Livre II, g
ON pourrait bien, en y regardant de près, trouver une contradiction dans le rapport que Schopenhauer établit entre nos facultés. L'intelligence est, pour lui, une fonction du cerveau ; il emploie même souvent les deux termes Tun pour Tautre. Or, le cerveau est une partie du corps, qui est lui-même un produit de la volonté. Comment Tintelligence vient-elle après coup éclairer la volonté, sa mère ? Il faut se souvenir ici, comme en plusieurs autres points, d'une parole de Schopenhauer : « Il n'y a rien de plus facile, mais aussi rien de plus inutile que de réfuter un philosophe. »
Quoi qu'il en soit, Fintelligence, tout en éclairant la volonté, lui reste inférieure. Schopenhauer a développé cette idée dans un long supplément, qu'il a intitulé De la primauté de la volonté dans la conscience de nous-mêmes, et qui contient, indépendamment de la thèse fondamentale, un grand nombre d'observations personnelles et intéressantes ^.
Ce qui se rencontre dans toute conscience animale, si faible qu'elle soit, c'est un désir, tour à tour satisfait
1. Vom Primat des WUlens im Selbathetousstsein : chap. six des suppléments au second liyre.
LA PRIMAUTÉ DE LA VOLONTÉ 16b
OU contrarié. Nous savons non seulement que l'animal veut, mais ce qu'il veut ; et comme les objets de sa volonté sont, en général, identiques à ceux de la nôtre, nous n'hésitons pas à lui attribuer toutes les affections que nous observons en nous-mêmes. Nous parlons de sa tristesse, de sa joie, de son amour, de sa répugnance» de sa crainte, de sa colère. Au contraire, nous n'osons pas affirmer que l'animal pense, juge, sache, comprenne ; nous n'avons qu'une notion vague des limites de sa connaissance. « La volonté est donc bien, dans tous les êtres animaux, l'élément primaire et essentiel ; l'intelligence n'est que l'élément secondaire et accidenteîTun instrument au service de la volonté, instrument plus ou moins compliqué, selon les exigences de ce service. ))
Si nous parcourons du haut en bas l'échelle hiérarchique des animaux, nous trouvons que l'intelligence y devient de plus en plus faible, mais nous ne remarquons nullement une dégradation correspondante de la volonté. Le moindre insecte veut ce qu'il veut, aussi résolument et aussi parfaitement que l'homme ; il n'y a de différence que dans ce qu'il veut, et ceci dépend de
l'intelligence. La volonté est simple en elle-même;
sa fonction est uniquement de vouloir ou de ne pas vouloir ; et, en vertu de sa simplicité, elle ne comporte pas de degrés; elle est toujours égale à elle-même. (( Elle ne présente de degrés que dans sa manière (Vêtre affectée, qui va du penchant le plus faible jusqu'à la passion, et dams sa facilité à être affectée, qui va du tempérament flegmatique jusqu'au tempérament colérique. L'intelligence, au contraire, n'a pas seulement des degrés dans sa manière d'être affectée, depuis la torpeur jusqu'à la fantaisie ou à l'enthousiasme ; elle en a dans son essence même, dans sa perfection plus oxiTMÀTks ^^jcÀa,
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depuis ranimai placé au plus bas de Féchelle et qui n*a qu'une perception confuse, jusqu'à l'homme, et, dans l'espèce humaine, depuis l'imbécile jusqu'à l'homme de génie. »
L'intelligence, même dans §ja plus grande perfection, se fatigue après un long effort. Le cerveau, comme toutes les autres parties du corps, a besoin de repos. La volonté, au contraire, est infatigable. Elle montre, dès le berceau de l'homme, qu'elle est l'élément primitif de son être. Un nourrisson, qui n'a qu'une lueur d'intelligence, témoigne par des cris le besoin de vouloir qui surabonde en lui; il veut avec énergie, avant même de savoir ce qu'il veut. Au contraire, l'intelligence se développe lentement, parallèlement à l'évolution du cerveau et au degré de maturité de tout l'organisme. (( Ce qui atteste aussi l'infatigable énergie de la volonté, c'est un d^aut plus ou moins commun à tous les hommes, et dont on ne triomphe que par l'éducation : j'entends la précipitation. Il y a précipitation, quand