Die WeltdU Wille und VorsteUung, livre III, i
2. Was in schtvankender Ercheinung schwebt, — Befestiget mit dauemden Gedanken. (Faust j Prologae dans le ciel.j
à parfaire l'œuvre de la nature; elle lui fait voir dans les choses non ce que la nature y a mis, mais ce qu'elle a voulu y mettre, et ce qu'elle y aurait mis infailliblement, si elle était plus qu'une ouvrière inégale, une mandatrice souvent infidèle de l'Idée. Mais là où l'imagination règne seule, elle s'amuse à construire des châteaux en Espagne, bons pour flatter le caprice individuel, mais qui ne font voir que des relations, et encore des relations chimériques. L'imagination grandit le cercle de la vision poétique, elle ne saurait le remplir toute seule.
L'homme ordinaire, « ce produit industriel que la nature fabrique à raison de plusieurs milliers par jour», ne voit que les relations des choses. Qu'un objet se présente à lui, il le range vite sous un concept, et ne s'y intéresse plus. Un paysage où il n'y a que des arbres, des rivières et des rochers, est vide pour lui; même devant la nature, il lui faut une société, tout au moins celle d'un livre. La pierre de touche d'un homme, la l^* marque de sa valeur, c'est son aptitude à supporter la solitude. L'homme de génie s'arrête peu aux relations des choses ; il considère leur essence, et il s'attarde et se plaît dans cette considération. De là vient qu'il se conduit souvent si gauchement dans la vie. a Pour l'homme ordinaire, l'intelligence est une lanterne qui éclaire le chemin ; pour l'homme de génie c'est le soleil qui fait apparaître le monde.» Dans la conversation, l'homme de génie songe moins à la personne à qui il parle qu'à la chose dont il parle et qui tient son esprit occupé. 11 dit souvent ce qu'il ferait mieux de taire. Il est porté au monologue. Enfin, il a des faiblesses qui frisent la folie: aussi appelle-t-on quelquefois l'enthousiasme poétique une aimable folie. Mais ce qui compense toutes les misères du génie, c'est la séiéw\\jfe cça'fc ^Qt!ix\a.
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la contemplation prolongée de Fîdéal, ce sérénité comparable à celle des dieux d'Épicure ». L'honmie de génie seul échappe à la tyrannie de la volonté, toujours exigeante et jamais satisfaite, et la roue dlxion sur laquelle nous sommes tous attachés cesse de tourner pour lui.
Le beau, c'est Fldée même, comme objet de contemplation. Chaque chose, étant l'expression d'une Idée, peut apparaître comme belle. Il faut seulement que les deux conditions essentielles de toute aperception artistique soient remplies : il faut, d'un côté, que nous ayons conscience de nous-mêmes comme pur sujet connaissant, et, de l'autre, que l'objet soit considéré non au point de vue de ses relations avec nous-mêmes ou avec d'autres objets, mais au point de vue de l'Idée qu'il représente. L'objet le plus insignifiant peut prendre, à la lumière de son Idée, tous les caractères du beau. Quel homme de goût peut regarder sans émotion certains tableaux d'intérieur des peintres hollandais, dont le sujet paraît insignifiant, mais où respire dans chaque détail l'inaltérable sérénité de l'artiste ? Cependant les objets peuvent être plus ou moins propres à exprimer la beauté, selon qu'ils rendent la contemplation de l'Idée plus ou moins facile, ou que l'Idée elle-même répond à une espèce plus ou moins élevée dans l'échelle des êtres. Voilà pourquoi la beauté humaine dépasse toute autre beauté, et pourquoi le but suprême de l'art est de révéler sous une forme sensible l'essence de l'humanité.
Au-dessous de l'homme, le monde végétal, par la variété de ses formes et l'immobilité de ses attitudes, devient aisément un objet de contemplation. Quel est l'homme, même d'une intelligence ordinaire, qui soit absolument insensible au charme d'un beau paysage ?
Aussi longtemps que la nature s'offre simplement à nos regards, qu'elle ne cherche, pour ainsi dire, qu'un œil qui la contemple, elle ne provoque en nous que le sentiment du beau. Mais qu'elle se présente à nous avec un déploiement de force qui nous paraisse menaçant pour notre propre existence, qu'elle nous frappe par le contraste de sa grandeur démesurée avec notre faiblesse, voilà notre contemplation troublée, et nous retombons tout d'un coup du monde de la représentation dans le monde de la volonté. Mais, par un effort instantané, nous réagissons contre l'impression de terreur qui nous a saisis, avant même qu'elle ait eu le temps de se fixer. Nous faisons abstraction d'un danger qui n'était qu'imaginaire ; nous rentrons dans la sérénité de notre contemplation, qui, par la secousse qu'elle a subie, n'a pris que plus d'ampleur et de majesté. Nous nous sentons victorieux, non seulement de notre propre volonté, mais de la volonté universelle ; nous avons le sentiment du sublime.
