique pas pourquoi les éléments chimiques s'agrègent et se désagrègent, pourquoi la plante respire, pourquoi l'animal se meut, pourquoi l'homme pense. Il est, du reste, le premier à en convenir. Mais il a ouvert une grande vue sur la nature. (( Celui qui voudra entrer dans ma manière de voir, y trouvera la clef de tous les phénomènes de la nature. Il n'aura pas de peine à en pénétrer l'essence intime, car son propre phénomène, dont il a une double connaissance, à la fois médiate et immédiate, lui fera comprendre les autres phénomènes, qu'il ne connaît que par une seule voie, la voie médiate de la représentation. Et qe n'est pas seulement dans les phénomènes en tout semblables au sien, dans les hommes et les animaux, qu'il trouvera la même essence intime, la même volonté. Il la reconnaîtra encore dans la force qui fait pousser la plante, qui cristallise le minéral, et qui dirige l'aiguille aimantée vers le pôle J dans la commotion qu'il éprouve au contact de deux métaux hétérogènes ; dans les affinités des corps, qui se cherchent ou se fuient, s'unissent ou se séparent, et jusque dans la gravité qui entraîne puissamment toute