la volonté se met prématurément à la besogne. . . L'intelligence n'a pas encore eu le loisir de faire la moitié de sa besogne à elle, d'étudier et de comparer les circonstances, et de délibérer sur ce qu'il convient de faire, quand déjà la volonté a pris les devants, et, avec un seul mot : « A mon tour maintenant! » est entrée en activité, sans que l'intelligence lui ait opposé la moindre résistance. Car l'intelligence n'est qu'un valet, l'esclave de la volonté ; elle n'agit pas, comme celle-ci, par une impulsion propre. Aussi, un signe de la volonté suffit pour la mettre au repos, tandis qu'elle-même ne réussit que par un suprême effort à imposer à la volonté une courte trêve, pour pouvoir prendre à son tour la parole. . . Ce que le frein est à un cheval indompté, l'intelligence l'est à la volonté himiaine ; les instructions, les avertis-
sements, l'éducation que lui donne Fintelligence, dow vent la guider, la refréner. En elle-même, elle est une force impétueuse et sauvage, comme celle qui précipite les eaux d'une cataracte : nous savons même ^u*en allant au dernier fond des choses ori trouverait les deux forces identiques... De toutes ces considérations, il résulte avec évidence que^la voloAté est l'élément primitif et métaphysique, Fintelligence rélémèîit secondaire et physique. Et, comme tout objet physique, l'intelligence est soumise à la loi d'inertie. Elle n'entre en jeu que sous l'influence d'un agent, la volonté, qui la domine, la dirige, l'excite à l'effort, lui communique, en un mot, l'activité qui ne lui est pas inhérente par nature. L'intelligence cède au repos, dès qu'elle le peut; elle se montre paresseuse, peu disposée à agir. Un effort continu la fatigue, au point de l'émousser, de l'épuiser, comme la pile de Volta s'épuise par des décharges répétées. Aussi tout travail soutenu de l'esprit demandet-il des moments de trêve, sous peine d'amener un hébétement, une incapacité de penser, d'abord temporaire, mais qui devient durable quand l'intelligence est tenue trop longtemps en éveil, tendue sans relâche et outre mesure. Avec l'âge, l'impuissance de la pensée peut dégénérer en idiotie et en folie ; mais alors ce n'est pas l'âge qu'il faut accuser, c'est uniquement le surmenage persistant et tyrannique de l'inteUigence, ou du cerveau. C'est ainsi que Swift est devenu fou, que Kant est tombé en enfance, que Walter Scott, Wordsworth, Southey et d'autres génies d'ordre inférieur ont fini dans une torpeur complète de la pensée. Gœthe a conservé jusqu'à la fin la clarté, la vigueur et l'activité de son esprit, parce que, homme du monde et courtisan, il ne s'est jamais forcé au travail intellectuel. » L'intelligence joue si bien le rôle sçiCotkôÀw^ ^^^xl^
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la vie humaine, qu'elle ne peut accomplir librement sa fonction que si Faction de la volonté est suspendue. « Une grande frayeur nous étourdit au point que nous restons comme pétrifiés, ou que nous faisons le contraire de ce que nous devrions faire : ainsi, environnés d'im incendie, nous allons nous jeter au milieu des flammes. Dans la colère, nous ne savons plus ce que nous faisons, encore moins ce que nous disons. \}nexcès de zèle nous aveugle, nous rend incapables de peser les arguments d'autrui, de rassembler et de coordonner les nôtres. Lai joie nous ôte toute réflexion, tout scrupule, toute réserve ; le désir agit presque dans le même sens. La crainte nous empêche de voir et de saisir les moyens de salut qui nous restent et qui souvent sont à portée de notre main. Aussi, quand il s*agit d'affronter un danger subit, ou de lutter contre des adversaires ou des ennemis, les meilleures armes sont le 5a/i^-/roîcf et la présence d'esprit. Le sang-froid consiste en ce que la volonté se tait, pour que l'intelligence puisse agir ; la présence d'esprit, en ce que la pression des événements qui inquiètent la volonté ne trouble pas la marche tranquille de l'intelligence. La première de ces deux qualités est la condition de la seconde ; elles sont parentes, et très rares l'une et l'autre. »
