Livre II
nomène. Les plantes, à leur tour, n'ont d'autres particularités individuelles que celles qui résultent de l'influence du sol ou du climat. Chez les animaux, c'est le caractère de la race qui domine. Dans l'homme, enfin, la personnalité apparaît ; elle s'exprime par la physionomie, qui ne réside pas seulement dans les traits du visage, mais qui affecte toute la forme du corps. Chaque homme pourrait être considéré, dans une certaine mesure, comme l'expression d'une Idée particulière, comme une manifestation spéciale et caractéristique de la volonté qui anime l'univers.
c( Nous voyons ainsi, au degré le plus bas, la volonté apparaître comme une poussée aveugle, comme un effort mystérieux et sourd, dans les forces de la nature et dans les milliers de phénomènes qu'elles produisent : phénomènes, en tout semblables et réguliers, et ne portant aucune trace de caractère individuel.
« Plus claire dans sa manifestation, à mesure qu'on s'élève de degré en degré la volon té n'agit plus, dans le règne végétal, par des causes proprement dites ; c'est maintenant l'excitation qui forme le lien de ses phénomènes. Cependant elle n'est ^«core qu'une impulsion aveugle et inconsciente ; et c'est avec ce même caractère qu'elle se montre dans la partie végétative de la vie animale, dans la production et dans le développement de chaque être vivant et dans l'entretien de son économie intérieure : ici encore, ce sont de pures excitations qui dominent d'une manière nécessaire la manifestation de la volonté.
« Nous arrivons enfin au point où l'individu qui représente l'Idée ne peut plus se procurer, par les simples mouvements résultant de l'excitation, la nourriture qu'il doit s'assimiler... De là, la nécessité de la locomotion déterminée par des motifs, et, par con-
séquent, celle de la connaissance, qui intervient ici comme un auxiliaire indispensable pour la conservation de rindividu et la propagation de l'espèce... Mais dès que cet auxiliaire est intervenu, le monde comme représentation apparaît tout à coup avec toutes ses formes, avec Tobjet et le sujet, le temps et Tespace, la pluralité et la causalité. Le monde se manifeste maintenant sous sa seconde face : jusqu'ici, il n'était que volonté; le voilà volonté et représentation *. »
Il ne reste plus qu'un dernier degré à franchir, celui où la connaissance intuitive elle-même ne sufQt plus. L'homme apparaît, « créature compliquée, multiple d'aspect, impressionnable et malléable, criblée de besoins et entourée de périls ». Une double lumière lui est nécessaire pour éclairer sa route. A l'intuition et à l'intelligence s'ajoute la raison, la faculté de combiner et de prévoir, la pleine et entière conscience des décisions, et la détermination de la volonté par des motifs. L'évolution est arrivée à son terme, et le type éùprême de la vie animale est réalisé.