‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 54 sur 120 · Livre II, g · texte numérisé non relu

Livre II, g

LE MONDE COMME VOLONTÉ 16i

marqués par des types, qui participent, eux aussi, à rimmutabilité de la volonté. « Les types sont fixes ; ils ne sont soumis à aucun changement ; ils sont toujours et ne deviennent jamais, tandis que les individus qui en sortent naissent et passent, deviennent toujours et ne sont jamais. Ces degrés de Vohjectivation de la volonté ne sont autre chose que les Idées de Platon : je le note en passant, ajoute Schopenhauer, afin de pouvoir employer désormais le mot Idée dans ce sens ; il faudra toujours l'entendre chez moi dans son acception vraie, dans Facception primitive que Platon lui a donnée, et ne jamais l'appliquer à ces produits abstraits d'une scolastique raisonneuse que Kant a eu le tort de dénommer ainsi i. » Schopenhauer accuse souvent les philosophes d'avoir détourné le mot Idée de son sens primitif ; il ne voit pas que lui-même, ici, n'est pas tout à fait fidèle à la pensée de Platon.

A mesure qu'on s'élève dans l'échelle des êtres, l'individualité apparaît avec des caractères de plus en plus tranchés. Dans le règne inorganique, les forces naturelles agissent seules, avec une régularité inflexible et uniforme. « L'infaillibilité des lois de la nature a même quelque chose qui nous surprend et parfois nous effraye. Que, par exemple, deux corps se rencontrent dans de certaines conditions, aussitôt, suivant ime loi fixe, une combinaison chimique a lieu; mais que, dans mille ans, les mêmes conditions se retrouvent, soit par hasard, soit par les soins de l'homme, et immédiatement, à point nommé, le même phénomène se produira 2. w Là, toute individualité disparadt; seules, les circonstances extérieures peuvent modifier le phé-

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