Il est d'autres cas, où la pensée est faussée par les inclinations d'une manière plus lente, plus intermittente, mais aussi plus durable. « L* espérance et la crainte nous font voir comme vraisemblable et proche, l'une ce que nous désirons, l'autre ce que nous voudrions éviter; toutes deux agrandissent leur objet. L'espérance est, selon l'expression de Platon, le rêve de l'homme éveillé. La volonté force l'intelligence, son humble servante, quand celle-ci ne peut pas lui procurer l'objet désiré, à lui en fournir au moins l'image. Elle lui assigne
le rôle d*un consolateur, qui, comme la nourrice fait avec Tenfant, doit apaiser son maître avec des contes qui aient tout Fair de la vérité. Et l'intelligence, asservie à cette tâche, est obligée de mentir à sa propre nature et de violer toutes ses lois, en admettant comme vrai ce qui n*est ni vrai ni vraisemblable, ce qui est à peine possible, et tout cela pour calmer et bercer pendant quelques instants cette maîtresse intraitable et inquiète, la volonté... Enfin, Vamour et la haine faussent complètement notre jugement. Chez nos ennemis, nous ne voyons que défauts ; chez nos favoris, que qualités, et leurs défauts mêmes nous paraissent aimables. L'intérêt personnel, de quelque nature qu'il soit, exerce sur nous la même influence mystérieuse : ce qui lui est conforme nous paraît aussitôt équitable, juste, raisonnable; ce qui lui est contraire, nous le trouvons très sincèrement injuste et abominable, déraisonnable et absurde. De là tous les préjugés : préjugés de caste, préjugés professionnels, nationaux, préjugés de secte et de religion... L'esprit refuse d'admettre ce qui répugne au cœur. »
Il y a cependant des cas où les fonctions de l'intelligence sont stimulées par l'aiguillon de la volonté. « Celle-ci joue alors le rôle d'un cavalier qui, en donnant de l'éperon à son cheval, le pousse à un galop qui excède la mesure naturelle de ses forces. » Sous l'influence d'un vif désir ou d'une nécessité pressante, nous montrons souvent une perspicacité qui ne nous est pas habituelle, ou nous découvrons en nous des talents qui nous étaient inconnus. De là le phénomène surprenant de (( l'astuce des sots ». De là aussi le proverbe : (( Nécessité est mère des arts », proverbe très juste, remarque Schopenhauer, à condition qu'on en excepte les beaux-arts. Même chez les animaux, l'inte\L\%^\sKRi
s'accroît dans le danger. Le lièvre reste tranquillement couché dans le sillon d'un champ, et laisse le chasseur passer tout près de lui; les insectes, quand ils ne peuvent s'échapper, font le mort. « La mémoire aussi est accrue sous l'impulsion de la volonté. Une mémoire, même faible à l'ordinaire, retient avec une fidélité parfaite ce qui touche à la passion dominante du moment. L'amoureux n'oublie aucune occasion favorable, l'ambitieux aucune circonstance qui s'accorde avec ses projets. L'avare n'oublie jamais une perte subie, ni l'homme fier une blessure faite à son honneur. Le vaniteux retient le moindre mot d'éloge, la moindre distinction dont il a été l'objet. Le même phénomène s'observe chez les animaux : un cheval s'arrêtera devant l'auberge où il a un jour reçu l'avoine ; les chiens ont une admirable mémoire des circonstances, des lieux et des temps où ils ont attrapé de bons morceaux ; le renard ne perd pas le souvenir des cachettes où il a déposé une proie. » Ainsi la volonté, l'intelligence et la mémoire, quand elles agissent de concert, se prêtent un appui mutuel et doublent leur énergie. Mais dès que le désaccord se met entre elles, c'est la volonté qui l'emporte et qui domine. Alors l'intelligence a beau lui tracer une ligne de conduite, et lui reprocher ses défaillances quand elle s'en écarte ; la volonté semble un instant se soumettre, puis reprend ses habitudes» suit ses penchants et ses goûts, dont l'ensemble constitue le caractère ; « et l'intelligence reste seule avec ses plaintes impuissantes, et le chagrin même que lui cause sa compagne indocile finit par la réconcilier avec elle ».