Le sentiment du beau et le sentiment du sublime ont donc un élément commun, la contemplation indépendante de la volonté. Le sentiment du sublime contient un élément de plus, le rapport d'hostilité que nous reconnaissons entre l'objet contemplé et nous, et dont nous sommes obligés de faire abstraction. Il s'ensuit qu'il y a des transitions entre le beau et le sublime, des degrés dans le sublime, selon que ce dernier élément se présente avec plus ou moins de force et d'instantanéité.
Une plaine déserte et nue, vaste et silencieuse, sans aucun être vivant qui l'anime, sans verdure, sans eau courante, nous inquiète d'abord par l'absence de tout ce qui est nécessaire à notre subsistance. Mais oette impression n'a rien de pteasainX., àa nv^^\>X, ^
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nous la surmontons aussitôt : c'est un degré inférieur du sublime.
(( Voici un autre aspect de la nature, qui nous donnera le sentiment du sublime à un degré supérieur : une tempête déchaînée; un demi-jour à travers des nuages noirs et menaçants ; des rochers à pic, énormes, dénudés, qui ferment Thorizon et enserrent la vue ; une solitude complète ; des eaux mugissantes, qui jettent leur écume ; le gémissement du vent dans les gorges. Notre dépendance, notre lutte contre la nature ennemie, et notre volonté qui se brise dans cette lutte, se présentent à nos yeux dans une intuition immédiate. Mais tant que l'angoisse personnelle ne prend point le dessus, tant que la contemplation esthétique persiste, le pur sujet connaissant promène son regard tranquille sur cette image de la nature en furie et de la volonté écrasée ; impassible et indifférent, il n'est occupé qu'à reconnaître les Idées dans les objets mêmes qui menacent et terrifient la volonté : c'est précisément dans ce^ constraste que réside le sentiment du sublime.
(( Quand nous méditons sur l'infinité du monde dans l'espace et dans le temps, sur la longue série des siècles passés et des siècles futurs, ou encore quand le ciel nocturne nous montre dans leur réalité des mondes sans nombre, nous nous sentons réduits à rien ; nous nous sentons, en tant qu'individus, corps animés, phénomènes passagers de la volonté, comme une goutte d'eau dans l'Océan; nous nous évanouissons, nous nous écoulons dans le néant. Mais aussitôt notre conscience s'élève contre ce fantôme de notre anéantissement, contre le mensonge de cette impossibilité. Elle nous révèle, comme vérité immédiate, que tous ces mondes n'existent que dans notre représentation, ne sont que des modifications dans le sujet éternel de la
connaissance pure. Et ce sujet, support nécessaire des inondes et des temps, c*est nous, du moment que nous avons abdiqué notre personnalité. Alors la grandeur du monde, qui auparavant nous inquiétait, repose en nous. Notre dépendance vis-à-vis de lui est supprimée ; c'est lui qui dépend de nous. Tout cela ne se passe pas dans notre réflexion ; nous le sentons dans notre conscience ; nous sentons qu'en un sens nous ne faisons qu'un avec le monde, et que son immensité, loin de nous écraser, nous élève. Ce sentiment qui nous élève au-dessus de nous-mêmes, c'est le sentiment du sublime i. »
Ce dernier exemple peut servir de transition à un autre genre de sublime, celui qui se rapporte uniquement à l'homme, et auquel la nature n'a point de part, Un acte d'héroïsme ou d'abnégation nous paraît sublime, parce qu'il dépasse la mesure ordinaire des forces ou des vertus humaines. Cependant nous sentons que c'est toujours l'humanité qui se présente à nous, l'humanité à laquelle nous appartenons ; et nous; nous grandissons nous-mêmes , en nous associant par la pensée à la grandeur morale d'un de nos semblables.
Ce que le sentiment du sublime, dans toutes ses variétés, ajoute au sentiment du beau, c'est un effort de l'intelligence, qui augmente sa faculté de compréhension. Mais les deux sentiments sont de même nature et ont la même marque caractéristique, qui est de donner lieu à un pur état contemplatif. L'être humain oublie pour un instant le souci de sa conservation et les suggestions de l'égoïsme. C'est une délivrance momentanée, un avant-goût de l'afTranchissement complet par la suppression du vouloir vivre, qui sera le dernier mot de la morale de Schopenhauer.