‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 53 sur 120 · Cause, Ursache ; excitation, Retz ; motif, Motiv · texte numérisé non relu

Cause, Ursache ; excitation, Retz ; motif, Motiv

au haut de Téchelle, et qui lisons en nous-mêmes, nous trouvons dans notre propre activité un terme de comparaison, que nous appliquons au reste de l'univers. Mais, aux degrés inférieurs les plus éloignés de nous, nous voyons d'autres agents, qui ne peuvent pas s'analyser eux-mêmes, et qui n'en sont pas moins des manifestations de la même volonté, éternelle et infinie. « Si nous considérons d'un œil attentif les phénomènes du monde inorganique, la poussée irrésistible avec laquelle les eaux se précipitent vers les profondeurs, la persévérance avec laquelle l'aiguille aimantée revient toujours se tourner vers le pôle nord, l'ardeur avec laquelle le fer cherche l'aimant et s'attache à lui, la violence avec laquelle les deux pôles électriques vont se rejoindre, et qui, comme les désirs humains, est accrue par les obstacles ; si nous observons avec quelle rapidité, avec quelle spontanéité se constitue le cristal, dont la forme régulière est due évidemment à des efforts divergents que la solidification a brusquement arrêtés et contenus ; avec quel choix les corps que leur état liquide a délivrés des liens de la rigidité se cherchent et se fuient, s'unissent et se séparent ; si nous sentons enfin d'une manière tout à fait immédiate comment un fardeau, dont la tendance vers la masse terrestre est arrêtée par notre corps, pèse sur lui et le presse, — il ne nous faudra pas un grand effort d'imagination pour reconnaître, jusque dans ces faits si éloignés de nous, notre propre essence, cette même chose qui, en nous, poursuit ses fins à la lumière de l'intelligence, et qui là, dans les plus faibles de ses manifestations, n'est que tendance aveugle, obscure, bornée, invariable, mais qui néanmoins, étant partout la même, — comme l'aube et le plein midi sont le rayonnement du même soleil, — mérite toujours le

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nom de volonté, qui désigne la chose en soi de tout ce qui apparaît à la surface de ce monde. Tunique fond de tous les phénomènes *. »

Ainsi Fessence des choses, l'être en soi, c'est ce qui est commun à tous les phénomènes et en constitue le fond ; et ce concept est assez large, même assez vague, pour comprendre en effet tout le monde minéral, végétal, animal. Mais Schopenhauer ne s'en tient pas à une généralisation à laquelle on pourrait reprocher de n'aboutir qu'à une formule. Il distingue nettement entre eux les différents ordres de manifestation de la volonté; il en marque les caractères, et il montre une grande sagacité dans cette analyse, à laquelle il revient souvent, jusque dans ses derniers écrits. Au degré inférieur, la volonté se manifeste par la force, qui, comme la volonté elle-même, est en dehors du temps et de l'espace, c'està-dire inconnaissable en elle-même. « JElle est toujours et partout présente, et l'on dirait qu'elle guette les circonstances qui lui permettront d'entrer en activité et de s'emparer d'une matière déterminée. Le temps n'existe que pour son apparition, il n'a aucune prise sur elle-même. Les forces chimiques dorment pendant des milliers d'années dans une matière, jusqu'au jour où un réactif les met en liberté ; c'est alors seulement qu'elles apparaissent ; mais le temps n'existe que pour leur apparition, non pour elles-mêmes. Dans le règne organique lui-même, nous voyons une semence desséchée conserver dans son sein, pendant trois mille ans, une force endormie, qui enfin, à la faveur des cir*^ constances, s'éveille et surgit sous forme de plante 2. » Dans le monde végétal et animal, les degrés sont

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