L'intelligence et la volonté sont donc, au fond, indépendantes l'une de l'autre. Mais c'est dans celle-ci, c'està-dire dans les penchants, dans les habitudes, dans le
caractère, dans tout ce qui constitue la vie morale, que réside l'essence de l'homme et sa vraie valeur. On ne saurait reprocher à personne de manquer d'esprit ; on excuse même volontiers un imbécile en disant « qu'il n'en peut mais » ; cependant nul ne songe à invoquer la même excuse pour un malfaiteur. L'opinion est guidée par un instinct très sûr dans la manière dont elle assigne les responsabilités. « Les dons supérieurs de l'esprit ont passé de tout temps pour un présent de la nature ou des dieux ; c'est même pour cela qu'on les a appelés des dons. On les considérait, en quelque sorte, comme différents de l'homme, comme lui étant échuâ par faveur. Mais on n'a jamais considéré de même les qualités morales, bien qu'elles aussi soient innées ; on les a regardées, au contraire, comme émanant de l'homme, comme sa propriété essentielle, comme l'élément constitutif de son moi. Conformément à cette manière de voir, toutes les religions promettent pour les qualités de la volonté ou du cœur une récompense après cette vie ; aucune ne promet rien aux qualités de l'intelligence et de l'esprit. La vertu attend sa récompense dans l'autre monde; la sagesse espère la sienne ici-bas ; le génie ne demande rien ni dans ce monde ni dans l'autre : il est à lui-même sa récompense. »
C'est sur les qualités morales que se fondent les amitiés durables. Qui ne prendra pour ami un homme honnête et bienveillant, plutôt qu'un homme simplement spirituel ? L'esprit, le génie, la beauté, sont éclipsés par la bonté du cœur. « Un esprit borné, un visage grotesque, se transfigurent en quelque sorte, lorsqu'ils sont accompagnés d'une extraordinaire bonté de cœur ; il semble dès lors qu'une beauté d'essence supérieure s'y attache, et qu'en eux parle une sagesse devant laquelle toute autre doit rester muette. Car la bonté ducœux e.%WxL^^^2s^^
transcendante ; elle appartient à un ordre de choses qui dépasse la vie actuelle; aucune autre perfection ne peut iui être comparée. Là où elle existe à un haut degré, elle élargit le cœur, au point qu'il embrasse le monde entier, qu'il renferme tout en lui, qu'il n'exclut rien. Elle nous identifie avec tous les êtres. Elle nous inspire aussi envers les autres cette indulgence sans bornes que l'on n'a d'ordinaire que pour soi-même. L'homme idéalement bon n'est pas capable de s'irriter. Quand même ses défauts intellectuels ou physiques lui auront attiré des railleries blessantes, il ne s'en prendra qu'à luimême d'en avoir fourni le prétexte, et il continuera, sans se faire violence, à se montrer bienveillant envers les railleurs, soutenu par l'espoir qu'ils reviendront de leur erreur et finiront eux-mêmes par se reconnaître en lui. » L'intelligence, la beauté, le génie, nous valent l'admiration des hommes : la bonté nous attire leur sympathie, et, si nous nous interrogeons nous-mêmes avec sincérité, nous trouverons que c'est sur le degré de notre bonté que nous mesurons involontairement l'estime que nous avons pour nous-mêmes, u Voilà pourquoi nous jetons un regard indifférent, complaisant même, sur les sottises et les folies de notre jeunesse, tandis que les défauts de caractère qu'on a pu nous reprocher, les mauvaises actions que nous avons pu commettre, se dressent encore devant nous comme un remords dans l'extrême vieillesse. »
