‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 57 sur 120 · DU Welt aU Wiîle und VorsteUung, Hypo IV, g · texte numérisé non relu

DU Welt aU Wiîle und VorsteUung, Hypo IV, g

A philosophie de Schopenhauer a deux antécédents, ^ le rationalisme de Kant et l'idéalisme de Platon. ^ Sa théorie de la connaissance dérive de Kant, son ) tableau des arts s'inspire de Platon. Les Idées de Platon sont l'expression la plus poétique, la plus séduisante, qui ait jamais été donnée de l'idéalisme. Les Idées, les seules réalités, dont les objets prétendus réels ne sont que des copies imparfaites, deviennent, chez Schopenhauer, les types des espèces, manifestations immédiates de la volonté, et élevées, comme elle, au-dessus des conditions du temps et de l'espace. Les Idées sont toujours et ne deviennent jamais, < tandis que les individus qui les représentent à nos ■ yeux deviennent, c'est-à-dire naissent et disparaissent.

Les Idées sont comme des formes dans lesquelles le vouloir vivre universel se particularise. Elles sont la raison d'être des phénomènes, et elles traversent, comme telles, le monde minéral, végétal, animal, le phénomène montrant toujours le rapport des choses au sujet pensant, ou les rapports des choses entre elles, et l'Idée exprimant leur essence intime.

(( Quand les nuages passent daiift l& c\s\« \^ %k:iCQX%i^

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qu'ils tracent ne leur sont pas essentielles, elles leur sont indifférentes ; mais que, vapeur élastique, ils se rassemblent, se dispersent, s'étendent, se déchirent, sous le choc du vent, c'est là leur nature, l'essence des forces qui se manifestent en eux, leur Idée ; les figures ne sont que pour l'homme qui les observe par hasard.

« Quand le ruisseau dévale sur les rochers, les vagues, les remous, les reflets d'écume qu'il offre au spectateur lui sont indifférents et ne lui sont pas essentiels ; mais qu'il obéisse à la pesanteur, qu'il se comporte comme un fluide sans élasticité, sans résistance, sans forme, et transparent, c'est son essence, son Idée...

(( Ce qui apparaît dans le nuage, dans le ruisseau, n'est que la plus faible répercussion de cette volonté qui s'annonce plus parfaite dans la plante, plus parfaite encore dans l'animal, et avec toute sa perfection dans l'homme... Pour celui qui a saisi cela, et qui sait distinguer la volonté de l'Idée et l'Idée du phénomène, les événements de ce monde ne seront plus que les signes révélateurs de l'Idée de l'homme... Dans les aspects multiples de la vie humaine, dans le changement incessant des événements, il ne considérera que l'Idée, seule permanente et essentielle, en qui le vouloir vivre a trouvé son expression la plus complète, et qui se montre sous ses différentes faces dans les qualités, les passions, les erreurs et les prérogatives du genre humain : égoïsme, haine, amour, crainte, audace, légèreté, stupidité, ruse, esprit, génie, etc., qui tousse concrètent diversement dans les individus, et jouent devant nous la grande et la petite comédie du monde, où c'est tantôt un fétu, tantôt une couronne qui fait mouvoir les acteurs. Il finira même par s'apercevoir que tout se passe dans le monde comme dans les drames de Gozzi,

OÙ ce sont toujours les mêmes personnages qui paraissent, ayant mêmes pensées et même sort. Il est vrai que les motifs et les événements changent d'une pièce à l'autre, mais l'esprit des événements reste le même. Les personnages d'une pièce ne se souviennent plus de ce qui s'est passé dans l'autre, où pourtant ils ont 'joué leur rôle. Voilà pourquoi, après toutes les expériences qu'ils ont pu faire dans leur carrière, ni Pantalon n'est plus agile ou plus généreux, ni Tartaglia plus honnête, ni Brighella plus vaillant, ni Colombine plus vertueuse i. w

Gomment connaîtrons-nous les Idées ? Gomment les distinguerons-nous des individus qui n'en sont que la figure passagère et imparfaite, des phénomènes qui n'en sont que la manifestation obscure ? G'est en changeant les conditions de notre faculté de connaître, dans la mesure même où l'objet à connaître est changé.

Originairement, notre connaissance est au service\ de notre volonté ; elle a pour but l'entretien et le déve- / loppement de notre vie physique. Ge qu'elle a en vue, ce ne sont pas les choses en elles-mêmes, mais les rapports des choses avec nous et leurs rapports entre elles. Elle ne demande pas, en présence d'un objet, ce qu'il est, mais où, quand et pourquoi il est, et surtout ce qu'il peut être pour nous. Notre connaissance ordinaire se distingue essentiellement par deux caractères : elle se borne, quant aux objets, à leurs rapports, et, quant à nous, elle est subordonnée à notre personnalité. Elle est donc limitée, asservie de deux côtés à la fois, et il faut qu'elle s'affranchisse de cette*, double servitude, qu'elle se rende complètement libre, si elle veut entrer dans le domaine des Idées pures.

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