Ainsi toute notre expérience du monde nous démontre IsL primauté de la volonté et de ce qui en dépend, et quand nous interrogeons notre conscience, elle nous répond de même. La jeunesse, l'âge mûr, la vieillesse, les accidents de notre vie, le hasard de nos rencontres, mille circonstances influent sur le cours de nos idées et les modifient sans cesse. Mais sur quoi repose, en fin
(de compte, l'identité de notre personne ? Est-ce sur la forme du corps, qui change constamment dans toutes ses parties, sauf dans l'expression du regard ? Est-ce sur la mémoire, qui s'affaiblit, ou se perd tout à fait ? ii Elle repose sur l'identité de la volonté et sur son caractère immuable, dont la persistance du regard est' le signe extérieur. C'est le jcœur et non la tête qui fait l'homme. Sans doute, par suite de nos relations avec le deïîors, nous sommes habitués à considérer comme notre moi véritable le sujet de la connaissance, le moi connaissant, qui s'alanguit le soir, s'évanouit dans le sommeil, et brille au matin d'un éclat plus vif, après avoir renouvelé ses forces. Mais ce moi est une simple fonction du cerveau, ce n'est pas notre moi le plus propre et le plus profond. Notre moi véritable est ce qui est caché derrière l'autre et ce qui ne connaît au fond que deux choses : vouloir ou ne pas vouloir, être satisfait ou n'être pas satisfait, avec toutes les modifications que comportent ces divers états, et qu'on appelle .sentiments, émotions, passions. C'est ce moi qui produit . l'autre ; il reste éveillé quand l'autre dort, et il subsiste quand l'autre est anéanti par la mort. »
Derrière le moi qui est le sujet connaissant, et qui n'est qu'une fonction du cerveau, se trouve un autre moi, qui est l'essence même et le fond de notre être, qui se manifeste par le vouloir vivre, et qui est indestructible. L'indestructibilité, tel est le dernier et le suprême caractère que Schopcnhauer attribue à la volonté. Il cite en note, dans une autre partie de son livre, une comparaison de Gœthe, dont il s'attribue la première idée. «Notre âme, dit un jour Gœthe à Eckermann, est de nature indestructible, c'est une force qui se soutient d'éternité en éternité. Ainsi le soleil : il semble s'éteindre, mais c'est une pure apparence, bonne pour nos ^^\sa-
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terrestres ; eij réalité, il ne s*éteint jamais et répand sans cesse sa lumière. » Ces paroles sont empruntées à une conversation qui date de 1824. Or, Schopenhauer disait déjà, dans la première édition de son livre : « Le soleil réel brille sans interruption, tandis que le soleil apparent s'enfonce dans le sein de la nuit. Quand rhomme redoute la mort, parce qu'il y voit son anéantissement, c'est comme s'il s'imaginait que le soleil puisse s'écrierausoir: Ma/^eur à moi! je descends dans l'éternelle nuit » Schopenhauer continue, en expliquant son image : w La terre tourne, va du jour à la nuit; l'individu meurt; mais le soleil fait luire sans interruption un étemel midi. A la volonté de vivre est attachée la vie ; et la forme de la vie, c'est le présent sans fin. Peu importe que les individus, manifestations de l'Idée, naissent et disparaissent dans le temps, semblables à des rêves passagers *. » L'idée de Goethe est simple et nette. Celle de Schopenhauer, avec les développements qu'il lui donne, devient contradictoire. Si la volonté est l'essence de l'homme, identique avec /lui, et indestructible, comment se peut-il que l'homme ! s'anéantisse, quand la volonté survit? C'est une de ces questions que les disciples de Schopenhauer lui posaient quelquefois, et auxquelles il refusait de répondre, en disant qu'elles étaient de l'ordre transcendant, et que le philosophe n'était pas tenu de résoudre toutes les énigmes du monde.